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Full text of "Revue Française de Psychanalyse I 1927 No.3"

IMJ'TMYlIÏKIK Saint-Denis, — XlOE.T. 

2^-11-1027. 



La Ocrant : V. Cii.-jRi;luê- 



Source gallica.bnf.fr /Bibliothèque nationale de France 



I ■ 



Tome premier N° 3. 1927 



\ 




Cette revue est publiée sous le haut patronage 
de M. le professeur S. Freud. 



MÉMOIRES ORIGINAUX 

(PARTIE MÉDICALE) 



La Névrose obsessionnelle 

Sa distinction analytique et nosographique 

de la phobie et de l'hystérie 

(A propos de l J analyse comparée d J une obsédée 

et d'une hysléro-phohique) 

■ 

par Ch, Odier 

(Rapport présenté à la II* Conférence des Psychanalystes de langui 

française, le 24 juillet 1927.) 



Sommaire 

Noie sur la traduction des mots le h, Uberich et Es 

Chapitre premier, — Aperçu historique. 
$ 1. Période psychiatrique. 
S 2. Période ps\^chopathologique. 
§ 3, Apparition des théories de Freud/ 
S 4, Freud et Janet. 
S 5, La distinction freudienne entre la névrose d'angoisse 

et là névrose obsessionnelle. 
S 6. Position actuelle du problème. 

REVUE FB ANC AISE DE PSYCHANALYSE I 



426 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Chapitre IL — Observation clinique. 
% 1, Résistance. 
S 2. Obsessions infanticides. 
§ 3, Le complexe paternel. 
S 4. Résumé des données de l'analyse, 
S 5, Un rêve. 

Chapitre II L — Les réactions éthiques du moi. 
% 1. Annulation. 
§ 2, Tabouisme. 

§ 3. Exténsivité du mécanisme d'isolation, 
§ 4. Catamnèse de M me Dupont, 

Chapitre IV. — Aperçu théorique. Les mécanismes analyti- 
ques de la névrose obsessionnelle. 

§ 1. La régression. 

§ 2. La désintrication des pulsions, 

S 3, Catamnèse de M flie Durand. 

Conclusions. 



Note sur la traduction des mots Ich Uberich et Es 



La commission linguistique pour V Unification du vocabu- 
laire psychanalytique français avait décidé dans sa séance dit 
29 mai 1927 de désigner respectivement les termes allemands 
de Ich, Uberich et Es par moi, surmoi et ça. 

Depuis lors, les deux premiers semblent avoir fait bonne 
figure dans les textes français et s J être ainsi acquis droit â& 



LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 42? 

cité dans la littérature psychanalytique. Il n'en va malheu*- 
reusement pas de même avec le troisième. 

La traduction du pronom neutre es a dès le début sou- 
levé les plus grandes difficultés, attendu qu'il est, en réalité, 
intraduisible. Elle fut ainsi V objet de vives discussions au* 
sein de la commission linguistique, laquelle, en raison des 
motifs énoncés dans le compte rendu de la susdite séance (voir 
le numéro 2 de cette Revue) se rallia finalement, à V unani- 
mité moins la voix de M\ Hesnard, au terme de ça. Elle ne 
prit d'ailleurs pas cette décision sans une certaine appré- 
hension; appréhension que V emploi de ce vocable dans les tra- 
vaux ou les traductions psychanalytiques ne devait, hélas, 
pas tarder à justifier. 

A V usage en effet, ce terme a révélé deux défauts princi- 
paux: i° il est par trop « dysphonique » en même temps qu'il 
a un je ne sais quoi de commun. 5tf répétition d-ans* les textes, 
prête parfois à un certain ridicule ou inspire ailleurs un 
vague sentiment de comique; 2 au point de vue grammatical, 
il possède un sens « démonstratif », sens tout à fait étranger 
t au mot es. Telles sont les raisons suffisantes qui nous déter- 
minent aujourd'hui, après cet essai malheureux, à renoncer au 
mot ça. 

Par quel autre dès lors le remplacer? La solution de ce 
problème linguistique, presque insoluble ait fond, revient donc 
à choisir le terme français le moins mauvais. 

Les vocables latins ou grecs (tels que ego, superego, id; ou 
encore prothyme, etc..) s J exposent à des objections de même 
ordre que le mot ça, et semblent peu défendables au point de 
vue euphonique et stylistique. Idem pour je ou snr-je ! 

Reste alors le terme, déjà très débattu, d^e soi. Les raisons 
-pour lesquelles la commission V avait, en fin de compte, rejeté, 
étaient d'ordre essentiellement grammatical. 

Ces objections persistent et peuvent se résumer ainsi; 
i° Soi implique un sens réfléchi, sens, par ex,, dont ça est dé- 
pourvu. Mais ça comporte, par contre, un sens démonstratif. 
Chacun est donc, grammaticalement parlant, imparfait, es 
n'étant ni réfléchi, ni démonstratif. 2 Soi a un sens très 
personnel. Il est souvent employé dans la littérature pour 
désigner ce qu'il y a de plus profond, et parfois aussi de plus 



428 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



intimement conscient, dans la personnalité. Es au contraire, 
en tant que pronom neutre, est parfaitement impersonnel. 

C'est pourquoi Freud, inspiré par Groddeck, le choisit pré- 
cisément pour définir l'inconscient pulsionnel primitif, in- 
connu et inconnaissable a:u moi, et auquel, par surcroît, se 
mêlent, comme on sait , tant d'éléments héréditaires et phvlo- 
géniques. 

En revanche, les avantages de soi nous semblent être les 
suivants: i° il est beaucoup plus euphonique et plus élégant, 
et partant t bien plus maniable que ça. 2° Il pourra à l'usage f 
finir par s'opposer de façon satisfaisante au mot moi. Il forme 
en outre une heureuse assonance avec moi et surmoi, et, 
s* adjoignant à eux, donnera lieu ainsi à un trio verbal de 
bonne venue, 3 // n J a encore aucun sens, en français, comme 
substantif, et, comme tel n'a, pour ainsi dire, pas été em- 
ployé. Cette virginité est à son actif. 

Tels sont, très résumés, les avantages et les inconvénients 
respectifs des vocables en présence. Toute solution du pro- 
blème, on le voit aisément, ne sera toujours que relative à un 
certain point de vue. Force nous est donc d'en adopter un. 
C'est finalement, au point de vue surtout pratique et non, pas 
grammatical, que la commission linguistique se place pour 
adopter le terme de soi. 

C'est, en quelque sorte, par simple opportunisme, ou faute 
de mieux, que nous nous rallions à ce vocable, sans nous en 
dissimuler les défauts, mais tout en ne voulant considérer que 
les grands avantages pratiques qu'il offrira à tous les auteurs 
ou traducteurs qui auront à se débattre avec la terminologie 
freudienne française. 

Ch. Omk/r. 



Nota. — La commission linguistique n'a pas eu de nou- 
velle séance depuis celle où elle a adopté le vocable ça. Toute- 
fois, les membres de celte commission se sont ralliés indivl- 
âuellement au terme de soï > sauf son président, qui tient à éle- 
ver encore ici ses protestations personnelles contre la traduc- 
tion de das Es par le soi. .Cette traduction est absolument ina- 






LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 429 



dêquats au terme qu'elle prétend traduire, ce qui devrait suf- 
fire à la faire rejeter. 

En outre, en matière de vocabulaire philosophique } scienti- 
fique ou technique, le plus élémentaire souci de clarté, ainsi 
que de respect pour les érudits de l'avenir, veut que Von ne re- 
prenne pas, dans un sens différent , des termes déjà employés 
par un auteur ayant écrit antérieurement . Or un auteur fran- 
çais, et non des moindres, M. Léon Daudet, désigne par cette 
appellation a le soi » la partie la plus personnelle de Vêtre 
psychique (x). Indépendamment de tout jugement favorable 
ou défavorable sur les théories de M. Daudet, au moins faut-il 
reconnaître qu'il fait du terme le soi un emploi beaucoup plus 
légitime, parce que plus conforme au génie de notre langue, 
que celui de mes collègues de la Commission Linguistique pré- 
tendent en faire. 

Pour ces motifs, que je ferai désespérément valoir le jour 
où la question reviendra officiellement devant la Commission 
Linguistique, je refuse catégoriquement mon adhésion per- 
sonnelle à la traduction de das Es par le soi. 

■ 

Edouard PiCHON, 



(1) a Que celui, par exemple, qui a peur, examine le fourmillement îniuii- 

a tieux de la peur, qui va du cœur aux doigts de pied et à îa pointe des 

« cheveux, et il sentira et il percevra la solidarité de ce réseau plrysico 

« moral, que seul maintient et réfrène un soi solide, un commandement 

« venu de la raison et de l'équilibre par la sagesse, joint au vigoureux 

« tonus du vouloir. > (Léon Daudet, Le monde des images, ch. ï, p^ 11), 

« Les individus doués d'un soi insuffisant se laissent dominer ou affoler 

« par la pluralité des images, et deviennent soit des génies incomplets, soit 

« des maniaques intermittents, » {lhiâ, t p + 200* ) 



43 O REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 






HAPITRE PREMIER 



Aperçu Historique 



Dans î 'histoire de l'Obsession, il convient de distinguer 
deux périodes; 

r û Une période psychiatrique ; 2° une période psychopatlio- 
logique. 

$ I. PÉRIODE PSYCHIATRIQUE 

L'obsession porta des noms bien différents suivant les 
auteurs. Falret l'appela : « manie sans délire >i, ou << folie 
avec conscience n; Esquirol: ce monomanie »; Trélat la dé- 
nomma: <c folie lucide », et Morselli: « paranoïa rudîmen- 
taire »,. 

L'année 1S66 marque une date importante, car c'est alors 
que Morel, dans un mémoire fameux intitulé: Du délire émo- 
tif, névrose du système nerveux ganglionnaire, propose deux 
points de vue nouveaux: i a de détacher ces états de la folie et 
d'en faire une névrose; 2* de les grouper tous dans une seule 
entité clinique et de les considérer comme des symptômes com^ 
mmis à une maladie spéciale de l'émotivité. 

Quatre ans plus tard, en iS/G, Kraft, à Vienne, devait 
reprendre les idées fondamentales de Morel. Il insiste à son 
tour sur les troubles de la représentation, qu'il dénomme : 
« Zwangsvorsteîlungen ». 

Ces représentai ion s impulsives ou forcées seraient à la base 
des troubles de la volonté et de l'affectivité. 



^ 



LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 431 

§ 2. PÉRIODE PSYCHOPATHOLOGIQUE 

C'est donc à partir des travaux de Kraft, inspirés par ceux 
de Morel, que s'ouvre Tèi*e psychopathologique des obses- 
sions. 

En 1877, Westphal reprend la notion des « Zwangsvorstel- 
lungen », ou idées obsédantes^ et insiste sur Pïntégrité parai- 
. lèle de l'intelligence. Pour lui, l'obsession est avant tout un 
trouble intellectuel , l'élément îdéatif en étant le symptôme 
principal. Pour Morel, au contraire, il s'agissait d'un trouble 
essentiellement affectif. Ces deux conceptions différentes ont 
, inspiré un grand nombre de travaux en France, en Allemagne, 
en Angleterre, en Italie, etc., etc. 

Tout d'abord, c'est l'opinion de Westplial qui prévaut. 
Puis, vers 1S90, celle de Morel triomphe définitivement. 

Je ne citerai que pour mémoire les travaux de Magnan 
(1895), dans lesquels il dénie toute individualité à chacune 
des nombreuses formes cliniques de l 'obsession et, opérant 
Une vaste synthèse, les réunit toutes en un « syndrome de 
Dégénérescence mentale ». Il employa le premier ce terme de 
syndrome que, trente-deux ans plus tard, devait reprendre 
notre éminent ami Hesnard, 

En 1892, Raymond , en collaboration avec Arnaud, tente un 
regroupement des formes cliniques et en propose une classi- 
fication originale qui, peut-on dire, est restée la base de tous 
les travaux modernes, Il les réduit à deux grands groupes : 
i° la folie du doute, comprenant les obsessions interrogatives ; 
2* le délire du toucher, comprenant les obsessions en général 
et les phobies. Cette conception est restée classique depuis lors. 

'$ 3. Apparition des théories de Freud 

Citons, maintenant, les quatre premiers articles de. 

. M. Freud: i° Le premier, écrit à Vienne en décembre 1892 , 

parut en 1893, dans la Wiener Medizinische Wochenschrifi* 

71 portait, il convient de. le relever, un titre français, un seul 

nom, et ce nom était « Charcot », 

Dans ce travail, qui .constitue, en somme, un hommage 
d'admiration, M. Freud proclame nettement que ses con- 
ceptions dérivent de celles du grand maître. Rappelons, en 



432 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

effet, qu'il en avait été l'élève pendant deux ans, en 18S5 
et 1886. 

■2* Son second article parut Tannée suivante (1893}, en 
français, dans les Archives de Neurologie, sous le titre de : 
<t Quelques considérations sur les paralysies motrices organi- 
ques et hystériques ». 

Il est facile de voir que ces deux articles renferment déjà, 
à l'état naissant, presque toute la théorie psychanalytique 
future. Citons seulement la conclusion du premier: 

<< Il est aisé de comprendre maintenant pourquoi et com- 
« ment agit la méthode psychothérapeu tique que nous propo- 
« sons. Elle supprime l'action nocive de la représentation qui 
« n'a pas été abréagie, par le fait qu'elle ouvre une voie, au 
« moj'en de la parole, à l'affect attaché primitivement à ladite 
f< représentation. Cet affect, en effet, avait été « einge- 
« klemmt », c'est-à-dire étranglé, emprisonné. Notre méthode 
« provoque ainsi une correction par le rétablissement des 
« associations dans la conscience normale, » 

Cette méthode, devons-nous ajouter, consistait encore a 
faire parler le malade et, au besoin > à lui faire de la sugges- 
tion, en hypnose légère (catharsis de Breuer et Freud). 

3* Le troisième article de M. Freud parut quelques mois 
après, en janvier 1894, dans la N euro! agis ches Zentralblatt. 
Son titre était : << Die Abwehr-Neuro-Psychosen » ; soit les 
« Neuro-psychoses de défense », ce qui nous intéresse direc- 
tement ici. 

4* Le quatrième article, de nouveau, fut écrit en français et 
publié dans le troisième numéro de la Revue neurologique de 
i8g5* Son titre était ; « Obsessions et phobies. Leur méca- 
nisme psychique et leur étiologie, n 

Les opinions que M* Freud défend dans ces deux articles se 
résument ainsi: 

A* Le syndrome: « Obsessions et phobies » doit être séparé 
de la neurasthénie . C'est une névrose à part, ayant un méca- 
nisme et une étiologie particuliers, 

B. Au sein de ce syndrome, il faut distinguer: les obses- 
sions vraies, dans lesquelles Tétat émotif, associé à l'idée 
inconciliable» peut être de n'importe quelle nature (angoisse, 
doute, colère, remords) des phobies, dont l'état émotif est tou- 



LA NïiVKOSE OBSESSIONNELLE 



433 



jours l'angoisse. Les phobies rentrent donc dans le cadre d'une 
affection nouvelle, qu'il y a lieu d'isoler et qu'on peut appeler 
la névrose anxieuse. Elle est d'origine sexuelle. Les sjmip- 
tômes réunis par le professeur Ja net dans le vaste groupe de 
Ja Psychasthénie n'ont pas tous la même valeur et n'obéissent 
pas aux mêmes mécanismes, 

Dans l'Hystérie, la représentation et Taffect sont, tous 
deux, refoulés, puis donnent lieu à des symptômes organiques 
par le mécanisme de la conversion. Pour le professeur Jauet, 
la dissociation de la conscience est primaire (défaut congénital 
de synthèse, etc), Pour nous, elle est secondaire, acquise. 

Dans l'Obsession, la représentation intolérable est séparée 
de son affect par un mécanisme de défense (procédé protec- 
teur); et cet affect persiste dans le psychisme, contrairement 
à ce qui se passe dans l'hystérie. Mais, devenu libre, il va se 
transférer sur d'autres représentations, non intolérables, les- 
quelles, du fait de cette fausse association, deviennent obsé- 
dantes. C'est le mécanisme de la substitution. 

Dans d'autres cas, l'idée originelle est aussi remplacée, non 
par une autre idée, mais par des actes ou impulsions qui ont 
servi à l'origine comme soulagements ou procédés protecteurs 
et qui, maintenant, se trouvent en association grotesque avec 
un état émotif qui ne leur convient pas,' mais qui demeure en 
lui- même aussi justifié qu'à l'origine. 

En 1896 paraissent encore: « Nouvelles rein arques sur les 
Neurcpsychoses.de Défense », où M. Freud jette les bases 
précises de la théorie psychanalytique de la « Zwangsneurose »• 

Il distingue trois phénomènes: 

ï ° Les représentations, ou idées obsédantes, qui correspon- 
dent: a) au retour de reproches refoulés, liés presque toujours 
à l'accomplissement, accompagné de jouissance (ou au désir 
d'accomplissement) d y agressions; b) à la transformation secon- 
daire de ces reproches (par substitution, déplacement, renver- 
sement) en leur contraire; par exemple, un cas d 'obsession de 
spéculation (Grûbelzwang) concernant toutes les idées les plus 
abstraites et transcendantes, survenue après le refoulement 
d'obsessions des plus sensuelles. 

2° Les affecis obsédants. Dans le cas précédent,- c'est le 



^ *É^fl 



434 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

contenu transposé du souvenir refoulé qui fixe V attention du 
malade, accompagné seulement d'un malaise vague* Dans le 
second cas^ le véritable affect lié au reproche, force lui aussi 
la conscience et y prend la forme d'un état affectif intense et 
précis, lui correspondant quantitativement, mais eu différant 
qualitativement. Ce sera surtout le cas des sentiments exa- 
gérés de pudeur, de honte, d'angoisse sociale, de scrupules 
religieux, etc. ; la crainte d'être observé, blâmé ou d'être tenté, 

3° Â côté de ces compromis, correspondant au mécanisme 
primaire de défense, et qui impliquent un échec de celui-ci, la 
névrose obsessionnelle engendre une série de symptômes con- 
sécutifs d'une origine toute différente. Ce sont les actions 
impulsives, ou, comme les appelleront plus tard Pitres et Ré- 
gis, les « impulses n + 

Les impulses répondent au mécanisme secondaire de dé- 
fense. Ce sont, en général, des mesures de défense ou de pro- 
tection (Schittzmassregeln, mot que Freud avait traduit dans 
son article français par: soulagements ou procédés protec- 
teurs) qui, à l'origine* ont rendu des services dans la lutte 
contre les idées obsédantes, -en ayant aidé, avec succès, le moi 
à se prémunir contre leur retour. Automatiquement alors, la 
comptilsiou (Zu*ang) sera transférée sur ces mesures secon- 
daires de défense, telles que par exemple: mesures de péni- 
tence, de prévention (superstition, pédanterie, scrupulisme), 
mesures de protection contre la trahison, la délation - l'accusa- 
tion (collectionnîsme grotesque de documents, papiers, etc., ou 
misanthropie), recherche de maîtriser toute idée obsédante 
par un travail logique de la pensée ou la documentation (obses- 
sion de penser, obsession métaphysique, obsession de spécula- 
tion, de l'examen, obsession du doute, etc.), protection par 
l'alcool, enfin, conduisant à la dipsomanie, etc. 

M. Freud conclut: « Ces impulses ne sont jamais primaires, 
ils répondent toujours à vue défense, jamais à une agression, j> 

Telle est, très brièvement résumée, la thèse que M. Freud 
a soutenue dès l'origine de ses recherches et que, depuis lors, 
il a développée et précisée, sans en modifier ni l'essence, ni la 
hase. 



LA NEVROSE. OBSESSIONNELLE 



435 



§4. Rreud et Janet ■ 

Au cours de ces notes rapides, vous vous êtes sans doute 
demandé : et Janet ? 

Rappelons donc ici quelques dates. Les travaux sus-men- 
tiônnés de M. Freud courent de 1892 â 1896. Or, la première 
édition de l'Automatisme psychologique, dont M. Janet est 
l'auteur, date de 1889. Vous savez qu'il y développe 'des idées 
et des notions déjà exposées par lui en 1886. C'est, par 
exemple, sa fameuse notion des idées fixes inconscientes, point 
de départ , en somme, des théories de M. Freud: La priorité 
scientifique et bibliographique revient donc, sans, aucun doute, 
à M. Janet, 

On peut donc grosso modo énoncer; 

i° Que c'est à Morel que revient le mérite d'avoir distrait 
l'obsession du cadre vague des vésanies et d'avoir vu en elle, 
le premier, une névrose affective, 

2° A M. Janet revient le mérite d'avoir inauguré l'étude 
psychologique de ces états; — Rappelons ici en deux mots sa 
théorie de l'obsession : « Toute force insuffisante à produire un 
certain phénomène d'ordre supérieur, du fait du rétrécissement 
du champ de la conscience et du défaut de synthèse par abaisse- 
ment de tension, peut ne pas se dépenser tout entière dans la 
réalisation d'un phénomène d'ordre inférieur ; il se fait alors 
des dérivations, c j est-à-dire qu'elle se dépense en produisant 
d'autres phénomènes non prévus et inutiles. 

3 À M, Freud revient le mérite d'avoir voulu, en suivant 
la trace de ses maîtres français, débrouiller des problèmes très 
obscurs encore, de ne s'être pas contenté de formules descrip- 
tives, d'avoir attaqué de front l'étude des mécanismes intra- 
psychiques inconscients, aussi bien au point de vue quantitatif 
et économique que qualitatif ; d'avoir enfin, pour cela, inau- 
guré une méthode d'observation approfondie de chaque cas 
concret; en un mot, d'avoir tenté un grand effort thérapeu- 
tique, lequel demeure à nos yeux son principal titre de gloire * 
indépendamment de toute question de doctrine ou d'interpré- 
tation tendancieuse- 

Comparons aussi son plan de travail à celui, par .exemple, 
d'auteurs comme Raymond et Arnaud. Pour ces derniers, le 



43& REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



<, 



contenu de l'obsession est a priori laissé de côté. Seuls, sa 
forme et ses caractères importent. Ils les résument ainsi : 
« L'obsession est consciente, involontaire, irrésistible, étran- 
gère ou perçue comme morbide, tenace et récidivante, accom-' 
pagnée d'une tendance à Pacte, incompatible avec l' hallucina- 
tion. » 

Cette description saisissante' est restée, jusqu'à nos jours, 
la base de la conception clinique de V obsession. Ou la retrouve 
ornée de développements dans l'article du Traité international 
de psycho-pathologie, tome II (1910), où Ra^^mond ramène 
tous les syndromes obsessionnels à un vice fondamental qu'il 
appelle Y aboulie ou V hésitation psychomotrice* Cette concep- 
tion, qui a régné longtemps* suscita l'application de méthodes 
thérapeutiques basées sur la rééducation de la volonté. 

On peut dire à leur sujet que les résultats 11e semblent pas 
justifier et récompenser les grands efforts qu'elles exigent de 
la part des médecins et du malade. 

M, Freud, de son côté, s'attache dès le début, au contraire, 
au contenu, à ce qu'il appellera, quelques années plus tard, 
dans son ouvrage sur l'Interprétation des Rêves, le contenu 
manifeste, Puis, du contenu manifeste, il ira, s'aidant de l'ana- 
lyse, au contenu réel, en défaisant les substitutions. Il trou- 
vera ainsi que les phobies" comportent d'autres mécanismes 
.que les obsessions. 

Mais, à cette époque déjà lointaine, ses premiers travaux 
semblent avoir passé inaperçus dans tous les pays. Et il faut 
sauter en 1900, soit cinq ou six ans plus tard, pour en trouver 
une mention et une critique dans l'article de M. Hartenberg, 
paru en 1900 dans la Revue des Médecins, sur la névrose et 
l'angoisse, et dans l'ouvrage de Pitres et Régis, intitulé; Les 
Obsessions et les Impulsions (1902). 

$ 5, La distinction freudienne 
entre la névrose i)' anc 015 se et la nevrose. obsessionnelle 

Cet ouvrage de Pitres et Régis est une monographie très 
claire, très documentée, contenant une grande quantité d'ob- 
servations intéressantes et de rapports médico-légaux* 



LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 437 



Les obsessions, les phobies et les impulsions sont réunies 
dans un seul et même syndrome. 

L'obsession est définie ainsi: 

L'obsession est un syndrome morbide caractérisé par F ap- 
parition involon taire et anxieuse dans la conscience de senti- 
ments ou de pensées parasites qui tendent à s'imposer au moi, 
évoluent à côté de lui, malgré ses efforts pour les repousser et 
créent ainsi une variété de dissociation psychique dont le der- 
nier ternie est le dédoublement conscient de la personnalité. 

En ce qui concerne la discussion des idées de Freud , il 
semble que le débat repose sur un malentendu. Pitres et Régis, 
en effet, paraissent .avoir compris que les phobies, les obses- 
sions et les impulsions formaient la caractéristique syraptonia- 
tologique de cette nouvelle entité clinique décrite et intitulée 
par M, Freud, en 1890: « La Névrose d'angoisse », ou. selon 
M. Hesnard, F Angoisse-névrose. 

Citons leurs remarques en propres termes. 

a Diaprés Freud, la névrose anxieuse avec ses symptômes 
essentiels, les phobies et les obsessions, reconnaîtrait pour 
cause principale, sinon exclusive, l'accumulation incomplète- 
ment satisfaite de Fexcitation gênésique. Elle aurait presque 
toujours pour origine des pratiques irrégulières de l'acte véné- 
rien:- le coït réservé des ménages désireux de ne pas augmenter 
leur progéniture, les caresses frustes des fiancés, F impuis- 
sance relative des maris dont les érections insuffisantes ou les 
éjaculations trop rapides ne permettent pas à la femme d'abou- 
tir au spasme voluptueux, F abstinence provoquée par le veu- 
vage, etc. La suppression brusque d'habitudes anciennes de 
masturbation auraient souvent le même effet. 

... Comme le D 1 " Hartenberg, nous ne croyons pas, non plus, 
à Forïgine exclusivement sexuelle des états obsédants. L'ana- 
lyse de nos observations nous a démontré F influence de l'héré- 
dité comme cause prédisposante, celle du choc émotif acciden- h 
tel comme cause occasionnelle. Elle nous a révélé ce fait im- 
prévu que les obsessions débutent dans plus de la moitié des 
cas, dans Fenfance ou l'adolescence, avant la fin de la quin- 
zième année, à un âge par conséquent où les pratiques visées 
par la théorie de Freud ne sauraient être incriminées. Nous 
nous croyons donc autorisés à conclure que la satisfaction 



^VhdA^^H-^^ 



43 8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



incomplète des excitations sexuelles n'est pas la cause spéci- 
fique des névroses anxieuses. » 

On le voit clairement par ces citations, et les textes ne lais- 
sent aucun doute, la névrose d'angoisse est confondue avec la 
« Zwangsneurose ». Si je vous cite cette erreur en passant, 
c'est parce qu'elle semble, dès lors, avoir persisté dans la lit- 
térature. Et ce sera à un nouveau-né de rétablir les faits, mais 
à un nouveau- né fort bien venu et appelé à s'imposer rapide- 
ment; je veux parler de l'ouvrage du professeur Hesnard, 
sorti de presse récemment, sur les « Syndromes névropa- 
thiques ». 

Que notre, ami Hesnard me permette toutefois une réserve. 
Je lis ceci, page 52 ; 

(( L 'angoisse-névrose a été isolée par Freud vers 1895, Nos 
maîtres de Bordeaux , Pitres et Régis, en ont donné peu après 
en France mie description saisissante, en faisant de ce syn- 
drome la base clinique des Phobies et des Obsessions. » 

Or, cette phrase, sans réajustement, serait peut-être sus- 
ceptible de perpétuer la méprise initiale. 

C'est qu'en effet le texte original du mémoire de Freud de 
1895 sur la névrose d^angoisse ne laisse, de son côté, subsister 
aucun doute. Sous cette appellation clinique nouvelle, Freud 
visait un état morbide particulier, se dîti liguant de la névrose 
obsessionnelle et par Pétiologie cl par la psychogénèse et par 
le traitement. Elle tendrait à se produire dans, les cas où, pour 
une raison quelconque (abstinence sexuelle, coït réservé, 
fiançailles, veuvage, ejaculatio praecox)^ la somme, des exci- 
tations libidinales ne s'achèvent ni ne s'élaborent dans le psy- 
cîiisine, niais en sont détournées (psychische Ablenkimg); si 
bien que, dans la suite, elles doivent rechercher une utilisation 
anormale. La tension sexuelle ne peut être, en effet, suppri- 
mée que par une action spécifique ou adéquate, d'ailleurs fort 
compliquée. 

Il est certain, d'autre part, que sur le terrain anxieux on 
constate souvent une floraison de phoMqs anxieuses dont 
Hesnard donne une magistrale description et qui conduisent 
souvent à Vétat dit panophohique* Et c'est, sans doute, de 
cette complication qu'est venue l'interprétation ambiguë de la 
classification de Freud- Dans les deux névroses en question, il 



LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 



439 



■ ■ 

s'agit, eu effet, d'une transposition de Taffect. Mais, dans les 
phobies de la névrose d'angoisse, écrivait Freud: i° Taffect 
est plus monotone; il est toujours l'angoisse et seulement l'an- 
goisse ; 2° il ne provient pas d'une représentation refoulée ; 
3* le mécanisme de la substitution est absent. C'est pourquoi 
elles se révèlent irréductibles par l'analjrse, En un mot, le 
mécanisme de la substitution ne s'applique qu J aux phobies 
typiques, celles-là même qui constituent, dans la, monographie 
freudienne, la base de la fameuse << hystérie d J angoisse »^ 
mais ne s'appliquent jamais aux plwbies dites atypiques, c'est- 
à-dire à celles de la névrose d J angoisse. 

L'on voit donc que c'est l'analyse positive ou négative des 
cas en question» en d'autres tenues l'épreuve thérapeutique } 
qui a déterminé Freud à opérer cette distinction clinique. Il 
considère ainsi la névrose d'angoisse^ d'une part, comme une 
névrose actuelle ; la névrose 'obsessionnelle, l'hystérie, et l'hys- 
térie d'angoisse » d'autre part, comme des névroses de transfert 
ou régressives. 

Gela revient à dire que, dans- la première, la psychogénèse 
est rudiments ire, secondaire et non étiologique, tandis que, 
dans les secondes, elle est primaire, ancienne, étendue et étio- 
logique. 



S 6. Position actuelle du problème 

Nous allons maintenant laisser de côté le point de vue histo- 
rique pour n'en retenir qu'une ou deux propositions précises, 

A. Les phobies, lés obsessions et les impulsions sont, dans- 
la classification non analytique, généralement réunies en un 
seul syndrome. 

B. Quatre points de vue différents dominent leur patliogé- 
.nie, d'où quatre théories principales : 

La théorie intellectuelle (Westphal). 
La théorie affective (Moreh Ecole de Bordeaux}. 
La théorie psychasthénique (Janet). 
La théorie aboulique (Arnaud, Raymond). 
M, Hesnard distingue enfin: 

i* Là* phobie et la crainte obsédante dérivant de l'anxiété 
névrôpathique." 



■ h 1 



^^— — — — ^— — 



440 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



2° La phobie et l'obsession psychasthêniques comme élé- 
ment d'un coin plexus de sentiments d'ïncomplétiide, de honte 
ou de scrupules, etc. 

3° Les phobies constitutionnelles ou phobies obsédantes ca- 
ractérisant la névrose d'obsession et basées sur une psycho- 
génèse spéciale. 

Ajoutons que si Ton compulse la littérature non analytique 
sur l'Obsession, postérieure à l'ouvrage de Pitres et Régis, 
l'on n'y découvre guère de faits ou d'idées susceptibles de 
nous intéresser ici. 



c. 



LA. NEVROSE OBSESSIONNELLE 



441 



~ll 1 |-|fM ■'■ ^^^^^^M 



CHAPITRE II 



Observation clinique 



§ 1. RÉSISTANCE 

Nous appellerons convention licitement notre malade M ,,t0 Du- 
pont. Psychanalysée avril-octobre 192 1. Elle avait environ 
trente ans à l'époque. Elle m'a été envoyée pour'état neuras- 
thénique, amaigrissement, insomnie, dyspepsie et gastro- 
entérite. Dès son arrivée, je vois une femme au teint jaunâtre 
et d'aspect presque cachectique. Elle donne, avec une grande 
difficulté, quelques détails sur son passé et son genre de vie. 
Après une ou deux nouvelles consultations, je lui propose une 
psychanalyse. Elle accepte finalement, non sans une vive 
résistance. 

Rien de particulier dans les antécédents. Jeune fille, jolie et 
courtisée, elle s'est toujours méfiée des hommes et a refusé 
vingt-sept prétendants; elle a fini par fixer son choix sur un 
homme faible et insignifiant. Famille de nerveux, mais pas 
de cas de pS3^chose, 

Mariée, elle a une première fausse couche; ensuite, vient 
un enfant (garçon); deux nouvelles fausses couches et. un avor- - 
temeut. 

Les débuts de l'analyse furent extrêmement ardus pour le 
médecin comme pour la malade. 

Et ce n'est qu'après deux à trois mois de séances presque 
quotidiennes, le 11 juin exactement, qu'elle se décida à grand'- ■ 
peine à « sortir », à exprimer pour la première fois, une de ses 
obsessions. Ce fut à la quarante -cinquième séance environ ! 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 2 



^ 



442 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



(Ici, une parenthèse s'impose. Les cures psychanalytiques 
ont révélé ce fait peu connu qu'un assez grand nombre d'obsé- 
dés n'avaient jamais dit un mot de leurs obsessions, ou tout 
au moins des plus graves et des plus profondes d'entre elles, 
aux médecins qui les avaient traités jusque-là. Notre cas ren- 
dra compte de l'un des motifs les plus importants de cette sin- 
gulière abstention. C'est la crainte ou la certitude supersti- 
tieuse que, si l'idée obsédante est exprimée ou relatée à haute 
voix à un tiers, elle sera vraie, elle deviendra aussi coupable 
que l'acte, elle pourra se réaliser, etc. D'où angoisse insur- 
montable. Dans d'autres cas, ce sera la honte, l'humiliation, 
le sentiment de culpabilité, la « blessure narcissique » consé- 
cutive, etc., qui arrêtera les mots sur les lèvres de l'obsédé. 
Ou bien encore l'habitude automatique de se défendre contre 
l'obsession. On pourrait expliquer par là pourquoi la névrose 
obsessionnelle a été si mal ou si peu étudiée , eu regard par 
exemple à d'autres psychonévroses,} 

Donnons maintenant quelques détails sur les circonstances 
analytiques de ce premier aveu. Nous nous occupions à ce 
moment du « coinplexe maternel », à propos duquel la malade 
avait différé le récit d'un rêve* Ce jour-là, elle finit tout de 
même par le raconter (11 juin). Voici ce rêve: 

« En promenade... manifestation populaire,., le bonhomme 
(son fils) devait venir, mais... mais je ne suis pas sûre qu'il 
soit là.,, en ce moment, je me trouve dans une sorte de 
cabane... et j'ai un acte d'amour avec ma mère. » 

Parmi les associations sur ce rêve, retenons les suivantes: 
Toute enfant, elle est souvent allée dans le lit de son père.., 
le matin. Elle s'est frottée contre lui quand il donnait. Elle ne 
sait pas s'il s'en est aperçu, w « II me prenait souvent aussi 
dans son lit et me disait: Tu es un garçon manqué. Il me 
gâtait beaucoup, mais était aussi très sévère... 

u Je prends toujours le bonhomme dans mon lit quand mon 
mari est absent. » 

Elle avoue, la séance suivante , qu'elle s'onanise souvent, 
justement quand elle prend le gosse dans son lit.,, ou bien 
pour se refuser à son mari... 

Elle finit par associer sur les \V\ C, de 1* hôtel où ils habi- 
tent (à propos d'un autre rêve)... puis elle ajoute enfin : 



LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 



443 



<( C'est là que mon bonhomme baignera dans son sang, » 

Le premier pas est fait. Rassurée par moi (i)> elle ira désor- 
mais de l 1 avant. Mais 3 avant de dresser la liste des obsessions 
qui « sortirent » peu à peu dans la suite du traitement, je 
tiens à insister sur un point important. C'est que, dans le 
cours de la névrose, elles avaient été précédées par une phase 
phobique. Or, ces phobies, qui avaient eu un caractère très 
angoissant j disparurent au moment où s'installèrent les obses- 
sions* 

Exemples de ces anciennes phobies: 

Au début, elles ont surgi chaque fois qu j il lui arrivait 
quelque chose d'heureux. Immédiatement, crainte qu'il n'ar- 
rive un malheur à sou enfant. Plus tard, visitant un apparte- 
ment à louer, elle éprouve subitement sur le balcon la crainte 
de le jeter en bas (du quatrième étage). Elle renonce à signer 
le bail, malgré que ce logis leur plût beaucoup. Au cours d'un 
séjour de vacances au bord du lac avec le gosse, elle revient 
brusquement en ville, ayant eu sur la grève la peur de le 
noyer. 

Les phobies se transforment peu à peu en visions: passant 
au-dessus d'une chute d'eau, elle voit tout à coup son enfant 
se débattant dans l'eau bouillonnante. Elle visite un autre 
appartement à louer où un enfant vient de mourir. En ren- 
trant, elle voit son fils étendu mort sur son lit, « C'est le bon 
Dieu qui m'avertit », se dit-elle, « pour que je ne loue pas cet 
appartement. » 

Les visions, enfin, se transformèrent en idées obsédantes. 



$ 2. Obsessions infanticides 

■ 

- Leur caractère commun est un cynisme très sadique. En 
voici une première série: 

i. Le 4 mai 1919, au cours d'une promenade en bateau avec 
son mari, cette pensée-ci s'impose à son esprit: « Je jure que, 
le 19 mai, je tuerai le petit en le jetant dans l'eau, » (Le 
19 mai est l'a 11 ni versa ire de la mort de son père.) 



(1) Voir plus 1om le principal moyen auquel je recourus pour obtenir 
l'aveu de ses idées obsédantes. 



444 REVUE FRANÇAISE 1>E PSYCHANALYSE; 



2- « Dans la salle de bain, je me suis vue poignardant l'en- 
fant et le baignant dans son sang. » 

3- « Tuer le petit pour boire son sang- Lui ouvrir le ventre 
pour boire la limonade qu'il venait de boire « (un jour où elle 
avait très soif). 

4. « Le couper en morceaux, le bouillir et le manger. » 

5. u Lui sortir les rognons, les cuire au madère et en faire 
un bouillon, » 

6. « Lui couper les jambes pour en faire des saucissons et 
les rôtir. » 

7- « Lui couper les oreilles pour les mettre en vinaigrette- » 

8. « Lui sortir les entrailles pour les cuire, » 

9. « Lui couper la tête, lui ouvrir le crâne et sortir la cer- 
velle. » 

10 ♦ « Lui sortir les yeux pour les cuire au beurre noir. » 
Etc., etc. 

Ici quelques remarques s'imposent. Tout d'abord, cette 
association de l'infanticide à l'art culinaire, de fort mauvais 
goût d'ailleurs, ne sera pas sans surprendre le lecteur. Mais 
il faut savoir que, dès sa jeunesse, la malade avait présenté 
une curieuse tendance à la plaisanterie scabreuse, aux mots 
pénibles et choquants. Très gourmande elle-même, elle avait 
été entourée, dans sa famille, de gens très gourmands aussi. 
Sa mère était très experte en cuisine, Mais, en saine psycho- 
logie analytique, de tels penchants, même très marqués, ne 
sauraient prétendre à expliquer le contenu et le caractère par- 
ticulier de ces obsessions. La gourmandise comme l'obsession 
sont le double effet d'une cause profonde. Disons d'emblée, 
en anticipant quelque peu, que cette dernière consistait en la 
présence et l'action de pulsions (1) dites sadiques-orales, pul- 
sions inconscientes, très refoulées, d'origine infantile. 

Un autre trait paiticulïer est frappant; c'est le motif reve- 
nant sans cesse de couper, â* extraire, de sortir tel ou tel 
organe. Kt ici nous arrivons au nœud de la question. 

Il s'agit là d'un symbole classique bien connu des analystes: 
le symbole de castration. Citons ici une autre obsession qui 

(ï) Ce tenue a été choisi par la Commission linguistique de la Confé- 
rence des Psychanalystes de langue française pour traduire le terme alle- 
mand de « Trieb », 



^^ 



1-%1-BH-^^^ 



LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 



445 



sortit avec plus de résistance que les autres: « Lui (à P enfant) 
couper son petit membre pour eu faire du boudin, n Ou bien: 
« Il y aura des souris dans' le nouvel appartement; alors, je 
prendrai un chat et je le ferai châtrer pour qu'il n'arrive pas 
de malheur au petit, » 

Nous verrons plus loin qu'à la base de toute cette série 
obsessionnelle se trouvait un désir sadique de castration de 
P homme, Ici > on. voit comment le déplacement de ce désir sur 
le chat préserve naturellement le petit de ce malheur. 

Une autre forme courante de ce s3anbolisme est la strangu- 
lation ou Pétouffenïent, M m * Dupont n'y a pas échappé : 
a Quand j'ai pris le petit dans mes bras, j'ai eu Pidée de 
Pétouffer. j> Ou encore; « Il m'a donné un conseil vis-à-vis de 
son papa ; car vous savez, c*est un bonhomme qui raisonne 
comme un homme. Eh bien! je me suis dit': Si ce conseil 
tourne mal* je- l'étranglerai. i> 

Sans en dire davantage pour P instant, passons à une nou- 
velle phase du traitement. Après que la malade en fût venue à 
exprimer de plus en plus librement ses idées obsédantes* il se 
produisît un transfert très positif sur le médecin. Mais, en 
même temps, c'est là le point intéressant, ses obsessions chan- 
gèrent peu à peu de forme et d'objet. L'infanticide passa au 
second plan, puis disparut, tandis que la pulsion sadique- orale 
de castration fut déplacée sur le mari. Ce déplacement me 
'prouva que P enfant avait été élu par substitution. Celle-ci 
commençait à se défaire alors que la pulsion se rapprochait 
sensiblement de sa forme primitive et vraie, et allait retrouver 
son objet réel. Voici une ou deux idées qui se firent jour à ce 
moment-là: « Lui (au mari) mordre P organe.,, le lui mordre 
et le couper avec. les dents, et P avaler... le faire cuire, puis le 
manger à la mayonnaise (avec la vinaigrette, c'est le mets pré- 
féré de la malade), etc. » J'ajouterai que ces nouvelles idées 
n'avaient jamais été conscientes. Les unes comme les autres, 
en outre, ne furent jamais impulsives, seulement obsession- 
nelles. 

Bien que cela puisse paraître étrange aux médecins, non 
rompus à la méthode, il faut tout de même admettre que ce 
transfert de Pidée sadique sur le mari d'une part, sa localisa- 
tion sur le pénis d'autre part, constituaient un progrès ana- 



446 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



lytique important. En effet, c'était une première étape vers le 
défoulement complet. À l'étape suivante, il s'avéra que Pobjet 
primitif et réel de la pulsion, dissimulé un instant sous l'image 
du mari, n'était autre que le père. 

$ 3. Le complexe paternel 

Il 3' a lieu maintenant de revenir au rêve homosexuel cité 
plus haut. Dans le courant des associations qu'il suscita, trois 
motifs particuliers sont à retenir: les souvenirs concernant les 
visites dans le lit du père, V onanisme et V obsession infanticide. 
Nous pouvions a priori supposer qu'il devait donc exister un 
lien entre ces trois éléments émergeant simultanément. 

Quelques mois après, en effet > nous pûmes mettre au jour 
un traumatisme important. Nous savons que c'est dans le lit 
de sou père qu'elle se rappela avoir éprouvé pour la première 
fois une jouissance génitale, le père étant pins ou moins 
endormi/ Mais un certain matin, sans qu'on puisse dire au 
juste s'il s'est agi d'un fait réel ou d'une fantaisie de l'enfant 
(ce qui, d'ailleurs, revient au même au point de vue des con- 
séquences du refoulement), il semble que le père en soit venu 
à solliciter de la part de sa petite fille (de quatre à cinq ans), ou 
à favoriser, certaines caresses manuelles, puis certains attou- 
chements buccaux sur son pénis. Cette scène de séduction fut 
violemment refoulée et associée dans la suite à un autre trau- 
matisme pu une série d'autres traumatismes qui durent se 
passer vers cette époque. Ils consistèrent en de sévères et bru- 
tales corrections, rehaussées probablement de gifles et de 
tapes que la fillette se vit infliger par son père en colère, à pro- 
pos de cette habitude qu'elle avait prise de se frotter contre 
lui; à propos probablement aussi d'un onanisme solitaire fré- 
quent. Quoi qu'il en ait été, ces chocs et ces fantaisies exercè- 
rent une influence funeste sur son développement instinctif. 

Mou intention n'est pas ici de donner un exposé complet de 
tous les complexes infantiles de cette malade, ni de relater en 
détail leur rôle pathogène respectif (i). Cette description sera 
donc incomplète; mais elle n'en sera peut-être que plus claire, 
car je me bornerai à la psychogénèse de l'obsession infanti- 

(î) Je 1 aiderai de côte par exemple les complexes erotiques anaux. 






LA 'NEVROSE OBSESSIONNELLE 447 



cide, en ne mentionnant que son mécanisme primitif essentiel; 
mais il suffira, croyons-nous, à la faire comprendre. 

On peut brièvement poser le problème ainsi: Pourquoi et 
comment les pulsions sadiques originelles acquirent-elles et 
conservèrent-elles une telle intensité? Pourquoi se fixèrent- 
elles intégralement sur le père? Pourquoi prirent-elles cette 
forme de castration ? 
Répondons d'abord à la première question, 

S 4. RÉSUMÉ DES DONNÉES DE i/ ANALYSE 

I/analyse révéla, en somme, une forte pulsion agressive 
contre le père en même temps qu'un complexe homosexuel (i). 
Nous sommes donc en présence des éléments classiques d'un 
complexe d J Œdipe négatif, ou renversé. En pareille situation 
la seule possibilité d'atténuation et d'annihilation des pulsions 
agressives eût été le développement d'un complexe œdipien 
positif, on normal. J'entends par là que, seule, la fixation d'un 
courant libidinal ou et amoureux » sur le père eût été à même 
de neutraliser les tendances sadiques et d'assurer leur refou- 
lement; Au contraire, le complexe œdipien normal échoua 
complètement et, comme nous allons le voir, les traumatismes 
sus-mentionnés ne furent pas étrangers à cet échec; ils durent 
même y contribuer considérablement, 

I] se produisit alors une régression à Un stade précédent, le 
stade sadique, régression déterminée par la nécessité de ïaïre 
cesser ou de compenser, par une satisfaction ou un gain de 
jouissance, la forte tension ou la souffrance déclenchée par l'in- 
satisfaction des tendances œdipiennes. L'enfant revint auto- 
matiquement â une situation ou une organisation qui l'avait 
provisoirement satisfaite, quand bien même elle avait dû y 
renoncer dans la suite, La meilleure garantie du succès du 
refoulement d'un stade pré génital réside toujours dans la réus- 
site de rétablissement du stade génital. 

Maintenant que nous avons cherché à faire comprendre com- 
ment la libido ne suivit pas son courant normal, il r nous reste 
à montrer dans quel courant elle s'engagea. ou demeura fixée, 
quel fut son réel emploi. Eh' bien ! il faut distinguer ici deux 
ordres de mécanismes. Le premier fut une forte fixation mas» 

■ 

{1) Il s'agîssaît d'une attitude psychique et non d'une perversion réalisée. 



448 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

* 

culine à la mère tendre et faible > ceci dans aine attitude fran- 
chement masculine et dominatrice^ résultant d'une identifi- 
cation au père sévère et dur. L'anaWse 5 en effet , ne retrouva 
aucune trace de cette identification à la mère qui est la condi- 
tion indispensable à" la formation d'un complexe d 'Œdipe nor- 
mal. Le second fut le développement d'un fort narcissisme 
dont nous décrirons les éléments au chapitre IV. 

La conséquence finale la plus importante de cette régres- 
sion fut que les deux groupes de tendances primitives, les ten- 
dances agressives (destructives), d'une part, et les tendances 
erotiques, d'autre part, restèrent dissociées, Elles ne parvien- 
dront plus à se fondre, à s'intriquer les unes aux autres pour 
se fixer ensuite sur un objet. Elles demeureront irrévocable- 
ment séparées, se satisfaisant et se réalisant désormais les 
unes à côté ou en dehors des autres. Telle est l^origine de 
l'état dit « ambivalent » qui forme la base même de la névrose 
obsessionnelle. Nous reviendrons, d'ailleurs, au chapitre sui- 
vant sur ce phénomène de dissociation que M. Freud a décrit 
sous le terme de « désintrication des pulsions » (i), 

En ce qui concerne maintenant les deux dernières questions 
que nous nous sommes posées, on peut pour y répondre faire 
valoir les faits suivants: 

Fillette, M** Dupont a succombé à un conflit affectif. For- 
tement attirée d'abord par le père, les traumatîsmes psychi- 
ques lui inspirèrent ensuite contre lui de la répulsion et de la 
haine. Ils contribuèrent, d'une part, à donner aux pulsions 
agressives leurs formes orales; d'autre part, à les fixer sur le 
pénis paternel, cause concrète de sa révolte, Et je dis: contri- 
buèrent et non déterminèrent, parce qu'il existe un grand 
nombre de cas de névroses féminines où Ton découvre pareil 
désir de castration en l'absence de tout traumatisme psychique 
analogue. 

Quoi qu'il eu soit, un fait demeure certain, c'est que deux 
forts désirs prirent concurremment naissance; d'un coté, le 
désir d'avoir un pénis, de l'autre le désir de supprimer celui 
de l'homme -père, ces deux désirs formant les deux faces du. 
complexe de masculinité. 

(j) Triebejitimscbuiig. 



3.A NEVROSE OBSESSIONNELLE ■ .- 449 



Enfant, notre malade a ressenti 'l'état de fille comme .une 
honte douloureuse. Ses frères n'allaient jamais dans le lit dn 
père; ils ne furent donc jamais grondés pour « cela »; ils jouis- 
saient de quantité de privilèges, tout ceci évidemment parce 
qu'ils étaient des garçons , qu'ils avaient donc cet organe. Une 
autre fantaisie fut que si l 'onanisme était pour elle à ce point 
coupable et défendu, c'est parce qu'elle était une fille et qu'elle 
n'avait pas cet organe (i). « Les garçons, eux, ont le droit cfè 
le pratiquer, puisqu'on ne leur dit rien, y} 

Plus tard, devenue femme > elle prendra un caractère anti- 
féminiu, autrement dit phallique. Elle révélera, une forte résis- 
tance contre toute hétérosexualité; elle sera complètement fri- 
gide. Elle aura beaucoup de peine à mettre des enfants au 
monde. Devenue malade, elle retombera dans l'onanisme- Elle 
le rationalisera en prétendant qu'elle s'y laisse aller pour pou- 
voir se passer des caresses du mari et des rapports conjugaux. 
Mais, en réalité, ce sera pour satisfaire' une fantaisie incon- 
sciente: la fantaisie qu'elle est un homme. Et cette satisfac- 
tion permettra précisément l'acte réprouvé par sa conscience 
en diminuant suffisamment ou en supprimant même le senti- 
ment de culpabilité: « Mes frères avaient la permission de le 
faire; je les ai vus, et ils n'ont pas été grondés. » Curieux 
exemple d'une fantaisie perverse concourant à lever une inhi- 
bition morale ! 

Nous avons maintenant les éléments nécessaires à l'explica- 
tion de cette impulsion vraiment singulière qui la portait à 
prendre son enfant dans son lit, et à le serrer contre elle, pour 
s'onaniser. C'est là qu intervient si clairement la valeur syra- 
bolique de l'enfant : il symbolise tout simplement le pénis mas- 
culin, pénis qu'elle s'adjuge ainsi pour suppléer à celui qu'elle 
n'a pas. Chez la femme > en effet, il n'est pas rare que son 
enfant représente, inconsciemment et de façon narcissique, un 
organe personnel qui, après avoir « poussé » an moment de 
l'accouchement, vous a été ensuite enlevé. 

Ce cas parlerait en faveur de l'idée de Freud que la persis- 
tance postpubérale de l'onanisme chez la femme serait l'indice 
de tendances masculines ou de la. répression des féminines» 

(il Une autre malade présenta cette fantaisie que l'onanisme était la cause 
de Pabsence du pénis, « qu'il avait dû l'empêcher de pousser *. 



Hita 



450 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



toute la libido demeurant concentrée sur le clitoris (équivalent 
phallique) au lieu de s'étendre aux parois vaginales et aux 
zones voisines (Onanisme phallique). 






Un autre mécanisme déjà mentionné fut encore T identifica- 
tion au père (d'où le désir d'être homme) ayant supplanté 
r identification normale à la mère. Cette identification ren- 
versée concourut à la formation d'un sur moi pathologique, 
lequel se révélera, comme on îe verra aux paragraphes sui- 
vants, particulièrement sévère et cruel. Elle eut, en outre, 
pour conséquence importante d'amoindrir ou même de sup- 
primer le sentiment de culpabilité, celui qui aurait contribué 
par exemple au refoulement des tendances sadiques qui 
s'exprimaient dans l'obsession. -« Puisque le père a été lui-" 
même si brutal et agressif, je peux bien faire comme lui. » En 
règle générale, V identification aux parents très sévères, sur- 
tout à celui du sexe opposé, favorise doublement la névrose. 
En ce qui concerne enfin les pulsions erotiques, nous avons 
dit qu'elles étaient revenues occuper régressivement leurs 
positions narcissiques. Au fur. et à mesure du développement 
de la névrose, la libido de la malade se concentrera toujours 
davantage sur sa propre personne,* Une autre partie plus faible 
persistera sous sa forme homosexuelle primitive, la fixation 
sur la mère tendre et faible n'ayant jamais été abandonnée, et 
se reflétera dans une autre série de symptômes que je n'ai pas 
la place de décrire ici : les obsessions de jalousie. Cette jalou- 
sie obsédante concernant les relations des bonnes et du mari 
aurait paru paradoxale sans analyse. Mais c'est en vertu de sa 
fantaisie inconsciente d'être homme que M™ Dupont voulait 
s'asservir complètement ses domestiques, tout en leur défen- 
dant d'avoir aucune relation quelconque avec le mari. Car, 
dans son inconscient, elle prenait îe rôle du mari (père) et 
voulait être elle-même aimée de la bonne (mère). Mais je ne 
compte pas m 'étendre davantage sur ce côté clinique parti- 
culier du cas qui ne trouve pas sa place dans le cadre de ce 
■ rapport. 



^^^^m 



LÀ NEVROSE OBSESSIONNELLE 45 1 

Voici doue une malade obsédée par ridée de détruire et de 
manger son enfant unique, qu'elle adore pourtant. 

Or, l'analyse démontre que l'enfant est un substitut. Il sym- 
bolise V organe masculin, V organe de V homme-père. Nous 
sommes donc en présence d'un double fait : une pulsion 
sa dïqne -orale d'un côté, son contenu de l'autre. 

Tentons d'abord de résumer la psychogénèse de ce dernier. 
Il est plausible d'admettre que la fillette opérant une sorte de 
transfert économique, destiné à diminuer le sentiment de faute, 
crut se souvenir que son père l'avait punie non pas pour s'être 
livrée à des manœuvres onanis tiques de friction contre lui, 
mais bien pour avoir cédé à ses sollicitations d'attouchements 
manuels et oraux sur son pénis. Dès lors» la punition devient 
éminemment injuste, et le sentiment de culpabilité tombe. La 
fillette se vengera. Le « corps du délit y sera élu objet de la 
vengeance. Et la réalisation de celle-ci sera grandement faci- 
litée par l'attitude brutale du père, auquel la fillette n'éprou- 
vera désormais aucun sentiment coupable à s'identifier, du fait 
de la loi primitive du talion: « Je le traiterai comme il m'a 
traitée. » 

Kl le se vengera en mordant, en mangeant cet organe à cause 
duquel elle a été injustement punie, pulsion qui, dans la suite, 
sera transférée sur le mari, et à laquelle au fond le père lui- 
même l'avait entraînée à l'origine. 

Pendant la ou les scènes qui ont traumatisé le psychisme de 
l'enfant, le père lui a serré le cou (crispation orgastique?). 
« Pourquoi m'a-t-il serrée ainsi? c'est pour m 'étouffer, me 
stranguler. Eh bien ! je l'étoufferaî, je le strangulerai aussi », 
etc. (désir transféré dans la suite sur l'enfant). 

Ainsi donc, l'agression punitive du père déclencha chez cette 
malade, non pas, comme chez d'autres plus normales, un com- 
plexe masochiste féminin, mais bien, du fait de la régression, 
une révolte, un complexe de contre -attaque. 

Parallèlement â cette première série de réactions trauma ti- 
ques, s'en déroula une seconde, la série libidinale. Les trau- 
mas psychiques firent naître le désir d* éprouver les mêmes 
jouissances que le père, c'est-à-dire au moyeu du même organe, 
donc de posséder cet organe. D'où les fantaisies phalliques pen- 
dant l'onanisme. En même temps, l'état de fille fut considéré 



^Mh-¥^^M 



45^ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



comme une castration ( et même, plus précisément, comme 
nous allons le voir, comme une opération sanglante, D'où le 
grand rôle que, plus tard, jouera le sang dans l'idée obsédante 
(tuer le petit et le baigner dans son sang). On peut donc, en 
fin de compte, condenser toute cette situation a nautique en 
deux propositions: 

■ 

i° Non-acceptation de la castration et, par conséquent, de 
ta féminité conçue comme une castration, (<< Tu es un garçon 
manqué ! ») 

2* Ignorance, pais scotomisation absolue du vagin (refus 
absolu de le prendre en considération). Seul, le clitoris a été 
accepté en tant que substrat d'une attitude phallique, c'est-à- 
dire en tant qu'organe qu'on peut caresser comme jadis celui 
du père É 



5 5. Un Rêve. 

Pour terminer ce chapitre, je citerai un rêve à titre d'argu- 
ment complémentaire, 

La veille, M mt Dupont assiste, au sein d'un comité de dames 
féministes, à diverses intrigues et discussions mettant en relief 
<( tous les côtés mesquins de la femme » + 

Rêve: « Dans un jardin zoologique, des grilles entourent un 
parc à cerfs. Je vois un cerf, ou plutôt une biche, qui s'est 
battue avec une autre et qui est couverte de sang. Il s'écoule 
d'une grosse plaie. Alors, elle a mis son petit sur cette plaie 
pour arrêter le sang... et, par-dessus, des bandes enroulées 
faites avec de la peau couverte de poils. » 

Associations: Le jardin zoologique fait penser au père qui 
avait sa maison de commerce à côté... Très impressionnée jadis 
par les « bois » du cerf mâle, puis par ceux d'un élan vu dans 
im musée, qui étaient immenses. Impression de force et de 
grandeur, La biche qui n'a rien lui paraît faible et déshéritée, 
etc. Puis elle dérive sur son accouchement, sur s^s fausses 
couches, sur ses règles. 

Elle fut réglée tard, irrégulièrement, eut de P aménorrhée 
après ses accidents obstétricaux. Elle était toujours très dépri- 



■/■ 



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■ 



ï,A NEVROSE OBSESSIONNELLE 



453 



niée au moment des règles; Plus, tard, les obsessions seront 
particulièrement vives avant et pendant les règles. Pendant 
ces jours-là, elle devient taboue. Son mari et, en général per- 
sonne, ne doit la toucher. Le sang menstruel est aussi tabou. 
Elle se livre alors à des ablutions obsédantes de purification. 
Si son mari lui touche seulement le bout du doigt, l'idée sur- 
git: « Je tuerai le gosse pour le baigner dans son sang, » 

Ce rêve fut produit au quatrième mois de l'analyse. La fan- 
taisie qu'il exprime est si transparente qu'elle se passerait, de 
commentaires: supprimer l'écoulement du sang en appliquant 
l'enfant comme tampon, c'est supprimer Vêtat humiliant de 
femme (mesquinerie, la biche) caractérisé par Içs "règles, l'ac- 
couchement, les fausses couches et tant d'autres inconvénients, 
au moyen de V adjonction du pénis. Le tabouîsiné en période 
cataméniale est une mesure de protection contre te complexe 
de castration, c'est-à-dire une mesure, destinée à la protéger 
contre l'agression ou l'opération sanglante qui, dans sa fan- 
taisie, Ta privée de l'organe masculin (organe féminin = bles- 
sure). Cette fantaisie repose également sur une conception 
sadique du coït (la bataille des cerfs) ou sur l'idée connexe que 
celui-ci est le moyen dont use l'homme pour châtrer la femme. 
Ce très fort complexe négatif de castration fut compensé par 
les obsessions sadiques positives dont le sang était l'élément 
principal. Si son mari veut tout de même la toucher pendant" 
ses règles, ce contact réveille immédiatement la terreur du coït 
sadique et sanglant, d'où contre- agression immédiate expri- 
mée par l'obsession. Le sens de celle-ci peut alors s'exprimer 
ainsi: le contact, symbolisant le coït, réveille aussitôt le souve- 
nir que c'est son mari qui Ta déflorée. Ce souvenir s'associe 
et réveillé à son tour l'idée inconsciente que c'est donc lui qui 
l'a châtrée, 'qui lui a imposé son état de femme. Immédiate- 
ment alors, elle se révolte et se venge en le châtrant, lui (dé- 
truire l'enfant = détruire l'organe dn mari et faire couler son 
sang), en faisant de lui une femme. Une autre idée obsédante 
rentrant dans le même ordre fut la suivante:, « Le gosse.se 
battra en duel (coït) et sera blessé en cet endroit, » Cet endroit 
était celui où elle venait de se faire une tache de fraises, en 
haut de la cuisse, sur sa robe blanche. 



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1 



454 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 






Ii est possible qu'en lisant ce bref résumé clinique, 1q lec- 
teur se soit demandé: « Mais s'agit-il vraiment d'obsessions; 
« ne sommes-nous pas plutôt en présence d'idées bizarres tra- 
<* versant l'esprit d'une dégénérée sans y laisser de traces et 
« dépourvues de tout caractère obsédant vrai ? Bref, d'un 
a beau svndrome d'automatisme mental? » 

Je me bornerai à répondre qu'après avoir vu et entendu la 
malade, ce doute n'était "plus de mise. La lecture du chapitre 
suivant suffira, d'ailleurs, à le dissiper. 



■-■ 



^ 



LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 455 



CHAPITRE III 



Les Réactions éthiques du moi 



L'une des idées directrices de ce travail est de montrer, à 
l'appui de faits cliniques, en quoi les mécanismes psychodyna- 
miques étiologiques de la névrose obsessionnelle se distinguent 
de ceux de la névrose phobique vraie; de démontrer, par consé- 
quent, la nécessité de séparer, dans la nosographie à venir, ces 
deux syndromes. 

Nous avons vu que la névrose de M mc Dupont avait débuté 
par des phobies. Dans un premier temps: crainte qu'il n'ar- 
rive un malheur au petit; dans un second ; crainte de le jeter 
par la fenêtre ou de le noyer. Or, ces craintes étaient plus ou 
moins obsédantes, mais n'étaient pas des obsessions. Elles 
s'accompagnaient d 'angoisse, et celle-ci répondait à une réac- 
tion morale du moi contre la pulsion sadique du soi de tuer 
l'enfant. C'est pourquoi cette pulsion, ou son contenu, n'est 
pas parvenue sous sa vraie forme dans le conscient, mais sous 
une forme négative ou renversée (crainte). - 

Dans la phobie, l'inhibition de la pulsion est donc de règle. 

Dans l'obsession, par contre, la pulsion agressive, rompant 
tous les barrages, pénètre dans le conscient sous la forme posi- 
tive, elle se réalise: « Je jure que, tel jour, je tuerai le gosse, » 
Or, l'analyse révèle qu'il ne s'agit pas seulement d'un chan- 
gement de forme, mais que cette transformation résulte de la 
mise en œuvre d'un ensemble de mécanismes morbides tout 
différents; mécanismes qui définissent précisément la névrose 



456 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

obsessionnelle. Parmi eux> les réactions ou contre-réactions du 
moi à la pulsion qui l'a envahi forment un groupe important. 

Nous -allons décrire maintenant les principales d'entre elles 
chez M™ Dupont, 

Jusqu'ici, nous ne nous sommes guère occupé que de la réa- 
lisation substitutive de pulsions sadiques du soi. C'est au moi 
maintenant et à ce qui se passait à son niveau que nous allons 
prêter attention, Je rappellerai les quatre formes principales 
des obsessions* Elles consistaient en; serments, ultimatums, 
souhaits et prophéties, selon la terminologie de la malade elle- 
même. Toutes engageaient donc plutôt l'avenir que le présent. 
Caractère fréquent qui différencie, par exemple, l'obsession de 
V impulsion. Kl les engageaient cependant la responsabilité de 
la malade. C'est pourquoi cette dernière en vint, pour se déga- 
ger, à leur opposer une série de mesures de défense qui ne tar- 
dèrent pas à devenir obsédantes, elles aussi. 

M. Freud a donné à ce phénomène le nom de « défense 
secondaire », car il s'agit d'une défense contre îe symptôme, 
t-e dernier répondant lui-même déjà à un premier système de 

défense contre les pulsions mal refoulées, 

■ 

S 1. Annulation 

M 1liC Dupont, quand j'entrepris son traitement, consacrait 
tout son temps et toutes ses forces à annuler ou à retirer sts 
pensées, serments ou souhaits infanticides. Elle le faisait par 
la pensée elle-même et ne pouvait se dispenser de cet acte 
superstitieux, << car, disait-elle, si je ne le fais pas, l'idée sera 
vraie », c'est-à-dire quelle en arriverait à la réaliser au Heu et 
à l'heure fixée d'avance par l'obsession. Tout ceci se limitait 
au langage intérieur ou à un chuchotement à peine articulé et 
rapide que personne n'eût pu comprendre. Pour rien au 
monde, par contre, elle n'aurait exprimé ou prononcé ses obses- 
sions à haute voix, même en l'absence de tout témoin, et 
encore moins les aurait-elle communiquées à quelqu'un, « Si 
je les dis, elles seront vraies », me repli qua-t-elle souvent. 

Cette résistance fut très difficile à vaincre au début de l'ana- 
lyse. 

Un second obstacle provint de la a manie d'annulation », ïï 



■ ■ 



hk NEVROSE OBSESSIONNELLE 



457 



était impossible de la faire* associer librement tant elle était 
absorbée par la crainte de n'avoir point retiré tout ce qu'elle 
avait pensé ou dit. - 

C'est là un exemple frappant d* obsession secondaire. Elle 
se forma en trois temps: doute d'avoir annulé i* tout ce quelle 
a pensé; 2* tout ce qu'elle a pensé, mais qu'elle a pu oublier; 
3 tout ce qu'elle aurait pu penser ou dire. 

Elle en vint ainsi à annuler tout le temps/ Et avec quel 
redoublement d'opiniâtreté, dès l'instant où j'bbtms d'elle 
qu'elle exprimât devant moi ses obsessions à hante voix. Il fal- 
lut recourir à un procédé pas très orthodoxe au point de vue 
psychanalytique, mais qui pourtant me rendit service • 

Voici l'expédient: je lui signai le -billet suivant auquel elle 
fit elle-même les adjonctions que je place entre parenthèses. 

« Pour toujours: 

a 1* Vous ne devez ni retirer, ni effacer i ni annuler (toutes 
Içs pensées, quelles qu'elles soient, même de Dieu ou du diable) 
les vœux, serments,- prophéties ou ultimatums (enfin tout, 
tout. tout) t car ils n'ont aucune chance de se réaliser (jamais, 
ni nulle part, contre personne, etc., etc.), 

« 2 P Malgré cela, ils n'arriveront jamais (et ne me resteront 
pas dans l'esprit, aucun risque de me salir, autrement dit, 
de m' influencer pour mal faire). 

(t 3° Idem, pour ceux d'autrui, 

« 4 II n'y a aucun risque que cela arrive > ni se réalise, si 
vous n'annulez pas (aucun risque d'aucune sorte). 

« 5* Je vous le -promets. 

(c D r Chartes Obier* » 

(Ou qu'il soit y ou que je sois, les mauvaises pensées contre le 
gosse ne risquent pas de s* accomplir j* même s'il a fait, fait ou 
fera quelque chose de mal ou me portant préjudice.) 

« A ne pas égarer. » 

Cette « bulle », d'ailleurs, elle se hâta de l'égarer ; une 
seconde fut déchirée par mégarde. Elle se défendait en disant 
qu'elle doutait beaucoup de ma « puissance divine ». Au fond, 
elle tenait simplement à continuer de satisfaire ses pulsions 
sadiques » pressentant obscurément que celles-ci répondaient à 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE . 3 



>. 



4P^^P« 



45S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

un échafaudage que l'analj'se renverserait. Enfin, le transfert 
vint; mon autorité fut acceptée et la manie d'annulation céda, 
Freud j dans son dernier ouvrage (1), propose le terme gé- 
nérique de « das Ungeschehen machen » (2) pour désigner 
Tensemble des mesures de défense qui ressortïssent à ce méca- 
nisme. Les obsédés en fournissent un grand nombre d'exem- 
ples qui varient dans chaque cas, notamment ces cérémonial* x 
si curieux qui mériteraient de faire l'objet d'une monographie 
spéciale, Notre commission linguistique s'est arrêtée, pour tra- 
duire ce ternie allemand, à celui d' « annulation rétroactive », 

§ 2. Le TABOU 1SME 

Le lecteur aura remarqué que M nre Dupont > en parlant -de son 
enfant, ne prononçait jamais son nom. Elle n'aurait, en effet, 
jamais dit: « Paul h ou « mon enfant i>> « mon fils »> etc. Elle 
disait toujours: « la petite personne u } « le bonhomme », etc. 
Voici la copie d'une des innombrables lettres qu'elle m'adressa 
au début: 

« La dame dont je vous ai parlé (3) aimerait savoir quand 
« les mauvais souhaits ou tous les autres morbides viennent 
« contre la petite personne (4} en l'embrassant, la touchant , 
« ou viennent eu présence de la grande personne (5), lorsque 
ce je suis en contact avec elle (baisers, actes sexuels ou simple- 
(( ment en présence), s'ils risquent de se réaliser Ou avoir un 
« danger quelconque (dans ce monde ou dans l'autre? Je parle 
« de tous les deux), les pensées contre n'importe qui, quoi- 
« qu'elles soient, pendant n'importe quelle action... Elle (6) 
ff est particulièrement tentée de retirer quand elle est dans le 
« cas cité plus haut (présence de la grande personne) ; ou aussi 
« en présence d'une personne qu'on voit rarement, elle se dit: 
« Retire vite, sans ça, après 011 ne la verra plus et ce sera trop 
u tard pour annuler... » 

Ce document date d'une époque où je lui avais ordonné de 

(1) Freud ; « Inhibition, Symptôme. Angoisse ». Vienne 1926, 

(2) Exactement : faire qu'une chose ne soit pas arrivée, 

(3) Elle-même. 

(4) Souligné dans le te^te original, 

(5) Le mari. 
{6} Elle-même. 






LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 



459 



surmonter ses craintes > de reprendre des relations normales 
avec son fils et son mari. 

Il constitue donc une réaction névropathique à ce conseil si 
simple, 

Il démontre, en outre, que Paul ne doit pas être nommé, que 
son nom est devenu tabou. Mais le tabouisme-envers l'objet 
de l'obsession est loin de s'être limité â son nom. 

Lors d'une certaine phase de la névrose, les réactions exten- 
sives suivantes s'étaient produites: i° Son fils ne doit plus 
être nommé, 2° Il ne doit plus être touché. 3 Il ne doit plus 
être regardé, 4° Enfin, sa présence même doit être évitée. Et, 
comme je lui demandais pourquoi, elle répondait invariable- 
ment: « Parce, sans cela, l'idée sera vraie. » 

Jusqu'ici on peut, à la rigueur, admettre qu'une telle mesure 
de défense émane du moi, qu'elle a été instituée par lui et 
qu'elle s'exécute à son niveau. Le contact, en effet, est la base, 
la condition, ou le premier temps de toute agression. Et il 
semble assez logique que, consciemment, la malade l'évite, 
surtout avec son fils, puisque ce dernier constitue précisément 
l'objet conscient de ses obsessions meurtrières. Le contact 
(moral ou physique), sjmibolisant l'agression, sera donc sup- 
primé. Le tabou du nom entraîne également une détente, car 
il tend à faire de cet enfant un étranger, ou un être neutre, 
impersonnel, etc. ' 

Mais allons plus loin et envisageons une situation nouvelle. 
Paul attrape la rougeole. Celle-ci se complique. Le docteur 
prescrit des potions, des maillots, des lavages d'yeux. Il faut 
prendre la température rectale, donner le vase, etc. Sa mère, 
ou mieux, le moi de sa mère, n'a qu'un désir, celui de soigner 
elle-même son enfant en danger. Elle voudrait donner elle- 
même tous ces soins urgents. Elle sent que ce serait son plus 
grand devoir. Eh bien ! elle ne peut y arriver, cela lui est 
impossible: son enfant est irrévocablement tabouisé. Et pour- 
tant, elle est rongée par d'affreux remords, et cela d'autant 
plus que cette pensée l'obsède: « Si je ne le fais pas, il lui arri- 
vera malheur. » Vaincue, elle engage une infirmière, puis 
place enfin le petit malade dans une clinique. 

Devant pareille situation, nous sommes contraints d'aban- 
donner notre conception d'une défense du moi, car, ici, le moi 



4*1 



4Ô0 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



maternel et moral est entré en conflit avec une force autre, 
dont les exigences contraires étaient plus fortes que les siennes 
et jugées inadmissibles par lui. 

En outre, leurs causes profondes sont restées inconnues à 
l'esprit de la malade. Pour toutes ces raisons, nous devons 
admettre qu'elles ont été soutenues par une instance incon- 
sciente, laquelle n'est autre que le fameux surmoï. 

On m'excusera de m'étendre longuement sur des faits rela- 
tivement simples et connus. Mais cette notion du surmoi 
semble encore « chiffonner » de trop nombreux confrères. Et, 
cependant , il paraît évident qu'ici on ne peut pas s'en passer 
pour expliquer pareil conflit. Maintenant, il reste à savoir 
pourquoi il s'est comporté ainsi. 

Pour répondre à cette question , faisons appel à certaines 
données psychanalytiques. " 

Le surmoi répond, au point de vue de Freud, à une organi- 
sation particulière , née à la suite de diverses identifications. Si 
l'obscur problème de sa formation demeure non résolu, son 
existence n'en est pas moins certaine. Certain également est 
son caractère psycho-dynamique principal, c'est-à-dire d'être 
beaucoup plus rapproché du soi que n'est le moi. Autrement 
dit, de contracter des relations intimes avec le premier, alors 
que celles qui Punissent au conscient sont relâchées, lointaines 
et indirectes* 

Appliquons maintenant ces données au cas de M uie Dupont* 

Nous déduisons alors que son surmoi l'a empêchée dé soi- 
gner son fils, parce que quelque chose était connu de ce surmoi, 
qu'inversement son moi ignorait. Que ce quelque chose rési- 
dait dans le soi + Que c'était, eu un mot, l'excitation agressive, 
non plus comme simple pensée, mais bien avec tout son carac- 
tère affectif, impulsif, c'est-à-dire réel. 

Ou sait, en effet, que dans V obsession, contrairement à la 
phobie par exemple, Vaffeci est refoulé par Je moi, alors que le 
surmoi continue de se comporter comme $/iî n'y avait pas eu 
de refoulement . 

L'on ne saurait trop insister sur ces faits fondamentaux. 
Qu'on me permette de reproduire ici le texte de Freud qui 
concerne cette question, et qu'une coquille typographique a 
malheureusement rendu inintelligible dans mon précédent 



*p^**^ 



LA NÉVROSE OBSESSIONNELLE ■" ' 46 1 

article sur le surmoi: « Le surmoi traite alors le moi en consé- 
quence, et ce dernier, quoique innocent, doit supporter une 
responsabilité et un sentiment de culpabilité, de même que 
subir une punition, pour des excitations pulsionnelles qu*ii 
ignore, « 

Or, ce que le moi de la malade ignorait, c'était précisément 
que son soi voulait détruire le pénis de son père. C'est pour- 
quoi r enfant, qui symbolise ce pénis > ne sera pas soigné, car 
le soigner, c'est inévitablement le toucher/ et le toucher, c'est 
en quelque sorte, amorcer l'agression. Les soins à donner 
comportaient, d'ailleurs, un certain sens agressif à côté de leur 
sens utile et thérapeutique: ils étaient souvent douloureux 
(lavage des yeux), pénibles à l'enfant. Introduire une cuiller 
dans la bouche, ou un thermomètre dans le rectum, autant 
d'interventions représentant l'introduction d'objets pointus 
dans le corps de l'objet, c'est-à-dirè rappelant le "poignard ! 
Autant d'actes symboliques que > par conséquent, le surmoi 
ne pouvait permettre. 

Cependant, tout symptôme névrotique est généralement 
ambigu, et, malgré la censure, le désir refoulé ou la pulsion 
du soi exige ou confère une certaine forme dans laquelle il 
puisse trouver une satisfaction directe ou indirecte. L'absence 
de soins, par exemple, était aussi un moyen déguisé d'exposer 
l'enfant à succomber aux complications de sa rougeole > de 
satisfaire donc le désir de le faire mourir {détruire le pénis). 
Telle serait une démonstration de plus du fameux pacte secret > 
qui ferait du surmoi l'allié du soi. 

A ce propos, je fis à M nia Dupont la remarque suivante: « On 
« comprendrait que vous n'eussiez pu toucher votre enfant 
« s'il s'était agi de le punir ou de lui administrer une correc- 
« tion corporelle (agression); mais, dès l'instant où il était 
«. question de le soigner, cela ne s'expliquait plus. » ■ — « C*est 
te vrai, fit-elle, et j'y ai moi-même pensé. Mais c'était plus 
« fort que .moi. j> Ce qui donc était plus fort que son moi, ce 
n'était pas autre chose que son surmoi. 

Mais allons plus loin. Le lecteur aura remarqué, en lisant 
la copie de la lettre de M" 1 * Dupont, qu'elle recourait égale- 
ment à une périphrase pour désigner son mari (la grande per- 
sonne). Voici donc que îe mari, lui aussi, est institué tabou. 



■WMI^^VPV^^B^^W^^IEK^^^^pB^^^^^^B^^^^H^K^^^H^^^tV^^mmM^^B^^flk 



462 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Elle ne doit plus le nommer. Les termes: « Mon mari », a mon 
époux », « M. Dupont », « Robert », les termes « rapport 
sexuel », « amour conjugal » (la chose !), « organe masculin », 
etc M etc., sont supprimés les uns après les autres. 

La progression tabouisante fut, en outre^ la même qu'avec 
l'enfant: ne plus le toucher, ne plus le regarder, ne plus res- 
ter en sa présence. Lui-même ne doit plus la toucher , d'abord 
au moment des règles, puis continuellement. 

Ici, le principe d'une défense du moi' devient moins clair et 
moins satisfaisant encore. Il ne s'explique plus. Car le mari 
n'était objet d'aucune pensée agressive consciente ni précon- 
seiente quelconque. Mais il était bien, par contre, l'objet cPune 
pulsion sadique du soi (castration orale) comme l'analyse ne 
tarda pas à le révéler. Force nous est donc d'admettre; 1* qu'il 
existait quelque part une instance inhibitrice de nature morale, 
inconnue de la malade; 2 * que cette instance était inconsciente; 
3° qu'elle connaissait l'affect impulsif du soi, étant donné 
qu'elle mit en œuvre de si sévères et excessifs moyens de 
défense. Cette instance n'était autre que le surraoi. 

Je demande à la malade, ou si voulez à son moi: « Mais pour- 
quoi donc ne pouvez-vous nommer, ni toucher votre mari? » 
Réponse unique et invariable: « Parce que l'idée sera vraie ! » 
Impossible d'en tirer autre chose. Mais on peut, analytique- 
ment, traduire ainsi cette explication sommaire, qui n'explique 
d'ailleurs rien: « Parce que le contact serait déjà symbolique- 
<r ment la réalisation de mon désir inconscient de le châtrer. » 

C'est là un exemple de plus de ces rationalisai ions supers- 
titieuses si fréquentes chez les obsédés. 

Le moi, complètement étranger aux complexes du soi com- 
me aux réactions du sur moi, est forcé de rationaliser. Mais 
j'ajouterai que ces rationalisations ne sont superstitieuses 
qu'en apparence. Ce caractère, en effet, ne peut leur être ac- 
cordé que par un observateur qui n'a embrassé que le cons- 
cient du sujet. 

Pour l'analyste, par contre, elles sont dûment motivées par 
des phénomènes naturels et réels, et non surnaturels. 

En voici un autre exemple: C'est le soir. M ms Dupont est en 
retard, très pressée de rentrer pour rapporter des provisions et 
arranger un dîner* Son mari, en effet, a invité des amis. ETÎe 



-I - ■ 



LA NEVROSE . OBSESSIONNELLE 



463 



attend le tramway. Mais celui qui la reconduirait directement 
chez elle « vient de gauche », Il lui est alors impossible de 
monter dedans. Elle attendra qu'il en arrive un « de droite ». 
Mais celui-ci la conduira dans une direction opposée. Tant pis. 
Elle y monte... et y reste jusqu'à la station terminus. (C'est 
ainsi qu'elle est souvent allée jusqu'à des stations très éloi- 
gnées de la ville !) Arrivée là, elle ne bouge pas du tramway, 
même s'il faut attendre longtemps son départ en, sens inverse. 
Et ceci, parce que si elle en descendait et y remontait ensuite, 
ce ne serait plus le traimyajr de droite, mais celui de gauche, 
bien que ce soit la même voiture. Celle-ci, après l'attente pré- 
vue à l'horaire, repart donc dans la direction opposée avec 
M 1,ie Dupont; niais, cette fois-ci , cela lui est indifférent, car 
c'est toujours le tramway de droite, puisqu'elle n'en a pas 
bougé. Elle arrive enfin chez elle avec un retard variable, mais 
parfois si grand que mari et invités avaient filé au restaurant* 

Je lui demande alors pourquoi elle peut prendre les tram- 
ways de droite et pas ceux de gauche, « Parce que droite, c'est 
« le côté de la pensée; c'est le côté par lequel je peux, par con- 
« séquent, retirer ou annuler ce que j'ai pensé ou fait; au con- 
« traire, gauche, c'est mauvais, c'est le cote du cœur, c'est 
« pour moi un tas de choses troubles et mal définies, » 

Ce symbolisme inconscient, si proustien en somme, est très 
joli: la pensée pure, d'un côté, dépouillée de son affect refoulé; 
de l'autre, l 'affect lui-même, si dangereux en tant que ressort 
même ,de P impulsion. L 'affect que le surmoi connaît et au 
nom duquel il va punir la malade en l'obligeant à de longues 
promenades coûteuses et inutiles. 

Et, cependant, la malade est-elle seule punie? Certes, non. 
Le mari Test bien davantage. En y réfléchissant, d'ailleurs, 
on découvre sans peine que tous les symptômes d l e M 1 " 6 Dupont 
finissent par faire sçuffrir aussi ce dernier dans une large 
mesure et tendent ainsi à lui rendre la vie conjugale impos- 
sible, 

C'est dans ces effets secondaires des symptômes que ressort 
précisément et se réalise avec évidence, de façon déguisée, la 
haine du soi. 

■ 

Nous savons aussi combien de baux elle contraignit ce 
pauvre homme à résilier et combien de déménagements elle 



^H^M 



464 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

lui imposa, sous prétexte de tabouïsation de telle ou telle pièce 
de leur appartement. Et, curieuse coïncidence, c'était réguliè- 
rement les logis où il se plaisait le plus qu'il devait ainsi brus- 
quement quitter. 

Ces faits viennent illustrer la conception du « retour du 
refoulé dans le symptôme » décrit par Freud. 

Eu relisant une dernière fois la lettre transcrite plus haut, 
on constatera que la malade elle-même s'est tabouisée. Elle 
s'appelle « la dame dont je vous ai parlé », ou ailleurs « votre 
tante u (transfert), etc. Elle ne peut plus se nommer. E1K 
proscrit les termes de « Madame Dupont », « je », etc. Elle 
ne peut s'exprimer alors qu'à la troisième personne, 

On voit qu'ainsi elle cherche à se dépersonnaliser pour se 
libérer de la responsabilité de ses pulsions. En termes vul- 
gaires, nous dirons: « Le moi ne marche plus ! » Il s'isole du 
drame, en même temps que les tabous tendent à isoler les 
objets de ces pulsions de toute la pensée et de toute l'activité 
du moi. 

Freud a justement insisté, dans son dernier ouvrage, sur 
ces mécanismes qui sont si caractéristiques de la névrose 
obsessionnelle. Et il les définit par le ternie général de « Iso- 
ïierung », que je proposerai de traduire par isolation, « isole* 
ment » prêtant à confusion. Leur but est la suppression de 
toutes possibilités de contact. Dans l'esprit lui-même comme- 
dans l'activité, Pobjet de tendances agressives est isolé du cou- 
rant des associations et ne doit plus être reproduit dans le 
cours de la pensée. Il convient donc de distinguer une isolation 
motrice (délire du toucher) et une isolation îdéative (êhtsion). 

Mais si. l'annulation rétroactive dont nous avons parlé cor^ 
respondait à un mécanisme irrationnel de nature superstitieuse 
on magique vraie, sorte de « magie négative » mettant en 
œuvre le principe archaïque de la Toute -Puissance de la Pen- 
sée, l'isolation, par contre, répond, elle, à un mécanisme 
rationnel. C'est un moyen , en somme, logique de défense. 

S' 3. EXTENSTVTTÉ DU MÉCANISME DESOLATION 

Un jour, à table, son mari découpe un poulet. Idée brusquer 
u Je poignarderai le gosse avec ce couteau à découper. » Le 



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LA NÉVROSE OBSESSIONNELLE 



4&5 



Jl ^ ■ - 



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couteau a dû disparaître de la table, puis du placard, puis, à 
sa suite, tous les couteaux ! 

Dans une charcuterie, elle voit des fricandeaux. Idée: « Je 
lui couperai les jambes pour en faire des fricandeaux. » Aus- 
sitôt, la charcuterie est taboue: elle n'y retournera plus. Puis 
la boucherie, l'épicerie, puis une quantité de magasins où 
Ton vend des couteaux, des ustensiles de ménage, ciseaux, 
aiguilles, articles de toilette, etc. Elle n'y pourra retourner à 
aucun prix. 

Elle se lave constamment les mains et les organes génitaux. 
Au début, ce fut surtout après l'acte d J onanisme T Elle le fait, 
en outre, toujours trois fois de suite. « Trois est un chiffre 
sympathique. » (Trois était un symbolisme de masculin îté > ou 
plus précisément de génitalité masculine. Les tendances phal- 
liques et la réaction contre la castration réapparaissaient donc 
dans le symptôme, de même que, plus haut, la haine contre 
le mari.) 1/ impulse au lavage, d'autre part, se montrait par- 
ticulièrement, vif pendant* les règles. Il se manifestait aussi 
après chaque idée infanticide. Si celle-ci avait surgi dehors, 
la malade devait rentrer chez elle pour se laver trois fois tes 
mains et les organes (complexe de Lady Macbeth). De nou- 
veau, nous voyons là un acte irrationnel et magique exprimant 
le désir que le crime ne soit pas arrivé. 

Mais voici qu'une complication survient, Dans cette salle de 
bains où elle passe ses journées à se laver, l'idée de tuer le 
gosse, nousl Vyon s vu , lui vient de plus en plus souvent à l'es- 
prit, sjjbi€n que, finalement, ladite salle est instaurée taboue. 

Dès lors, un curieux et pénible conflit secondaire est engen- 
dré, non plus entre deux tendances cette fois, mais bien entre 
deux symptômes, entre deux mesures de défense, Tune éma- 
nant du moi (lavage) et l'autre du surmoi (tabou), En effet, la 
malade n'a, ou mieux son conscient n'a qu'une envie, celle 
d'aller se laver, se purifier au cabinet de toilette. Des deux 
réactions antagonistes, laquelle l'emportera? Comme bien Ton 
pense, car c'est dans la règle, ce sera celle du surmoi. Elle se 
résignera alors â se laver dans sa chambre et ne prendra plus 
de bain s j malgré que ce soit pour elle une très grande priva- 
tion . 

Mais voici que, par surcroît, cette autre idée lui vient dans 



MU 



lll»^ -^^^^^— ^^^— ■ 



466 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^sa chambre (son mari et elle font dès longtemps chambre sépa- 
rée) : a Je crèverai les y eux du gosse avec cette épingle à cha- 
peaux ïï, ou bien « #vec ces ciseaux ». Ces objets deviennent 
naturellement tabous, puis tous les objets pointus (1); enfin, 
la chambre 'elle-même. Il ne reste alors rien d'autre à faire que 
de déménager. 

De déménagements en déménagements, cette fa mille > vic- 
time d'une névrose, finit par demeurer à l'hôtel, Mais là, au 
restaurant, l'idée surgit: « Si le maître d'hôtel nie place une 
« fois sous cette pendule "(symbole féminin), je m'onaniserai 
« là et ridée de tuer le gosse sera vraie. » Or, comme cela ne 
pouvait manquer d'arriver, on lui offre un jour justement cette 
place, objet de toutes ses craintes: le restaurant devient alors 
tabou. Il faut changer d'hôtel. 

D'hôtel en hôtel, elle en vint, finalement, à se retirer dans 
une chambre neutre et dégarnie, avec salle de bains entière- 
ment personnelle. C'est là qu'elle se fait monter ses repas. 
Elle mange seule, parce que, pendant les repas, pris en com- 
pagnie de son mari et de son fils, les idées sont trop fréquentes 
et trop fortes. Par mesure de protection également, l 'alimen- 
tation est de plus en plus réduite. Nouvelle privation considé- 
rable pour une gourmande, u C'est la plus forte qu'on pût 
« m' infliger », me déclara-t-elle. 

Elle renonce progressivement à toute coquetterie féminine, 
à la toilette, portant des vêtements bizarres, de coupe mascu- 
line, que je n'oublierai jamais ! 

Tels sont les principaux exemples de « réactions éthiques » 
présentés par M™ Dupont, L'on voit dans quelle large mesure 
elles finirent par désorganiser sa vie et celle des siens, à quel 
haut degré, d'autre part, elles dominaient le tableau clinique, 
alors qu'elles sont complètement absentes dans la névrose pho- 
bique ou l'hystérie. Elles confèrent, par conséquent'—à— hr 
névrose obsessionnelle un caractère et un aspect bien distincts, 
de même qu'une évolution toute différente* Leur importance 
est donc primordiale dans l'établissement du diagnostic et du 
pronostic comme dans l'application du traitement. 

(1). Thermomètre et cuiller avaient été aussi englobés dans ce sjinbo- 
lisme. 



$ 



LA NÉVROSE OBSESSIONNELLE r 467 



S 4. -Catamnèse de M me Dupont. 

Le mari, M, Dupont, ayant été nommé directeur d'une 
banque à l'étranger, l'analyse fut interrompue en octobre 
ig2r. Voici quelques renseignements tirés d'une lettre que 
la malade m'adressa en février 1922. 

Les idées de jalousie ne semblent pas avoir diminué. Par 
contre, l'obsession et les réactions de défense ont disparu. 
L'état géuéral s'est beaucoup amélioré, La famille est de nou- 
veau réunie dans un appartement, les repas se prennent en 
connu un, 'M™ 1 * Dupont partage la chambre de son mari. 
Celui-ci, dans l'intervalle, avait malheureusement subi une 
opération et son chirurgien lui -avait recommandé de ne pas 
avoir plus d'un rapport par semaine. Mais la malade m'an- 
nonce qu'elle en obtient trois. Elle ne me donne, par contre, 
aucun renseignement sur l'onanisme, ni sur la frigidité. 

Je pense que la guérison de l'obsession est attribuable au 
transfert analytique qui libéra la libido. Celle-ci semble, dans 
la suite , avoir cherché à se retransférer sur le mari, d J où neu- 
tralisation de l'agressivité. 

Ce transfert secondaire soulève nne question: les obsessions 
de jalousie persistantes ont-elles conservé leur base homo- 
sexuelle morbide, ou bien sont-elles dévenues des idées de 
jalousie plus normales? Seule, une nouvelle analyse pourrait 
éclaircir ce point. 



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468 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



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CHAPITRE IV 

Aperçu théorique. Les Mécanismes analytiques 

de la Névrose obsessionnelle 



S 1. La régression 

Je m* inspirerai, au cours de ce résumé, des idées exprimées 
par Freud dans sou dernier ouvrage : Inhibition, Angoisse, 
Symptôme {1926), 

Il convient de distinguer deux genres de mécanismes de 
défense: 

i Q La défense primaire contre la pulsion (refoulement, inhi- 
bition, etc.), qui donne naissance au symptôme, 

2* La défense secondaire , qui intervient ensuite contre le 
symptôme, lequel est perçu comme un corps étranger par le 
moi. Ce dernier, en tant qu'instance organisée, cherche à 1 J in- 
corporer, à l 'insérer dans son organisation, en vertu de sou 
besoin de synthèse. Mais le svmptôme résiste à cette réduc- 
tioiij car il provient d'une pulsion, je dirai d'une proto- puis ion 
refoulée dont l'exigence d'être satisfaite se renouvelle in ces - 
^amment.— Le^moi^st^iaisi-^ 
nouveau symptôme de défense. 

Dans notre cas, par exemple, nous pouvons pratiquement 
ramener l'évolution psychogénétique à trois temps principaux: 

a) Refoulement raté de proto-pulsions sadiques très fortes, 

h) Leur retour sous la forme substitutive de phobies 
anxieuses: craintes de malheur pour l'enfant. 

c) A un troisième stade , la régression s'installe, la névrose 



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■^ 



LA KEVROSE OBSESSIONNELLE 



469 



progresse, l'angoisse tombe, l'obsession agressive apparaît et 
déclenche les contre-réactions que vous savez. 

Il est classique d'énoncer que la phobie et l'obsession s'asso- 
cient presque toujours, mais aualytiquement, il s'agit moins 
d'une association que de phases* et de mécanismes de défense 
différents et successifs, correspondant à des formes et des 
degrés différents de névrose. Et l'étude de ces mécanismes dif- 
férents a contribué à éclaircir et préciser les éléments psycho- 
génétiques particuliers par lesquels V obsession se distingue de 
la phobie ,_ dite hj^stérique. 

En règle générale, par exemple, plus une obsession pro- 
gresse, plus les phobies vraies tendent à disparaître, Si bien 
qu'à une période avancée elles peuvent manquer complètement 
et qu'on ne les découvre plus que par l'analyse rétrospective. 

L'histoire analytique de l'obsession peut être divisée en 
deux périodes; la première: avant l'introduction de la notion 
de surmoi; la seconde; depuis cette introduction. En effet , son 
origine et sa nature dépendent étroitement d'un fonctionne- 
ment quasi-spécifique du surmoi, lequel se comporte précisé- 
ment tout différemment dans la phobie ou l'hystérie, bien que 
dans la première coin nie dans cette dernière le but final corres- 
ponde également au refoulement des éléments. libidinaux du 
complexe d'CEdipe. Ce comportement est fonction d'un phéno- 
mène qu'on découvre toujours si Von pousse l'analyse assez 
loin. Je veux dire: la présence et l'action d'éléments patho- 
gènes appartenant à une couche plus profonde, dite prégéni- 
tale; alors que V organisation génitale, par l'effet. combiné en 
proportions variables de facteurs constitutionnels et de fac- 
teurs acquis, s'y révèle -faible, peu résistante ou absente. Et 
quand alors le moi commencera à se défendre, le premier résul- 
tat sera que cette organisation se trouvera repoussée au stade 
sadique-anal, stade antérieur et prégénital. 

Le cas de notre malade confirme cette manière de voir. Elle 
se révèle frigide, incapable d'amour objectai, inapte à toute 
attitude hétéro-sexuelle positive, Le complexe de castration 
n'ayant pas été résolu, la féminité a échoué. Elle n'a pu renon- 
cer à V envie du pénis, ne l'a pas compensée connue beaucoup 
de fillettes par le désir d'un enfant du père qui remplace celui 
du pénis. Au contraire, elle a régressé à une phase où le pénis 



~1 T1 11 II ■!!—■■ I I !!■■ Il III ■ ■ 



470 . KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

paternel, sjunbolisé dans sa névrose aujourd'hui par l'enfant, 
avait été l'objet de pulsions sadiques, et plus spécialement 
sadiques-orales. 

Comme nous l'avons dit, l'enfant est très souvent impliqué 
dans le complexe de castration du fait que l'accouchement est 
assimilé par régression narcissique à l'extirpation d'un organe 
qui vous est propre, - 

Tous ces faits et d'autres encore tendent à démontrer que 
notre malade n'est pas parvenue à liquider un complexe 
d 'Œdipe renversé, violent, survenu à une période où les pul- 
sions sadiques retardées sévissaient encore avec intensité. 
C'est pourquoi le complexe oedipien fut en tramé avec elles 
dans le refoulement. 

Mais est-il correct de parler ici de refoulement? Dès qu'on 
s'occupe de névrose obsessionnelle, il faut avoir toujours pré- 
sent à l'esprit un mode de répression pathologique qui se dis- 
tingue du refoulement, je veux dire. la régression. 

La comparaison avec un autre cas pourra rendre cette dis- 
tinction plus claire. Nous l'appellerons M 1 "* Durand. 

Mariée; elle aussi frigide, ayant elle aussi un fils unique de 
quinze ans, ayant éprouvé elle aussi de grandes difficultés 
obstétricales (cinq accouchements malheureux); ayant épousé, 
elle aussi, du fait de ses complexes y un homme faible et fémi- 
nin ^ qui devint rapidement uii objet de haine et de désirs meur- 
triers inconscients; ayant, elle aussi, un fort complexe de mas- 
culinité et de castration; ayant présenté elle aussi , au début de 
sa névrose, une phobie anxieuse très prononcée: celle qu'il 
n'arrive un malheur à son fils; ayant elle aussi adoré ce fils et 
concentré tout son intérêt sur lui, un intérêt excessif et névro- 
pathique, alors que le mari avait été totalement scotomisé. Eh 
bien ! cette dame, à quarante-cinq ans, est très brusquement 

timents angoissants: 

i° Pipo n'est pas mon fils, c'est un étranger, il me paraît 
comme un pensionnaire (à dix-neuf ans, elle s'était fiancée 
avec un pensionnaire de ses parents, qui la lâcha ensuite). 

2° Je l'aime; c'est monstrueux, mais c'est une véritable pas- 
sion,* D'où impossibilité désormais de le regarder, de vivre 
avec lui. On voit d'emblée l 'opposition qui frappe ces deux 



Ik NEVROSE OBSESSiONWËliLK 47 1 

obsessions, Dans la première,' l'enfant était détruit de façon 
sadique; dans celle-ci,, il est aimé. 

Dès ce moment, cette malade sombra peu à peu dans un état 
qualifié, par trois ou quatre médecins de suite, de mélancolie 
anxieuse et qui aboutit, trois ans après, au moment de la méno- 
pause, à une tentative de suicide. 

L'analyse n'eut pas de peine à démontrer qu'à la base de ce 
sentiment obsédant se trouvait un fort complexe d 'Œdipe. La 
névrose éclata, en outre, peu de temps après une opération de 
hernie que ce fils dut subir, A cette occasion ,1a mère dut le 
baigner et ce fut un réel traumatisme quand, aérant vil ses 
organes, elle s'aperçut tout à coup avec émotion qu'ils étaient 
entièrement développés. Le symbolisme de l'opération de la 
hernie inguino-scrotale, soit un symbolisme de castration, joua 
un rôle déterminant dans l'éclosion de la névrose. Cette inter- 
vention sanglante pratiquée sur le fils réveilla par association 
le désir de castration, et le sentiment d'amour consécutif fut 
connue une suprême tentative, à l'approche de la ménopause, 
de libérer et de fixer sur l'objet la libido féminine, jusqu'ici 
enchaînée ; tentative amoureuse névropathique répondant à 
une surcompensation du désir haineux de castration contre le 
même objet. Mais cette tentative étant incestueuse, cette re* 
cherche spontanée de guérison devait échouer parce qu'immê-- 
diatement frappée d'interdiction par le surmoi. 

Ce fils, en effet, avait le même visage , les mêmes cheveux 
noirs, le même sourire jovial et le même caractère charmant 
que son grand-père, c'est-à-dire le père de la malade. Le mari, 
inversement, un Allemand blond , continuel « ronchonneur », 
de très mauvais caractère, était un type complètement diffé- 
rent. On voit donc d'emblée, malgré les similitudes que possè- 
dent ces deux cas, combien cependant ils diffèrent par leur- 
tableau clinique. 

Chez M mc Durand, le fils, en tant que symbole œdipien, est 
instauré objet d'amour. La phobie initiale n'a pas abouti à 
une impulsion sadique de destruction comme chez M** Dupont, 
D'où nous posons, analytiqnement parlant, que la libido géni- 
tale n'a pas régressé à une organisation antérieure ou infé- 
rieure. C'est pourquoi cette malade n'a pas fait une névrose 
obsessionnelle, mais bien une « hvstérîe d'angoisse ». Elle* 



*^HMW**PI^H^BaMÉi«ta^^^^^^^iHBi^^ 



472 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

■ ^ "i i-^h— 1 — ^"-- ^ -, — 1 — 1 1 

avait bien un complexe de castration associé à une conception 
sadique du coït, celui-ci constamment assimilé, avec angoisse, 
à une agression .sanglante, une blessure, une opération chirur- 
gicale destinée à extirper un organe, etc. Mais cette angoisse, 
qui contribua au refoulement de sa féminité et à l'instauration 
d'une attitude phallique tout au long de son existence, ne réus- 
sit pas à supprimer de l'instinct un désir de devenir malgré 
tout l'objet passif d'une pareille agression de la part du père- 
La preuve en est qu'elle réalisa une fixation parfaite sur son 
premier fiancé et que c'est à la suite du brusque lâchage de 
ce dernier qu'elle régressa au complexe d 'Œdipe, Mais la 
régression que cet abandon détermina ralluma aussi le conflit 
primitif qui n'avait pas été liquidé. 

Tentons maintenant de faire comprendre en quelques mots 
en quoi la solution apportée audit conflit différa dans ces deux 
cas. 

Chez M ult Dupont, du fait d'une régression plus profonde, 
nous constations une identification au père en tant qu'objet 
méchant et haï ; d'où pulsions sadiques du soi d'un côté, for- 
mation d'un surmoi très agressif et très sévère de l'autre, pro- 
duit par l'introjection d'un père méchant et qui retournera 
plus tard cette méchanceté contre le propre moi, sous la forme 
par exemple de ces nombreuses autopunitions mentionnées 
au chapitre précédent. 

Chez M me Durand, au contraire, la régression ne dépassera 
pas le stade œdipien, ou génital, C'est pourquoi, malgré que 
l'analyse ait permis de découvrir chez elle une pulsion sadique- 
orale de castration exactement pareille à celle de M m * Dupont, 
celle-ci ne donna lieu cependant à aucune obsession, c'est-à- 
dire qu'elle ne parvint jamais - — solidement maintenue qu'elle 
était par le refoulement — dans le moi, mais s'exprima, au 
■ contraire, sous la forme bien di fférente d'un unique symptôme 
de conversion hystérique, que je vais décrire, 

M iDe Durand était affligée depuis des années d'une curieuse 
manie, se produisant, par exemple, en présence de son 311a ri 
ou d'autres hommes ou d'enfants en bas âge, ou surtout pen- 
dant le coït, ou plus tard pendant sa névrose, chaque fois- que 
le sentiment d'amour pour son fils reparaissait: Elle se mettait 
à serrer les dents, à mordre avec une telle violence qu'elle se 



LA NÉVROSE OBSESSIONNELLE / 473 



blessait parfois la langue. Cet impulse était généralement 
accompagné d'un malaise général, d'angoisse et de divers 
autres symptômes organiques, par exemple: la « Boule hysté- 
rique » qu'elle sentait monter et descendre , de fortes nausées , 
des crampes utérines et des sensations géuésiques. Or, cette 
malade ne sut jamais pourquoi « ça la prenait ». Et il fallut 
.cinq mois d'analyse pour arriver à découvrir le motif et le 
sens de ce symptôme. Celui-ci s'avéra alors comme un désir 
fortement refoulé de castration orale contre le père, transféré 
ensuite sur le fils. 

Voici le compte rendu sténographié d'une séance qui eut 
lieu peu de temps après cette découverte; 

Arrive à la séance angoissée et soupirante,., Elle a passé 
une mauvaise nuit: « Cette nuit, j'ai beaucoup mordu,,, tous 
<t les hommes que je connaissais*.*, même mon mari..,, vous 
« aussi,..; alors, à cinq heures^ j'ai- prié. ■., j'ai même mordu 
« le Christ... Oh ! je ne voulais pas le dire (angoisse). .. Ah ! 
« j'ai mordu l'autre jour, sans y penser,.,, j'ai vu un gosse de 
a deux ans et j'ai mordu,., Et, pourtant, il était très mignon, 
.« alors j'ai pensé: Non. c'est mal, puis ça a passé* - 

a Et puis, je prends mon père en grippe,.., je ne peux plus 
« y penser.,., je le vois avec des 3^eux méchants.,. C'est 
« affreux. Et puis, ce transfert que je ne peux pas attraper..., 
« dès que je veux l'accrocher, il s'en va. Je ne peux pas com- 
« prendre ce qu'il y a là qui repousse,,, » {La veille, je lui ai 
expliqué son dérobement; elle ne veut pas être guérie par moi.) 
« ... J'ai beaucoup réfléchi à ma façon négative de prendre le 
« traitements.; mon inconscient est plus fort que moi„ t> il 
« règne en maître,.. Oh ! quelle lutte affreuse !.-.. Je vois mon 
« père en colère. „ Qu'est-ce qu'il y avait eu?... Je vois tou- 
« jours Pipo... Oh ! ça tape dans le cou... "Je ne sais pas ce que 
« j'ai au cœur*,*, ça me coupe la respiration tant c'est fort.,,; 
« pourtant, j'accepte bien tout.,. Oh! que j'étais mal ceïte 
« nuit, j'ai drrm'asseoir sur mon lit, j'avais la bouche pleine 
« d'eau... et puis, quelle nausée, j'étais écœurée,..; je ne pou- 
« vais le faire filer.,,, c'était juste au milieu de l'organe (que 
« je mordais avec les dents).,, et puis je serrais..., c'est encore 
a Pipo qui y a passé le premier,.. Oh ! quelle horreur, je ne 
a comprends pas que je n'aie pas rendu.,, et puis vous !„. ma 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 4 



474 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



boule! qui monte et qui descend. . t> je l'ai eue dès que j'ai 
rompu (ses fiançailles}. J'ai même pris mal chez les S. (i)- 
L'après-midi , Madame S. m'a conduite chez le D r C... Il lui. 
a dit: « Il faut la marier... » J'ai dit: Oh! non, quelle hor- 
reur! Je sors d'en prendre. Mon Dieu, qu'il est bête! Et 
toujours j'ai pensé, en voyant des hommes ou en les écou- 
tant parler; Mon Dieu, qu'ils sont bêtes; ce que c'est bête 
ce qu'ils disent ! La boule est revenue il y a sept ans, très, 
forte, » (Début de la névrose.) « J'en ai parlé à ~M- m * M.-.,, 
qui iîi*a dit: k Moi aussi h..-. C'était comme un morceau de- 
pain qui n'a pas passé.-* tellement qu'il semble quelquefois 
que ça force les parois..., que j'ai avalé trop gros... et hier,. 
à midi, j'ai encore failli m 'étrangler avec une feuille d'en- 
dive... Etj.de suite, j'ai eu peur, comme pour la banane ,. 

ce doit être comme ca.„ » 
Quelle différence avec les réactions de M me Dupont ! Nous^ 
voici donc placé devant un syndrome hystérique de conversion. 
Je limiterai mon argumentation au symptôme de « la boule », 
Il comporte un double sens; 

i* La boule descend: satisfaction d'un double désir: a) désir 
sadique de castration, c'est-à-dire de mordre et d'avaler le 
pénis (boule, objet qui grossit , représenté aussi par la banane, 
d'où phobie de la banane, etc.; b) désir de se l'approprier, de- 
se l'incorporer, désir de masculinité. Le premier était donc un 
désir sadique, associé dans un même symptôme, ainsi sur- 
déterminé, au désir du pénis. 

Nous sommes donc ici dans la série anti-féminine. 
2* La boule remonte, accompagnée d'une forte nausée, puis 
de vomissements: le pénis vent être rejeté. C'est donc là une 
réaction éthique contre la pulsion, expression symbolique 
d'une lutte contre elle. Mais ce trajet, ascendant du spasme 
V^ecompa;gn e~aTiE s rte iseirsat ^^^ 

là à la deuxième signification du symptôme qui démontre que- 
la phase génitale, soit féminine, a été atteinte et s'est mainte- 
nue. La malade, en effet, cherche ici à renoncer, soit à son 
sadisme prégénital, soit à sa masculinité. Les sensations vagi- 
nales prouvent que l'absorption orale du pénis symbolise aussi 

(ï) Après cette rupture, à vingt ans. 



■ 

t 



LA NEVROSE OBSESSIOUNEU^E 475 



son absorption vaginale. Pendant son voyage de noces, de péni- 
bles essais de rapports sexuels durent être abandonnés à la 
suite de crampes vaginales (symbole: mordre, couper, garder 
V organe, soit de castration)- Plus tard, la frigidité prouvera 
également que l'organe n'a pas été accepté ^ contrairement â 
celui, du père, etc^ 

Tout ce complexe revient, en somme, à une défense contre 
une fixation incestueuse positive persistante. C'est pourquoi 
chez elle toute féminité engendrera plus tard tant d'angoisses, 
c'est-à-dire de sentiments de culpabilité. 

Cependant, cet amour violent pour un fils associé parades- 
sous à l'image du père de la malade implique que la pulsion 
incestueuse est parvenue dans le conscient* Mais, dans la règle, 
pareil f ravage ne se produit jamais chez l'hystérique. On 
pourrait l'expliquer ici par l'état accusé de dépression qui 
durait depuis trois ans. Trois ans auparavant, en effet, la né- 
vrose avait débuté par Vidée certaine que Pipo, qui avait décidé 
de plonger le lendemain à six mètres de profondeur, pour 
rechercher un objet tombé dans le lac, allait se noyer. Depuis 
lors, phobie constante de sa mort. C'était là une mesure de 
défense classique contre l'amour défendu qui n'était pas 
encore devenu conscient. S'il l'est devenu dans la suite y on 
.peut, pour expliquer ce fait inhabituel, invoquer précisé- 
ment la dépression anxieuse et cet état pseudo-mélancolique, 
en rapport également peut-être avec une ménopause qui s'an- 
nonçait, et quantité d'autres symptômes, en les considérant 
comme de fortes auto punit ions qui auraient suffisamment 
diminué le sentiment de culpabilité ou la censure pour que le 
désir défendu puisse passer. 

Quoi qu'il en soit, il demeure certain que la phase génitale 
a été atteinte. Et nous devons considérer le désir de castration , 
non plus comme un désir haineux, une pulsion sadique propre, 
mais plutôt comme une réaction, une défense contre l'amour 
défendu et, plus tard, contre toute féminité normale, mais con- 
sidérée toujours comme coupable parce que considérée incon- 
sciemment comme incestueuse. Dans ses rêves, en effet, le 
désir de castration surgissait toujours à la suite des rapports 
conjugaux, ou de fantaisies dans lesquelles elle était l'objet 
ou la victime d'une agression masculine de la part d-un'per- 



476 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



somiage S3'inbolisant le père. IL faut faire également , dans le 
déterminisme de cette réaction/ une part à un traumatisme 
psychique primitif créé par la vue d'un acte sexuel, probable* 
ment assez pervers, chez une voisine prostituée, D'où la con- 
ception tranmatique que le coït a pour effet ou pour but de 
châtrer l'homme. Et ceci nous ramène aux sensations eéné- 
siques accompagnant le symbole de la boule. C'est ainsi que, 
dans le même symptôme de conversion, la satisfaction défen- 
due et la punition s'expriment simultanément. 

Chez M IHe Dupont, par contre, elles s'expriment successive- 
ment, en deux temps et par de tout autres mécanismes. C'est- 
à-dire par la pensée ou l'activité consciente, 

r° La pulsion force le barrage du surmoi et parvient dans le 
moi. L'idée obsédante se constitue: je tuerai le gosse; puis : 
je châtrerai mon mari, Seule, la substitution est inconsciente- 
Aucune pensée analogue, par contre, n'a jamais traversé l'es- 
prit de M"' Durand. 

2° Réactions éthiques: annulation, isolation, tabou, etc. 

En résumé; M me Durand serre les dents et vomit sans savoir 
pourquoi* M"'* Dupont a Vidée de manger son enfant f puis 
annule cette idée par une autre ou par des procédés conscients. 

La difficulté consiste maintenant â savoir pourquoi la pul- 
sion sadique reste inconsciente dans l'un des cas et devient 
consciente dans l'autre; 

ïl me semble qu'Alexander donne la réponse la plus satis- 
faisante et la plus scientifique, en réduisant tout le problème 
à un mécanisme économique d'équilibration et de suppression 
automatique des tensions en présence. 

Dans le syndrome obsessionnel, le surmoi a sévi si sévère- 
ment par les mécanismes de défense et d'autopmiition qu'il 
est, en quelque sorte, apaisé par cette orgie expiatoire si bien 
^-ue^e^noi^qui-a^x-pïé^t-^-u^eîàT^^ 
culpabilité, La censure, de ce fait, est relâchée. Le signal 
d'alarme par l'angoisse faisant défaut, et la pulsion n'ayant 
plus devanit elle qu'un obstacle amoindri, peut passer du soi 
dans le moi, sous forme substitutive et idéative. Cette manière 
de voir aurait l'avantage de ne faire appel à aucune notion doc- 
trinale. Et cette conception analytique d'un automatisme psy- 
chodynamique nous paraît, en ce qui concerne la névrose, plus 



LA NÉVROSE - OBSESSIONNELLE " 477 



intéressante el pins féconde que celle d'un automatisme lésîon- 
nel et a apsy chique », hypothétique d'ailleurs. 

Etablissons un autre parallèle. M mft Durand souffre de nom- 
breuses phobies, celle en particulier de marcher sur le trottoir. 
« Car, dit -elle, j'ai peur qu'un homme sorte d'une allée ou 
d'une cachette pour me sauter dessus et ni 'attaquer. » 

Analyse: Ancienne fantaisie d'être une prostituée, Elle a 
passé toute son enfance et sa jeunesse dans le quartier des 
bordels, quartier très fréquenté, en outre, par les profession- 
nelles du trottoir. Â la suite de différents traumatismes, a eu 
cette idée; « Si j'étais comme elles, je plairais à Papa, et il 
m'aimerait. » L'agresseur possible est donc le père, et il s'agit 
d'un désir d'agression sexuelle incestueuse. Mais le désir, une 
fois refoulé, ne reparaîtra plus jamais dans le moi. conscient, 
même sous forme substitutive. Il sera toujours inhibé, arrêté 
au passage par le sur moi. Le moi y renoncera, cédant au 
signal d'alarme donné par l'angoisse* La malade ne marchera 
plus sur le trottoir, Car le surmoi interdit de façon absolue, 
parce qu'il le connaît, le désir incestueux primitif. Elle évi- 
tera donc la situation dangereuse, c'est-à-dire coupable. Il 
s'agit donc plus d'une fuite que d'une punition. 

Chez M me Dupont > le même mécanisme intervient, tant 
qu'elle restera dans la phase phobique. Dans la phase obses- 
sionnelle, le tabou peut, dans une certaine mesure, être consi- 
déré également comme une fuite ou un évitement de la situa- 
tion dangereuse, Maïs la grande différence consiste en ce qu'un 
tabouisme donné ne supprime pas l'idée obsédante. Celle-ci 
reparaîtra à la prochaine occasion, se renouvellera dans de 
nouvelles situations, d'où la production de nouveaux tabous, 
et ainsi de suite. Et la différence suceuse encore dès que se 
constituent les cérémoniaux, l'annulation, les manies, les su- 
perstitions, etc. 

En résumé: le phobique évite la situation dangereuse par 
la fuite (réaction négative) } renonce donc à la pulsion, et il est 
tranquille. 

L'obsédé évite la "situation par des réactions de défense 
toute différentes, et positives, mais ne renonce pas à la pul- 
sion; malgré les réactions ou à cause d'elles, il n'est pas tran- 
quille: il demeure poursuivi par l'obsession. 



MI*HÉh 



47 8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Dans le premier cas, la défense est efficace; dans le second, 
elle est illusoire. Et cette différence provient du surmoi T lequel 
se révèle uniquement moral dans le premier cas, mais se 
montre en outre sadique dans le second , le sadisme rempor- 
tant sur la moralité (notion du sursoi). 

C est. finalement au 11103^11 de cette argumentation analy- 
tique que je serais tenté d'expliquer pourquoi M mc Durand est 
restée une hystérique et une phobique. Les pulsions sadiques 
chez elle ne sont qu'une réaction, parmi d'autres, contre un 
complexe œdipien normal et violent. Elles ont, sans doute, une 
racine prégénitale, niais celle-ci a été en tout cas incorporée 
et, pour ainsi dire, génitalisée par une organisation génitale 
nettement affirmée. La défense se limite au * refoulement 
sans entraîner de régression. Le désir d'un enfant du père est 
particulièrement vif. Le transfert thérapeutique est d'emblée 
positif, la malade guérit complètement. 

Chez M me Dupont, par contre, les pulsions sadiques déno- 
tent la survivance d'un stade prégénital causée par F échec du 
complexe œdipien normal, la phase génitale ne s 'étant pas con- 
stituée. Absence totale du désir d'un enfant du père. La dé- 
fense s'opère non par le refoulement seulement, mais surtout 
par la régression. « Le refoulement, dit Freud, est un pro- 
cessus qui est en rapport avec l'organisation génitale de la 
libido, tandis que le moi recourt à d'autres moyens quand il 
a à se défendre contre une libido fixée à des phases diffé- 
rentes >i (1). C'est le cas de Fobsédé. Dans l'analyse de ce 
dernier, le transfert est surtout négatif et agressif, La guéri- 
son complète est moins certaine. 

§ 2. LA DÉSINTRICATION DES PULSIONS 

L'introduction, par Freud, de la notion d'une Triebentmîs- 
-c- h wî^y-e^est-à-d ir-e- d^-n-4êmêl>ang>e-dGs^pvLl&î on s ,- -m e-semble- 
avoïr réalisé un progrès dans la compréhension de certains 
faits psychologiques en général et de la névrose d'obsession en 
particulier, Ce point de vue a été exposé pour la première fois 
dans Dos Ich und das Es, au chapitre IV intitulé: « Die 
beiden Triebarten », soit: « Les deux sortes de pulsions. » 

Vous savez tous que, par là, Freud entend : les pulsions 

(1) Op. cit. p. 65. 



^^^^^^rrmm 



, LA NÉVROSE OBSESSIONNELLE 479 



-sexuelles ou erotiques (i) d'un côté, les pulsions de mort ou 
-de destruction {2) de l'autre. Reprenant cette conception dua- 
liste dans son dernier ouvrage, il l'applique à la névrose 
*d 'obsession. 

Voulons-nous un exemple classique de mélange des deux 
pulsions: c'est le sadisme; un exemple classique de leur dénié- 
lange: c'est la névrose d'obsession. Freud admet le principe 
général suivant: Chaque fois que tes pulsions erotiques ou 
'amoureuses viennent s'additionner ou s'unir aux pulsions des- 
tructives, elles tendent à- les amoindrir et à les absorber, d'où 
leur neutralisation; inversement, chaque fois qu'elles se sépa- 
rent, les pulsions destructives tendent à augmenter, et l'agres- 
sivité; la haine, la destruction, une fois devenues libres, se 
consomment pour elles-mêmes et dans toute leur intensité 
première; soit contre le monde extérieur, soit contre le propre 
moi, par l'entremise du surmoi (masochisme moral, auto- 
punition). .Si, par contre, dans ce retournement sur le moi, 
Eros vient s'associer à l'agression, nous avons le masochisme 
■érogène ou vrai. Le retournement des pulsions erotiques sur 
le moi donne ainsi le narcissisme. 

Une caractéristique de la névrose d'obsession,' nous l'ayons 
vu, est V hyper sévérité du surmoi, laquelle se manifeste cl ini- 
quement par les « Reaktionsbildungen » {réactions éthiques). 

Ces réactions sont des réactions de nature morale et même 
Tiypennorale. Citons les plus connues: la surpropreté, la sur- 
ponctualité, les cérémoniaux de toutes sortes, la scrupulosité, 
la méticulosité, la pruderie, l'ascétisme, etc. On voit qu'elles 
remplacent l'esprit par la lettre, d'où ce caractère formel qui 
les fait ressembler à' une caricature de la morale. 

En un mot, l'obsédé peut exagérer n'importe quel trait de 
-caractère moral. 

Ce double jeu était particulièrement net chez notre malade. 
On peut dire que son esprit tout entier était accaparé par ce 
"besoin incoercible de rétracter s^s serments et ses souhaits ou 
d'annuler ses prophéties infanticides. 

Ses 'complexes, en outre, l'obligeaient à changer constam- 
ment de domiciles, d'hôtels, même de villes-; à limiter de plus 

(1) Sexualtriebe, Erostriebe. 

(2) Todestiïebe, Destruktionstriebe. 



4S0 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



en plus son activité, son alimentation, à supprimer d'une part 
tout plaisir, toute vie sociale; d'autre part toute activité psy- 
chique adaptée, entièrement asservie qu'elle était à ce travail 
surhumain d'ôter toute efficience à ses obsessions. 

Elle en vint finalement à tomber dans une sorte d'ascétisme 
secondaire , qui la conduisit à un état voisin de la misère phy- 
siologique. Elle fujrait alors tout le monde, sa famille, son 
mari .et son fils, s 'imposant une réclusion rigoureuse dans de 
véritables cellules (i). Cet état était l'expression clinique 
même de son fort masochisme moral. 

Cette réclusion, on le voit, est une attitude pareille à celle 
que prennent finalement les agora phobes. Mais on voit aussi 
combien le mécanisme eu est différent. I/angoisse, en outre, 
11 *y joue qu'un rôle très secondaire. 

Dans un pareil état, on se rend compte que toute la libido 
est retirée du monde extérieur et entièrement concentrée sur 
l'individu, sur le jeu de sa pensée agressive d'une part, de 
l'autre sur celui de ses mesures de défense. Comme l'a dit 
Freud, les actes extérieurs sont remplacés par les actes inté- 
rieurs. Cet état traduit une régression narcissique secondaire. 

Tâchons d'en faire saisir les éléments. 

En présence de la malade, on gagnait peu à peu l'impres- 
sion qu'au fond une certaine jouissance s*attachait à ses obses- 
sions d'un côté, à ses autopunitions de l'autre. C'est pourquoi 
elle y tenait tant. L'analyse ne devait pas tarder à confirmer 
cette lijrpotlièse. 

Sa névrose avait donc conféré à ses relations avec le monde 
extérieur un caractère uniquement agressif. Mais quel sort,, 
d'autre part, avait-elle réservé à la libido? 

I er élément: Comme nous l'avons vu au chapitre II , elle 
s'était fixée à l'origine sur sa mère. Cette fixation homo- 



sexuelle subit le sort suivant; une faible partie de r énergie fut 
dirigée sur certains objets féminins, les bonnes en particulier, 
et aussi une sœur. Une forte partie, par contre, fut retournée 
sur le moi, considéré à son tour comme objet féminin. Cet 
amour de soi transparaissait à travers un égoïsme éminent. 

* (i) Une de ses idées fixes étaient à cette époque de se faire interner, I] est- 
probable que, sans analyse, elle y serait parvenue. 



..-■ 



LA NEVROSE OBSESSIONNELLE 



48l;" 



Pendant l'onanisme, en outre , elle s'imaginait que « quel- 
qu'un » lui imposait cet acte, qu'elle se laissait faire par lui 
comme une « coquette », passivement. Ce quelqu'un n'était 
autre que son surmoi masculin, c'est-à-dire, par suite d'iden- 
tification, son père, 

2* élément: Il faut aussi admettre qu'un élément libidinal 
se joignait à l'obsession {eu quoi elle mérite la qualification de 
sadique) , comme à J'origine, à la pulsion de castration. Maïs 
c'est là un emploi subjectif .pur et non objectai. La libido 

■ ■ ■ 

imprègne une pensée du moi et 11911 un acte concernant un 
objet. Ge serait la raison pourquoi le S3'mptônie est resté une 
obsession et n'est pas devenu une impulsion criminelle. 

3* élément: Une dernière portion, enfin, s'est attachée aux 
réactions morales et les a transformées ainsi en manifesta- 
tions masochistes, Le moi est devenu l'objet du sadisme du 
surmoi. 

Tels sont les divers mécanismes de retournement libidinal 
qui ont créé le narcissisme. Celui-ci, an même titre que l'agres- 
sivité, doit être considéré comme une régression. Tout se 
passe donc comme si, au fur et à mesure du développement de 
la névrose, le surmoi était de plus en plus sexualisé et deve- 
nait finalement avec le moi l'unique objet des pulsions eroti- 
ques du soi. 

Dès lors, comment concilier cette régression avec ce carac- 
tère hypersévère du surmoi? 

M. Freud, à ce propos, ne recourt pas, comme M. À texan - 
der, à une explication purement économique. Il se borne a 
remarquer que le surmoi, dans ces cas, est lui-même régressif , 
c'est-à-dire qu'il n J a pu échapper à la dêsintrication des pul- 
sions. Du fait du narcissisme, le sadisme du surmoi, qui est 
dirigé à l'intérieur sous forme d'autopunition, est dans une 
certaine mesure amoindri et neutralisé. L'individu, alors, 
trouve trop de jouissance à se punir ou s'ainie assez pour ne 
pas se détruire complètement. C'est pourquoi l'obsédé pur en 
arrive si rarement au suicide. 

De même, notre malade, sjmiboliquemeiit parlant, n'en est 
jamais venue â l'idée de s'étrangler, de s'ouvrir le ventre ou 
de se poignarder elle-même, comme l'aurait voulu la loi incon- 
sciente du talion. Par contre, son agressivité dirigée à Texte- 



-i. 



482 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



rieur et qui n'est plus liée ou ligotée, elle, par aucune adjonc- 
tion erotique, réalise l'infanticide par la pensée. 

Les pulsions destructives dirigées sur les objets extérieurs 
sévissent, par conséquent, sans entrave dans toute. leur expan- 
sivité primitive, et concentrées dans leur forme première du 
désir de castration. 

Le sujet , persécuté par un surmoi cruel, ne peut que haïr 
le monde, tandis que la libido objectale ou expansive s'appau^ 
vrira de plus en plus, au fur çt à mesure qu'elle sera plus 
absorbée par le conflit sa do- masochiste intérieur. 

Notre malade, il est vrai, prétendait bien adorer son enfant, 
ne vivre que pour lui. Mais, en réalité, elle le persécutait, l'en- 
travait nuit et jour au nom de ses obsessions, faisant invaria- 
blement passer ses mécanismes de défense avant le bien élé- 
mentaire de son enfant. N'est-elle pas allée jusqu'à l'empêcher 
de boire et Le condamner ainsi à la soif ? Et cela après avoir eu 
la pensée de lui ouvrir le ventre en le voyant boire. 

En résumé, la personnalité entière a déplacé son centre de 
.gravité du côté du soi. Le surmoi lui- même s'est allié à lui et 
tend à le satisfaire sous prétexte de punition. Les pulsions 
sadiques du soi sont satisfaites par les symptômes et les pul- 
sions masochistes du surmoi par les réactions morales. 

Le résultat final n'est autre qu'une neutralité complète du 
moi vis-à-vis du monde extérieur. 

Une telle situation ne comporte qu'une solution: ce serait 
Tin nouveau courant de libido vers l'extérieur qui viendrait lier 
l'agression (transfert). Mais deux obstacles s'y opposent. Le 
premier est l'ambivalence primitive, insurmontable. Une de 
mes malades me disait, après trois mois d'analyse; a Je me 
« rends compte maintenant de ce démon que j'ai en moi et 
« qui, dès qu'une personne me devient sympathique ou que 
« j e co mmenc e àj/aime:^ „la._.blejs>ser„ 



« ou ne voir que ses mauvais côtés. » 

Le second obstacle est que le malade ne dispose que' d'une 
portion trop minime de libido libre ou transférable, car le nar- 
cissisme en a exagérément accaparé. Ce serait là, en dernier 
ressort, pure question quantitative y et cette répartition de ten- 
dances peut varier à l'infini suivant les cas et, chez le même 
malade, suivant les moments et les circonstance de sa vie. 



h\ NÉVROSE OBSESSIONNELLE 483 

Le névrosé est toujours prêt, à l'occasion de la moindre d if- > 
ficulté extérieure, de renoncer à l'objet et de devenir narcis- 
siste, comme il Fa fait originellement en renonçant à l'objet; 
incestueux — chez le garçon par exemple, du fait de l'an- ; 
goisse de castration; chez la fille probablement, de peur de' 
perdre l'amour de la mère, la rivale. C'est à cette situation que 
l'anatyse cherche à remédier en rétablissant ce courant refoulé 
de libido vers l'extérieur au moveii du transfert. Chez M m * Du- 
pont, la disparition de son obsession infanticide coïncida pré- 
cisément avec le transfert analytique. 

En un mot, l'enfant qui doit devenir plus tard un obsédé 
échoue dans la résolution de l'ambivalence. 

Vient ensuite la « période de latence », c'est-à-dire de six 
ans à la puberté, période particulièrement importante dans la 
psychogénèse de la névrose d'obsession. Car c'est alors que le 
sitrmoi se développe peu à peu et tend à la sévérité. Sa prin- 
cipale tâche se résume à ce moment dans la répression de Pona- 
nisme, lutte qui donne naissance à toutes sortes de procédés 
de défense, surtout au moment du coucher, et qui sont le 
germe des futurs cêrêmoniaux automatiques. Il sévira, en 
outre, surtout contre les fantaisies dont s'accompagne l'ona- 
nisme, fantaisies surtout, sado-masochistes chez le futur 
obsédé. 

On se rappelle Tune des obsessions de notre malade: a Si je 
a m*onanise là, ou à telle heure, mon idée d'étrangler le gosse 
u sera vraie »; ou bien: « C'est là que le gosse étranglera son 
u père. » On voit donc, directement associée à l'onanisme, une 
fantaisie sadique, qui était le renversement d'une ancienne 
fantaisie masochiste, ayant sévi à la puberté et qui était la 
suivante ; 

« Si je ni'onauise, Dieu me fera mourir par des supplices, » 
Ht elle .imaginait qu'on lui ouvrait le ventre par le vagin et 
qu'on lui tirait dehors, lentement, tous les organes et le 
cœur (castration). 

Cette formation tardive pourrait expliquer un fait clinique 
bien connu, à savoir: l'apparition tardive, post-pubérale dans 
la règle, de la névrose obsessionnelle y alors que la phobie 
constitue chez les enfants même en bas âge la forme précoce 



- - I 



4S4 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



typique de la névrose, le surmoi dualiste n'étant pas encore 
formé, ou ne fonctionnant pas encore. 

Survient la puberté avec sa poussée sexuelle. Les pulsions 
agressives réenfl animées sont alors refoulées et combattues par 
les mécanismes que nous avons décrits, en suivant les voies, 
tracées d'avance, de la régression. Et le surmoi se révèle d'au- 
tant plus cruel que la sexualité a précisément pris des formes 
plus régressives et plus repoussantes. 

Freud résume cette situation ainsi: a Le trait de la névrose 
d'obsession est donc que le refoulement est plus intolérant, en 
même temps que le refoulé est plus intolérable. » Et une lutte 
sans merci va se poursuivre sous le pavillon de la moralité. 

Disons deux mots, en terminant, des théories d'Àlexanden 
'On peut, grosso modo, les ramener à deux ou trois thèses: 

1* L'étiologie de la névrose est un problème quantitatif, 
problème de répartition économique des énergies en présence. 

2° Il ne suffit plus de comprendre rhypermoralité de 
l'obsédé comme une mesure de sécurité ou de défense pure 
contre les tendances agressives. Nous considérons maintenant 
la scrupulosité, l'ascétisme, les symptômes en général dirigés 
contre le moi comme un allégement ou une suppression de sen- 
timents de culpabilité, Le résultat est donc une inhibition ou 
un affaiblissement de la censure, de l'instance morale incon- 
sciente. Cette inhibition favorise donc et rend ainsi possible la 
satisfaction des pulsions refoulées, étrangères au moi. 

En un mot, l'auto-punition devient la condition même de la 
réalisation des désirs défendus ou pulsions refoulées. On peut 
donc parler, dans l'obsession, d'un réel dédoublement de la 
personnalité. 

D'un côté, la personnalité morale ou ïiypermorale, le surmoi, 
se tournant contre le moi. De l'autre, la personnalité agressive, 
le soi , étran gère au m oi, _asoc ial e^-tonxii ée-VjersJ' extérieur-, J*e- 



moi assiste en spectateur, puis en victime, à cette machination 
ourdie par le surmoi et le soi, secrètement alliés l'un à l'autre. 

Dans la règle, les tendances hypermorales. prendront la 
forme d'impulsions, les agressives d'obsessions; ou bien encore 
les unes de traits de caractères, les autres d'actions symptoma- 
tiques, 

3 Dans le transfert analytique, l'analyste doit prendre la 



h\ NEVROSE OBSESSIONNELLE 



435 



place du surinoi. C'est pourquoi la situation dans le transfert 
sera -purement sado-masochiste* Par exemple, le malade pro- 
voquera l'analyste par des critiques pour obtenir des ordres et 
des défenses qu'il ridiculisera ensuite, ou auxquels il déso- 
béira. 

On en arrive ainsi à ce principe que r auto-punition, en satis- 
faisant le sadisme du surmoi, contribue à le détendre, à le 
rendre plus coulant, à supprimer un instant sa fonction de 
censeur. Les pulsions, mettant alors immédiatement â profit 
ce relâchement, pourront produire le symptôme dans lequel 
elles trouvent une satisfaction substitutive. IV autopunition, 
en fin de compte, concourt directement à favoriser le crime.. 
Quand notre malade avait pris un tramway opposé à la direc- 
tion où elle devait aller, elle se disait - — et cela d'autant plus 
qu'elle était pressée — qu'elle s'était punie : « Puisque je 
<c m'éloigne de chez moi, maintenant la pensée ne pourra plus 
<c se réaliser, ne sera plus vraie, » Et elle s'en donnait à cœur 
joie, si bien que sou pauvre gosse était mis, c'est le cas de le 
dire, à toutes les sauces les plus raffinées et les plus cruelles. 

Il résulterait de ces considérations toute une nouvelle con- 
ception de la morale, de la morale inconsciente en particulier. 
Si le contenu de la loi morale émane de l'extérieur (éducateur, 
etc.), la force exigée pour l'appliquer à V intérieur du psy- 
chisme émanerait du soi. Et les inhibitions que peut réaliser 
la conscience morale seraient de caractère pulsionnel, Rado 
va jusqu'à parler d'un « Gewissenstrieh », c'est-à-dire d'une 
pulsion de conscience. 

Dans cette conception, le terme de surmoi est alors stricte- 
ment réservé à l'instance morale inconsciente et ne doit plus 
être confondu avec l'Idéal-du-Moi, qui est une instance toute 
différente. " ; 

Tout cela est fort intéressant; mais le point faible de ces 
théories, je le Répète, est qu'elles tendent de plus en plus à 
faire du surmoi une instance purement pulsionnelle, c'est-à- 
dire le contraire d'une instance morale. Il subsiste donc là une 
confusion dans les termes contre laquelle, vous vous en, sou- 
venez > je me suis élevé à notre dernier Congrès, 
■ Ma critique visait surtout cette conception d'un surmoi ma- 
sochiste et sadique, c'est-à-dire libidinal pur. C'est pour cette 



f 






486 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

raisoii que j'ai proposé le terme de sursoi à la place de 
surniûi pour définir avec plus de précision ces mécanismes 
inconscients d 'autopunition dès V instant où ils sont érotisês 
ei procurent donc une jouissance et non une souffrance. Je les 
qualifierais donc, non plus d'hypermoraux, mais de^>seudo- 
moraux, réservant le terme de sur moi à l'instance morale 
inconsciente quand celle-ci se révèle plus nettement et plus 
strictement morale, comme chez l'hystérique ou le phobique 
par exemple } où elle se borne à l'inhibition des pulsions; Mais 
si Iqs congrès doivent se suivre, ils ne doivent pas se ressem- 
bler. C'est pourquoi je m'en tiendrai là. * 

§ 3. Catamnèse de M tt,e Durand 

L'analvse de M MC Durand venant seulement d'être terminée, 
je nie garderais de fournir ici des renseignements catamnesti- 
ques } si un point particulier ne me paraissait susceptible d'in- 
téresser les médecins. 

Evidemment, les phobies ont disparu et il ne subsiste plus 
que de brèves velléités de conversions, tout instantanées, et 
qui se dissipent aussitôt. La malade, en outre, bien loin de le 
fuir, a repris son fils chez elle, et sa présence lui est une 
grande joie. Bref, des sentiments maternels normaux se sont 
rétablis. La dépression, l'attitude mélancolique, les idées 
noires, les bourdonnements d'oreilles, tout cela a passé égale- 
ment. Mais il faudrait un plus grand recul pour pouvoir faire 
état de ces résultats. 

Cependant, le point intéressant est le suivant: c'est, d'une 
part, le rétablissement du retour régulier des époques, tous 
les vingt-six jours; d'autre part, la disparition de la frigidité. 
Et cela à cinquante-trois ans. La malade, qui se sent heureuse 
pou r 1 a p remière jois de sa vie, a fait avec son jn a ri un v oyage 



qu'elle qualifie de ■« notre voyage de noces ». 



LA SÉVKGSE OBSESSIONNELLE 487 



Conclusions 



Si Ton se place à un point de vue psychanalytique, le large 
syndrome classique; « phobies, obsessions, impulsions » (voir 
aperçu historique), mérite d'être démembré. Ces états, en 
effet, diffèrent essentiellement par leur mécanisation psycho- 
dynamique. Rappelons ces divergences. Les traits essentiels 
de la névrose obsessionnelle sont: 

■ 

a) Mécanismes inconscients 

Ils ne sont appréciables qu'au nK^en de la psychanalyse.. 
i° La régression (sadique et narcissique), 
q* L'ambivalence (désintrication des pulsions agressi-ves et, 
erotiques) . 

3 e L'hyper sévérité du surmoi (sadisme), 

: b) Mécanismes apparents ou conscients 

Appréciables par tout psychothérapeute, 

1* Les réactions éthiques du moi. 

2 L'isolation (Phnpression est dépouillée de son affect et 
les relations associatives sont coupées; exemple; tabou du tou- 
cher, etc.). 

3 L* annulation rétroactive. La représentation, ou le besoin 
de rendre un événement comme « non arrivé » (magie néga- 
tive). Tendances ou superstitions populaires comme: toucher 
du bois, jeter du sel renversé par-dessus l'épaule gauche, etc., 
qui trouvent leurs imitations dans les symptômes obsession- 
nels à deux temps ; où le second annihile le premier comme si" 



488 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

rien ne s'était passé, quoiqtTen réalité les deux choses soient 
arrivées. 

4° L'entrée en jeu du principe de la « Toute-Puissance de la 
Pensée ». 

Or, ces divers mécanismes importants font défaut, ou n'in- 
terviennent qu'à' titre épisodique, dans la phobie on l'hystérie, 
alors qu'ils forment la base de la névrose obsessionnelle. Leur 
intervention, constante dans cette dernière, modifie, par cou- * 
séquent, le tablean clinique. 

L'obsession, par exemple, loin de présenter, comme parfois 
V hystérie, une tendance spontanée à la rémission, ou sous une 
influence thérapeutique quelconque à la guérison, tend plutôt 
à progresser et à s'aggraver. Le malade se fixe peu à peu dans 
la régression, laquelle le condamne à devenir de plus en plus 
improductif, inadapté et asocial ; au point de vue analytique, 
de plus en plus narcissiste. Toute sa libido finit par être absor- 
bée par l'intériorisation du conflit sado-masochiste et par deve- 
nir neutre envers les objets et le monde extérieur. En outre, 
le transfert thérapeutique, s'il est encore possible, sera plus 
difficile , plus long à s'établir; il sera de nature sado-maso- 
chiste, surtout négatif, contrairement, par exemple, à ce qui 
se passe dans la phobie on dans l'hystérie. 

D'autre part, la différence des tableaux cliniques, en géné- 
ral, semble être déterminée principalement par la manière dif- 
férente dont fonctionne le surmoi dans chacun des groupes 
envisagés- 

Dans V hystérie, le moi s* en sépare, et s* en remet à l'in- 
conscient pour tout résoudre; le symptôme de conversion est, 
simultanément et en un seul temps, une punition et une satis- 
faction pulsionnelle. Dans la phobie, l'angoisse intervient an 
premier plan et le moi fuit devant les menaces du siïrmoï ; 
-toute-satisfe^tion-sufe 

renonce entièrement (agoraphobie féminine dans les cas typi- 
ques de fantaisies de prostitution, etc.). Mais ces deux syn- 
dromes ont un trait ou un primitm movens commun: c'est une 
restriction trop forte des pulsions erotiques génitales (dans la 
majorité des cas, oedipiennes). 

Dans l'obsession, par contre, le tableau est bien différent. 
Du fait de la régression, les pulsions génitales s'effacent de- 



LÀ NÉVROSE OBSESSIONNELLE 489 

— j ■ 

vant les prégénitales, qui viennent au premier plan. En outre, - 
leur satisfaction est réalisée grâce au symptôme à deux temps [ 
dans lequel intervient un mécanisme économique qui était 
absent dans les symptômes hystériques ou phobiques. Dans le 
premier temps, la satisfaction pulsionnelle est réalisée; dans 
le second, interviennent diverses techniques, telles qu'auto- 
puniticn, annulation, isolation, etc-, qui égalisent les éner- 
gies; suppriment la tension d'angoisse ou dé culpabilité inhé- 
rente au premier temps* L/ obsédé ne renonce donc pas à ses \ 
pulsions, car elles sont régressives. « La souffrance dévient" 
et pour lui une monnaie courante avec laquelle n'importe quel 
« crime peut être payé, La souffrance (punition) amadoue, 
u apaise, corrompt le surmoi, et non seulement permet, mais 
« favorise ainsi la satisfaction pulsionnelle. » (Alexandei\) 
Le phobique j lui, ne recourt pas à ce mécanisme (à mon sens 
psend o- punitif ), parce qu'il n'a pas régressé au stade sado- 
masochiste. Son surmoi est moins primitif, plus indépendant 
du soi, plus près du moi. Il avait surmonté la phase sadique- 
anale et son surmoi était déjà plus évolué, quand il a refoulé 
le complexe œdipien. Alexânder pose que la phobie ne consti- 
tue que le premier temps ou Tune des faces seulement de la 
névrose d'obsession: « Le phobique est un obsédé qui ne sait 
pas encore jouer de son surmoi » (i). Il faut interpréter cette 
proposition. Je dirais plus volontiers que le phobique est un 
névrose dont le surmoi est demeuré une instance morale, mais 
n'est pas devenu, par régression, une instance sado-masochiste. 
On sait que cet auteur, comme la plupart des analystes d'ail- 
leurs, unifient punition et masochisme, punition morale et 
punition êrotisêe (pour moi : p s eudo -morale). 

Quoi qu'il en soit, un fait décisif et incontestable demeure: 
c*est que, chez l'obsédé, le surmoi est sado-inasochiste, alors \ 
qu'il ne Test pas chez le phobique ou l'hystérique. Ceci natu- 
rellement pour les cas purs. Mais, malgré le grand nombre de 
cas mixtes, il me paraît utile de délimiter avec précision les 
cadres cliniques. 

Je laisserai volontairement de côte le problème inquiétant 

(1} D*où, ajoute- t>îl, la fréquence de la phobie et de l'hystérie chez le 
jeune enfant, avant la puberté, et in versement, l'absence de l'obsession, 

REVUE FRANÇAISE DE PS VCH ANALYSE 5 



^^ 



490 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



de la constitution. Peu importe pratiquement si un obsédé 
régresse parce qti'W est constitutionnel. Si je parle d'obsession 
constitutionnelle, je m'impose une sorte d'abstention psycho- 
thérapeutique; je sais que j'aurai peu de chances de la modi- 
fier. Par contre, mes chances seront plus grandes de modifier 
àts « mécanismes obsessionnels » dans ce qu'ils ont tout au 
moins d'acquis. Bt mon intervention gagnera en efficacité, de 
même que ma description clinique eu netteté si la mécanisation 
particulière du syndrome dont il s'agit est plus clairement 
définie et classée. C'est pourquoi je pense que la question du 
diagnostic mêcanistique mérite un sérieux examen. Sans vou- 
loir l'opposer au diagnostic nosographique, je vois au con- 
traire qu'il pourrait le compléter heureusement. 

Ces considérations m'amènent à la question nosographique >. 
M, Freud a lancé, dans V Histoire d'une phobie chez un 
enfant de quatre ans, le terme û* hystérie d'angoisse pour 
définir la phobie, en raison d'une grande similitude de méca- 
nismes (conversion, amnésie, etc.) avec l'hystérie, Je rappel- 
lerai, d'autre part, la définition de l'hystérie adoptée à notre 
séance de juin, sur la proposition du D r Pichon: « Une névrose 
« caractérisée par la simulation plus ou moins parfaite des 
« symptômes propres aux affections organiques du système 
« nerveux. » En adoptant cette formule, nous avons clos un 
débat, mais nous eu avons ouvert un autre. La notion de simu- 
lation est impossible à introduire dans la théorie psychanalyti- 
que, cette dernière envisageant avant tout des notions mécani- 
ques telles que la conversion, ou psychologiques telles que la 
satisfaction substitutive ou symbolique, etc. Il est donc évident 
qu J à la suite de notre vote, le terme d'hystérie ne peut plus 
être maintenu dans la nosographie psychanalytique française* 

On me pardonnera d'avoir peut-être trop insisté dans cet 
exposé sur la différenciation des mécanismes en jeu. Je l'aï 
fait pour montrer le grand rôle qu'ils jouent incontestablement 
en clinique, à quel point ils l'influencent et souvent la domi- 
nent. 

Bt, dès qu'il s'agit de névrose obsessionnelle, ils se révèlent 
si importants qu'ils légitiment, à mon sens, clïniquement aussi 
bien qu'analytiquement, une distinction entre cette névrose 
d'une part, l'hystérie et la phobie de l'autre* 



**«■■*■ 



LA NHVROSE OBSESSIOKNliH,E 



, 49 1 



Voici donc la classification que je proposerai comme base 
de notre discussion: 

i cr Groupe. — Névroses actuelles. 

i° 'Neurasthénie: à prédominance physio-pathologique, 
2° Névrose d'angoisse: avec psychogénèse rudîmentaire 
méritant dans certains cas le terme de phobie atypique quand 
les réactions phobiques prédominent , ternie qui contribuerait 
à dissiper le malentendu dont cette forme clinique a été l'objet 
dans les écrits scientifiques, 

3° Névrose Iraunt-atique , ou phobie traumatique (cas de 
Pascal), 

2 T Groupe. — Névroses de transfert. 

i ù Névrose de conversion (à la place d' « hystérie »), 
2* Névrose phobique typique; à psychogénèse analytique 
ou analysable étendue (à la place d ? « hystérie d'angoisse »). On 
pourrait discuter aussi les termes de: phobie vraie, régressive, 
de transfert, substitutive, etc, ou phobie anxieuse typique; 
ou phobose, terme pas très heureux peut-être, mais destiné à 
marquer son caractère extensif, comme pauophohie. 

3° Névrose impulso-obsessionnelle (Zwangsneurose de 
Freud), comprenant tous les états obsédants (craintes, pen- 
sées, actes, etc). Le terme d'obsession, tout court, ne fait-il 
pas penser aux idées obsédantes seulement? On peut-être 
encore : obsédose ? 



* 
* * 



Il va sans dire que cette terminologie ne s'appliquerait 
qu'aux travaux ou discussions psj^chan alytiques, mais ne 
mépterait-elle pas d*être introduite peu à peu dans la nosogra- 
phie généra le? * ■ 



Un Cas de Mutisme Psychogène 

■ 

Par Sophie MoRGENSTEKN. 

(Travail du Service dit Docteur Heuyer). 



* Ce que l'enfant g 'oserait dire 
« U i écrire > il le révèle dans ses 
« dessins, parce qu'il ne prévoit 
« pas que dans un petit tableau on 
« pourra déchiffrer son caractère 
* comme dans ses propos ou sou 
« écriture. Il ose être lui-même, 
ft II s'aventure, il s'exprime. » 

- 

Florent Fels (Nouvelles Liti, : 
Exposition de dessins des enfants 
dans le Salon-Musée de l'Age 

heureux.) 



Le mutisme psychogène infantile n'a, jusqu'à présent, été 
décrit nulle part .Dans le présent travail t je vais tâcher de mon- 
trer par quel conflit psychologique un enfant de 9 ans et demi 
s'est trouvé emprisonné daus un mutisme qui a duré presque 
deux ans et dont le caractère spécial m'a permis de faire une 
étude psychanalytique assez étendue. C'est grâce à M. Heuyer 
que j'ai eu la possibilité de suivre de près et de soigner ce cas 
si intéressant et, jusqu'à présent, du moins à ma connais- 
sance, unique. 

Il y a deux ans, à l'occasion d'un changement de domicile, 
notre petit malade avait cessé de parler pendant quelques se- 
maines- Quand on nous l'amena à la consultation du Patro- 
nage, en octobre 1926 , il y avait un an qu'il ne parlait plus 
à son père et quatre mois qu'il n'avait prononcé une seule pa- 
role. 

Notre petit malade, Jacques R..., a une hérédité chargée du 



■p 



UN CAS DE MUTISME PSVCHOGENE 493 



coté maternel, des éléments schizoïdes très prononcés, Il est 
né en novembre 1917, à huit mois* Jacques a passé par toutes 
les maladies infectieuses infantiles et présente, depuis l'âge 
de cinq ans, des troubles de la marche. à la suite d'une myo- 
pathie. A Tâge de sept ans, il eut deux crises comitiales frus- 
tes- C'est un enfant arriéré plutôt par manque de scolarité que 
par manque de capacités ; celles-ci sont chez lui très inégales, 

À la première consultation, il ne voulut pas répondre au 
médecin, lui tourna le dos, se débattit, essaya de griffer et de 
se sauver quand on tenta de le retenir • Il ne voulut pas laisser 
sortir sa mère, s'accrocha â 'elle.et s'assit sur ses genoux. Mis 
sur le lit et déshabillé pour l'examen somatique, il essa^^a de 
se sauver. Tenu par deux personnes, il continua à se débattre . 
On décida de le garder au Patronage en observation. Là il fut 
isolé et témoigna beaucoup de sympathie à un jeune surveil- 
lant qui, le soir, faisait de la musique à côté de lui, et lui per- 
mit dei dessiner, occupation que le petit Jacques aimait beau- 
coup, 

Jacques fut admis au Patronage le 26 octobre ; je le vis 
pour la première fois le 4 novembre. Il avait l'air anxieux, re- 
croquevillé sur lui-même, les yeux fixés sur le plancher, ne 
voulant même pas répondre par des signes aux questions que 
je lui posais. Tout ce comportement éveilla le soupçon qu'il 
s'agissait peut-être d'une schizophrénie infantile. Il faut ce- 
pendant faire .la réserve que cette psychose est très rare avant 
l'âge de la puberté. Le mutisme chez les schizophrènes est 
une manifestation du négativisme ou plutôt de l'autisme (Bleu- 
ler). C'est alors une attitude hostile envers l'ambiance, atti- 
tude, qui nous démontre la préférence que le malade donne à 
son monde intérieur, imaginaire, en face de la réalité. Il est 
souvent associé à un délire hallucinatoire; ce sont souvent les 
voix qui imposent au malade le mutisme ou les sujets du délire, 
leur fait subir un sacrifice pareil. Tandis que chez les hystéri- 
ques j le mutisme représenterait l'expression physique d'un 
conflit psychologique. Notre malade est un enfant doux, obéis- 
sant, très timide; il aime la musique, mais préfère à tout le 
dessin. Il écoute avec intérêt les histoires qu'on lui raconte; il 
tâche de se faire comprendre par des gestes et devient coléreux 
si Pentourage n'arrive pas à les déchiffrer. Tout cela nous 



494 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



prouve que le mutisme de notre petit malade ne rentre pas dans 
le cadre de celui des schizophrènes. Son mutisme est basé sur 
le conflit ps3'chologique entre lui et ses parents, dont nous par- 
lerons dans l'histoire de sa maladie. 

C'est dans ma première rencontre avec le malade que je vis 
les dessins faits par lui à la maison et au Patronage, J'ai été 
frappée autant par les sujets de ces dessins que par l'expres- 
sion anxieuse des personnes représentées. Mon attention fut 
attirée surtout par des dessins faits par Jacques les premiers 
jours de son séjour au Patronage- Le même sujet se répétait 
dans les deux dessins : un petit garçon regardait un homme 
avec méfiance et terreur (voir fig. i). 

Ayant constaté que l'unique moyen d'expression de Jacques 
était le dessin , je l'ai employé pour le traitement. Dès la pre- 
mière séance je l'ai fait dessiner. Je donnais à ces dessins des 
interprétations que Jacques approuvait ou désapprouvait par 
des signes de tête. C'est ainsi que je réussis à l'aider à expri- 
mer ses conflits inconscients* Je lui demandais s'il avait un 
chagrin, lorsqu'il. répondait affirmativement à ma question, 
je lui disais : « Dessine-le moi >^ Pendant deux semaines Jac- 
ques dessina des scènes d'horreur : un double assassinat, un 
homme assassinant un jeune garçon et lui-même assassiné par 
un soldat (fig. 2) ; des têtes coupées (fig. 3) ; des oiseaux et des 
animaux à forme fantastique et aux attitudes agressives 
(fig. 4) ; un homme, avec un bâton excessivement long, son- 
nant la cloche d'une église ; un homme pris dans lçs fils d'une 
araignée ; une femme criant au secours (fig. 5). Un deuxième 
dessin du même jour est rempli d'animaux monstrueux, 
d'hommes à trois bras avec un couteau. Sur le dessin du 13 
novembre (fi g. 6) Jacques représente les têtes coupées de -ses 
parents, et, à côté, le c< méchant » qui a commis ce crime. C'est 
l'interprétation que Jacques nous a donnée quand il a parlé. 
Sur un dessin du 14 novembre (fig. 7) nous voyons un ser- 
pent, des hommes munis de bâtons en forme de pipe et de cou- 
teaux, et un homme tuant un serpent. L'un des dessins du 18 
novembre (fi g. S) représente des hommes aux allures fantasti- 
ques, les uns se promenant dans la lune, les autres pourvu 
d^iles, des oiseaux aux dimensions énormes-. Jacques nous eu 
a donné plus tard l'explication suivante : les trois « hommes- 



UN CAS DE MUÏISME PSYCHOGÈNE " 495 



loups » tournent autour de la lune et jettent les enfants de la 
lune sur la terre de haut en; bas et les tuent . Les hoimnes à 
tête pointue (ou à bonnet pointu) sont des « hoinmes-loups » 
méchants qui mangent les enfants. Notre petit malade a trouvé 
le germe de cette fantaisie dans le conte du Petit Chaperon 
Rouge. Tous ces dessins sont surchargés, les scènes d'horreur 
y sont accumulées, l'angoisse s'y exprime sur tous les visages: 
ceux des victimes, des acteurs et des spectateurs. 

Voyant que Jacques se débarrassait, par ces dessins, d*une 
r grande partie des angoisses qui l'avaient tourmenté, j'ai pensé 
qu'il pourrait aussi, par cette voie, rompre son mutisme. Son 
attitude envers moi avait également changé. D'abord hostile, 
^elle devint de plus en plus amicale. Mais toutefois, Jacques 
restait muet. Pour l'encourager, je lui apportai une tablette de 
chocolat enveloppée dans un papier à image que je lui remis 
à la condition qu'il parlerait à la fin de la séance. Au cours de 
cette séance, je lui racontai une petite histoire dans laquelle 
j'avais fait subir â un petit garçon, que j'appelais Michel, une 
partie des angoisses que Jacques pouvait avoir éprouvées, mais 
«1 donnant une issue heureuse â cette histoire. Cette histoire 
'ne contenait aucun fait sexuel et ne pouvait pas contribuer â 
éveiller la curiosité des questions sexuelles chez notre malade, 
A peine a vais- je fini mon histoire que Jacques, qui écoutait 
avec un vif intérêt, voulut absolument avoir un crayon, mais 
il n'arriva pas à le demander autrement que par gestes. Je le 
lui refusai, car je voulais à tout prix le faire parler. Alors 
il s'empara d'une plume et dessina un jeune garçon entre deux 
animaux fantastiques (fig, 9). A la fin de la séance il me rendit 
le chocolat en me montrant, par gestes, que les paroles ne 
voulaient pas sortir. En réponse à ma question : qu'est-ce qui 
t'empêche de parler? il dessina un homme avec un couteau à 
la main (fig, 10), " ' ■ 

Toute cette' séance avait tellement bouleversé Jacques que, 
dans la séance suivante, il révéla presque tout son conflit se- 
cret. Sur ma prière de dessiner les désagréments qu'il avait 
eus avec son papa, il dessina toute sa famille en larmes et 
m'expliqua par gestes que c'était" à cause de son mutisme 
(fig. 11). Alors je le priai de nouveau de me dessiner la cause 
pour laquelle il ne parlait pas. Il fit le deuxième dessin du 21 



49^ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



novembre 26 (fi g. 12) : un homme avec un couteau, un enfant 
et un objet qu'il interpréta plus tard comme son ventre* A ma 
question ; « Qu'est-ce que cet homme t*a fait ? n il dessina 
un enfant au lit, l'homme au couteau à côté de lui. J'insistai 
pour qu'il me racontât par dessins tous les détails, et c'est 
alors qu'il dessina les scènes qui suivent sur la même feuille : 
ï 'enfant debout vers lequel s'approche l'homme au couteau et, 
finalement, une scène de castration tout à fait évidente 
(fig, 13). J'ai profité de cette occasion pour lui dire qu'on ne 
lui couperait aucun membre, qu'il n'avait aucune raison 
d'avoir peur de cette punition, car on ne punit jamais les en- 
fants de cette façon et qu'il se débarrasserait tout à fait de ses 
mauvaises habitudes dès qu'il n'y penserait plus. Dans la 
même séance, il dessina â la fin une scène pleine d'atrocités. 
Un homme pendu, une tête coupée, des fusillades. Dans l'ex- 
plication orale que Jacques nous a donnée plus tard de ce des- 
sin, il nous parla d'un triple assassinat : le roi avait tué le 
petit garçon et moi, et avait lui-même été tué, 

Après nous avoir révélé d'une façon si expressive les visions 
d'horreur qui l'obsédaient, il continuait cependant à ne pas 
parler. Alors nous essa^'âmes de rompre son mutisme en lui 
faisant peur. On l'enferma dans un cachot duquel je le déli- 
vrai au bout d'une demi-heure. Le résultat fut le même que 
celui du chocolat, Jacques ne parla pas, mais s'empressa de 
dessiner un enfant en 1 armes 3 avec un mouchoir trempé de lar- 
mes à la main (fi g. 14) et un homme en casquette un couteau 
à la main (fig. 15). Sur le dessin suivant, nous voyons des hom- 
mes aux attitudes mystérieuses, munis de fusils et de bâtons, 
s 1 approchant d'églises, de maisons et de tours (fig. r6). 

Ces deux échecs dans mon traitement m'ont décidée affaire 
réagir Jacques par V interruption des séances, cependant qu'il 
continuait à me voir venir pour le traitement d'autres mala- 
des. Dans' la première séance après cet intervalle qui a duré 
une .quinzaine de jours, Jacques était pressé de me raconter 
son chagrin. (Il avait appris que sa mère était gravement ma- 
lade), Il dessina sa mère au lit, un enfant à côté d'elle avec 
une expression d'épouvante sur le visage (fig. 17). Je tâchai de 
lui expliquer qu'il ne pourrait pas aller voir sa mère avant 
qu'il ne se décidât à parler. Je lui dis qu'il fallait continuer â 



UN CAS DE MUTISME PSYCHOGÈNE 



497 



f ■ 

nous raconter par dessins tout ce qui le. tourmentait, cor c'est 
seulement de cette manière qu'il apprendrait à ne plus avoir 
peur et pourrait de nouveau parler. II fit alors un second des- 
sin {fig, iS et r8 bis). On y voit tous ses membres coupés ; 
une répétition de la scène de castration et son chagrin à cause 
de la séparation d'avec sa mère. L'explication orale qu'il nous 
a. donnée le i cr février confirma pleinement notre hypothèse, 
ce qui eut lieu aussi pour la plupart des autres 'dessins. 

Je voudrais attirer vote attention sur un détail de ce dessin 
dont nous parlerons plus tard ; l'homme à la barbe bizarre. 
On n'est même pas sûr si c'est une barbe ou une langue. 

Dans la séance suivante, le 24 décembre 1926, Jacques nous 
communique une nouvelle obsession, celle d'avoir la langue 
coupée (ûg, 19). Il paraît qu'on l'avait menacé, à la maison, 
de cette punition, pour son mutisme, Mais ce n'est pas là 
l'unique cause de cette obsession. 

Les dessins suivants expriment une angoisse croissante y une 
inquiétude profonde, non seulement par leurs sujets pleins 
d'atroeîté, par la répétition de ces sujets, mais aussi par l'ac- 
cumulation d'objets représentés sur la même feuille. Si dra- 
matiques que soient les scènes représentées sur les dessins 1, 
2, 3 du 30 décembre, et sur le troisième du 31 décembre, l'ex- 
plication orale que Jacques nous en donne plus tard nous 
frappe encore plus. Le troisième dessin du 30 décembre re- 
présente une double opération, mais ce sont seulement les in- 
firmières avec leur coiiïe et 3a table chirurgicale qui consti- 
tuent le déguisement sous, lequel Jacques présente un coït et 
une castration. Il a accumulé, avec un art véritable, tout ce qui 
a contribué à l'origine de sa névrose. Je ne crois pas me trom- 
per en disant que la personne allongée sur la table d'opération 
doit représenter en même temps sa mère et lui-même, et 
l'homme à côté, son père (fig. 20}. L'horreur si bien exprimée 
sur la figure de l'opérée ne peut symboliser que sa propre peur 
de la castration à laquelle fait allusion le dessin au ventre 
troué (fig. 21)* C'est Jacques qui nous a donné cette interpré- 
tation du ventre troué, en désignant le petit garçon de la 
figure 21 comme un enfant auquel on a coupé « les affaires », 
L'attitude du chirurgien indique plutôt une scène déguisée de 
coït et aussi 1 importance que Jacques attribue au double pénis 



*«Mt* 



49 3 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



dont le chirurgien se trouve pourvu sur ce dessin • L'opération 
à gauche (fig. 21) est moins claîref L'explication orale que 
Jacques nous a donnée plus tard a confirmé nos suppositions, 
mais a ajouté un nouvel élément dans le transfert qu'il a fait 
sur moi. Il identifie, dans le dessin figure 20, ma personne 
avec sa mère et avec lui-même. Il nous a dit : « La doctoresse 
est malade , un médecin arrose son ventre ouvert dans lequel 
il va mettre un os qui va remplacer le ventre enlevé (fïg\ 20). 
Pour nous apprendre qu'il s'agit, dans ^opération du ventre, 
d'une castration, Jacques nous a dit que, dans la scène à gau- 
che (fig, 21), lui-même -avait subi une opération du ventre," Il 
y représente sou ventre isolé avec un trou au milieu. L'expli- 
cation que Jacques nous donne de ce dessin nous prouve aussi 
qu'il ne distingue pas d'une façon nette l'acte sexuel de celui 
-d'uriner* Nous avons eu la confirmation que les enfants se 
représentent sous cette image l'acte sexuel, par les dépositions 
d'un autre petit malade. C'est un enfant de quatorze ans, très 
intelligent, qui a l'habitude, dans l'analvse, de décomposer 
les mots. Il a décomposé le mot « venger » en : ven = ventre, 
ger — jet d'eau ; soit au total : un jet d'eau dans le ventre, 
image sous laquelle il se représentait le coït. 

Ce dessin est, à tous les points de vue psychanalytiques, très 
instructif. Il nous donne aussi l'explication tout à fait précise 
de ce que Jacques veut S3 T mboliser par les barbes, les langues, 
les- bâtons, les bras bizarrement allongés. Même après avoir 
exprimé, dans ces dessins, ses complexes les plus importants, 
Jacques ne s'est pas encore débarrassé de tous ses conflits. Le 
jour suivant, il dessine de nouveau une double opération et 
nous présente la question de la castration, ou plutôt de la pu- 
nition de l'onanisme, sous un nouvel aspect. Sur un dessin du 
21 décembre 1926, à droite, deux personnes coupent les bras 
à la personne couchée en se servant de couteaux, La personne 
opérée est couchée sur le lit, mais le décor médical fait dé- 
faut (fig. 22). Au contraire, dans la scène à gauche, le décor 
médical est très nombreux, mais l'opération elle-même n'est 
pas visible (fig\ 23). La scène à droite est basée sur le fait 
qu'on attachait les mains de Jacques la nuit pour l'empêcher 
de se toucher/ Il me semble que la personne à droite est un 
homme : son père, et celle de gauche, une femme : sa mère. 



«ni 



UN CAS DE MUTISME PSYCHOGENE 



499 



L 'explication que le malade nous donne plus tard de ce des- 
Sm est des plus précieuses : il nous dit qu'on m'y coupe, a 
inoi, malade de la grippe, les bras pour me guérir, car mes" 
mains sont sales, « sont mauvaises parce qu'elles ont fait des 
saletés ». Dans la seconde opération un médeciu me coupe 
-« les affaires », Sur une table sont poses deux os, La signifi- 
cation des os, dans ces circonstances, n J est pas à méconnaître-. 
Il en est de même pour la tête coupée, qui n'est qu'un autre 
symbole de la castration. 

Il semblait que le moment où Jacques ne pouvait plus tarder 
à parler était arrivé, mais les faits nous prouvèrent le con- 
traire, 

En Janvier, Jacques commença â mouiller très souvent son 
lit, ce qui ne lui arrivait auparavant que très rarement- Pour 
m'expliquer la cause de ce fait, Jacques me fit, lé n janvier, 
un dessin {fig. 24)3 sur lequel il se représenta endormi sur le 
lit, son seau à côté et des objets épars autour de lui. À ma ques- 
tion : « As-tu vu ces objets dans un rêve ? », Jacques fit un 
signe affirinatif, Il m'a donné plus tard la même explication 
verbalement, Jacques nous répète sur le dessin du 14 janvier 
(fig. 25) toutes ses misères à cause des hommes au bâton, au 
couteau, à la seringue. 

Le 20 janvier il fit tous ses besoins dans sa culotte, urina sur 
l'escalier et salit tout, La séance du 21 janvier fut très drama- 
tique, Jacques raconta par dessins tous les malheurs qui lui 
étaient arrivés. Il avait l'air à la fois inquiet et malheureux. r Il 
paraissait lutter avec son mutisme, mais n'arriva pas encore 
à le rompre. 

Par la conduite que nous venons d'indiquer, Jacques- expri- 
mait quel intérêt avaient pour lui- les fonctions d'excrétion. 
C'est surtout par la série de dessins qu'il a faits chez lui, avant 
son entrée au Patronage, que nous apprenons l 'importance 
qu'il attachait à ces fonctions. Il y représente deux personnes, 
Tune à côté de l'autre, sur des vases de nuit et nous explique, 
plus tard, que ces personnes représentent sa mère et lui 
(fig* 26). Dans l'intérêt de notre petit malade pour les fonc- 
tions d'excrétion, nous ne sommes pas arrivés à discerner une 
curiosité au sujet de la naissance des enfants. Chex la plupart 
des enfants; cette question est intimement liée à la fonction 



I 

■ H 



5*° REVUE FRANÇAISE DE PSVCHAXAI-YSB 



d'excrétion, explication la plus approuvée par l'imagination 
infantile de la façon dont les enfante viennent au monde. 

Il est possible que-la curiosité de Jacques n'ait pas été pous- 
sée dans cette direction pour U raison qu'il n'a qu'une sœur 
aînée. Il n'a pas vécu le conflit psychologique éveillé par la 
naissance d'une sœur ou d'un frère cadet. Il s'est peut-être 
Approché de la question dans son dessin des hommes-loups qui 
mangent les enfants. Il a été inspiré dans son dessin par le 
conte du Chaperon Rouge , qui symbolise la naissance, Jacques 
représente par les hommes-loups le fait de la naissance à re- 
bours, comme cela arrive souvent dans les légendes. 

Sur un autre ^dessin (fig. 28), un homme urine dans un vase, 
à coté d'un jeune garçon aux affaires coupées. Jacques nous dit 
qu'il s'agit de son oncle et d'un petit garçon. Nous sommes 
convaincus qu'il voulait représenter son père et lui* Le com- 
portement de Jacques en janvier ne représentait que le reste 
des manifestations de ses conflits inconscients, celles de sa 
préoccupation des fonctions d'excrétion. Après que ce conflit 
eut passé de la couche inconsciente dans celle du conscient, 
toute l'angoisse qui obsédait Jacques disparut. Il avait perdu 
toute la peur qui l'empêchait de parler et, à la première occa- 
sion, qui fut la visite de ses parents deux jours plus tard, il 
commença ji répondre à voix basse aux questions de sa sœur. 

Dès le 23 janvier, Jacques parle. C'est depuis lors que j*ai 
repassé avec Jacques tous les dessins, en lui demandant son 
interprétation. J'ai commencé par les derniers dessins, qui 
contiennent le plus de renseignements sur l'origine de sa né- 
vrose et j'ai fini par les dessins qu'il avait faits chez lui, à la 
maison. J'ai obtenu de cette façon une confirmation très nette 
de Plrypothèse que j'avais faite sur l'origine de la névrose et 
sur la signification de son mutisme. Au début, il ne répondait 
qu'à voix basse et par des paroles très abruptes. Mais, peu à 
peu, il arriva à s'exprimer à haute voix. Son attitude envers 
l'entourage a aussi beaucoup changé. Il se tient droit, regarde 
sans peur autour de lui et répond aussi aux personnes étran- 
gères. Pendant son séjour à l'Hôpital Pasteur, du 2 au 17 
mars, à l'occasion d'une rougeole, sa. conduite fut impeccable. 
Il n'urina pas au lit et répondit aux questions des Sœurs. 

Au Patronage, il se tint encore un peu à l'écart les derniers 




temps de son séjour, la plupart du temps occupé à dessiner ; 
mais à la récréation il jouait avec les autres enfants , les ta- 
quinant souvent. 

Son attitude envers son père a tout à fait changé. Il lui parle 
très amicalement et montre une grande joie de le voir. Il est 
allé plusieurs fois en visite chez lui^ où tous furent frappés du 
changement survenu dans son comportement. 

Depuis plus de trois mois, il est rentré définitivement à la 
maison. Il se comporte très bien et parle presque trop* 

Toute sa vie se déroule dans un monde imaginaire. Même 
aujourd'hui il préfère répondre par un dessin que par une pa- 
role à une question compliquée. Cela nous est dêmoutré par 
le dessin du 3 février (fig, 29), qui représente un soldat à che- 
val et un autre à pied qui tirent des coups de fusil et allument 
deux chandelles dans le ciel : « Ils veulent tuer Dieu », nous 
dit Jacques. C'est la première fois qu'il dirige son imagination 
sur un sujet super-individuel, Dieu représentant son père dans 
une région plus haute. 

Il faut encore indiquer l'intérêt que Jacques a pour les rê- 
ves. Il en parle et les dessine. L'homme au couteau que Jac- 
ques a représenté dans un dessin du 22 mars, était une vision. 

Depuis que Jacques s'est débarrassé de son angoisse le ca- 
ractère de ses dessins a changé. Selon Freud , le refoulement 
provoque la sublimation, chez notre malade le refoulement a 
activé son imagination et a contribué à la richesse du sujet de 
ses dessins. Il est très intéressant que Jacques s'en soit aperçu 
lui-même. Quand je lui ai demandé le 28 février (fig\ 30) de 
refaire le dessin du 28 octobre parce que celui-ci s'était 
égaré, Jacques m'a dit : « Je me le rappelle très bien mais je 
ne pourrais plus faire tout â fait le. même dessin ; je vous ai 
déjà tout raconté par le dessin ». Il avait raison. La différence 
entre ces deux dessins sur le même sujet est tout à fait frap- 
pante* Tandis que celui du 28 octobre exprimait une angoisse 
épouvantable, un événement surprenant, qui se passait la 
mût, en cachette, le second nous montre deux hommes dans 
une conversation paisible, devant une maison dans laquelle la 
lumière est allumée. Jacques ^dessine souvent à présent des 
scènes comiques et me montre ces dessins avec un air mo- 
queur. Il dessine les Fratellïni sortant d'un « Palais »; des 



502 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



femmes en habits d'hommes. Il connaît déjà sa vocation ; il 
m'a dit qu'il voulait devenir peintre. 

La nie me libération s'est produite dans son attitude vis-à- 
vis de son père. Après deux années d'hostilité il lui parle ami- 
calement ; la peur a complètement disparu. À plusieurs repri- 
ses Jacques m'a dit qu'il n'avait plus peur ni de son père ni 
de riiomme qui coupe les jambes, les mains et les autres cho- 
ses, qu'il n'y pensait plus. Jacques m'a raconté qu'à Ârca- 
chon où, en 1925, il a passé six mois avec sa mère et sa sœur, 
il ne voulait pas voir son père. Il se sauvait quand son père 
était là, il ne Adulait pas que son père vînt à Àrcachon, il avait 
plus peur de lui le soir que dans la journée. Nous savons que 
le début de la névrose de Jacques remonte à son séjour à Àrca- 
chon, C'est là que Jacques avait eu l'occasion d'avoir sa mère 
tout à fait à lui, plaisir dont la visite de son père le privait, du 
moins partiellement. Il avait une double raison d'avoir plus 
peur de son père le soir que la journée : le père le privait de la 
mère et Jui rappelait la défense de se toucher. 

L'histoire de la maladie de Jacques ne contient que des faits 
très banaux, très connus dans la pratique psychanalytique. Ce 
sont les deux noyaux principaux, le complexe d J Œdipe et ce- 
lui de la castration, qui ont poussé notre petit malade dans le 
mutisme et dans une attitude hostile vis-à-vis de son père, La 
plus surprenante illustration de cette hostilité est représentée 
par l'un des dessins que Jacques avait faits chez lui, avant son 
admission au Patronage (fig. 31). L'assassin qui coupe la tête 
à l'homme est d'une ressemblance frappante avec le petit gar- 
çon du dessin qui nous a servi comme point de départ du trai- 
tement (fi g, 1). La tête coupée ressemble à la tête de l'assassin. 

On pourrait nous faire l'objection que notre anatyse n'est 
pas complète, puisqu'elle n'a pas abouti chez notre petit ma- 
lade à la reconstitution du trauma primordial, Nous sommes 
d'avis que l'inconscient de Jacques a trouvé une solution salu- 
taire du problème qui le tourmentait depuis longtemps, en le 
réalisant dans des dessins symboliques par lesquels il nous a 
donné des preuves qu'il se rendait compte du sens caché des 
rapports de ses parents. 

Il fut content d'avoir trouvé dans la personne de la psychana- 
lyste quelqu'un qui comprenait son langage et qui dissipait 



. . 



^ â^^É* 



UN CAS DE MUTISME I?S Y tïïtïèÉîvE \ . ■ 5OJ 

■ 1 ■ 

ses craintes sans fondement, A3^ant obtenu la guérison com- 
plète, nous n'avons pas osé aller plus loin dans la recherche 
des renseignements concernant les questions sexuelles chez. 
cet enfant d'une intelligence moyenne et d'une imagination 
très vive. 

Il me semble d'un intérêt tout particulier que Jacques nous 
ait donné d'incontestables documents sur ces problèmes dans 
le psychisme de l'enfant. Dans la psychana^se de l'adulte, 
nous avons affaire aux réminiscences du trauma vécu dans 
l'enfance. Je crois que c'est la première fois que nous voyons 
le conflit dans son état primordial pourrait-on dire, repré- 
senté par des dessins inspirés par V inconscient de l'enfant. 

Les dessins de notre malade contiennent tous les mécanis- 
mes psychologiques constatés par Freud : la condensation (le 
coït et la castration dans le même dessin) ; la transposition de 
bas en haut : on coupe au malade, la langue, la tête, les mains, 
n'étant seulement que symboles de l'organe sexuel ; l'identifi- 
cation : Jacques identifie ma personne avec la sienne et celle 
de sa mère et me fait subir toutes les horreurs dont il croyait, 
sa mère et lui-même menacés j la surdéterminaiion : Jacques 
nous représente le même sujet plusieurs fois, et sous les for- 
mes les plus différentes ; et enfin le transfert, qui a joué le 
rôle principal dans la guérison de notre malade. 

Ce qui me semble encore particulièrement intéressant, c'est 
que Jacques emploie, pour désigner les objets dont il a peur, 
les mêmes noms que le malade de Freud dans « L'histoire 
d'une névrose infantile », Jacques parle des hommes-loups qui 
mangent les enfants. Le dessin qu'il en a fait ne laisse aucun 
doute que ces hommes-loups ne soient un symbole de son père. 
Tantôt ils sont pourvus de langues qui pendent de leur bou- 
che, tantôt ils sont ceux qui mangent les enfants* Chez le ma- 
lade de Freud, le loup du rêve symbolisait le père, et la scène 
dans laquelle il l'avait vu dans le rêve, éveille en lui le souve- 
nir du coït de sts parents, observé par le malade avant l'âge 
de quatre ans. 

Je ne crois pas faire fausse route en cherchant le motif du 
mutisme de Jacques dans la peur qu'on ne lui coupât la langue - 
pour le punir de s'être touché, et dans le besoin d'être puni 
pour son désir de la mort de son père. Ce mutisme avait donc 



^^^H^^^U 



504 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

L 

une double base : la peur de la punition, et la punition qu'il 
s'était imposée lui-même* 

La guériçon que nous avons obtenue après trois mois de trai- 
tement nous prouve que l'analyse infantile est d'une durée 
moins longue que celle des adultes, Anna Freud a raison en 
disant, dans son livre sur la technique de l'analyse infantile, 
que le chemin parcouru par l'enfant névrosé n'est pas le même 
que celui de l'adulte malade. Chez l'enfant f il s'agit d'une né- 
vrose actuelle ; nous n'avons pas besoin de briser une vie 
construite sur de fausses bases et de la reconstruire ensuite ; 
nous arrivons- chez l'enfant, dans un délai beaucoup plus 
court, aux couches où se trouvent leurs conflits. \ .-..., 

Nous avons vu dans notre cas quel rôle avait joué le trans- 
fert que Jacques a effectué sur son psychanalyste. Dès qiiè ce 
transfert se fut produit, Jacques n'eut plus de difficultés à 
nous révéler ses conflits les plus profonds. 



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REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. 



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FlC." r h — PE&&1M DU 2S OCTOBRE IÇ26. 

Sur ce dessin É qui a été le point de défait de notre étude, du voit à gauche uu petit garçon au 
piein de craiine, qui est sans doute le ma]ade lui-même ; à droitOj uu homme dont l'enfant a peur 
le cieï, la lune (car cette scène terrible a lieu la nuit) et un avion. 



MiiMojiîi- S. MunGtiTCiTiUt. 



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ÏIRVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. 



Floche H. 



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Fra. z< — Dessin mj 5 kotsubug 1926. 
A Sun chapeau, on reconnaît {troisième personnage à partir de la gauche) le petit garçon qui représente le malade hiL-memc. 

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MÉMÛITtH S. MOlîGEKS'i'iCRN. 



G. DQ1N kt C 1 *, EDEtBuas. 



"REVUE FRANÇAISE JïK PSYCHANALYSE. 



Planche III, 




FrG, j. — DESS1K DU S NOVEMBRE Iprf* 
Oiï retrouve ici la même maison que fig\ ï, le même homme à casquette, Je même petit garçon. I/botiiMt à la cas- 
(| nette a roupé la tête au petit garçon. Remarquer en outre le tjain, et k-s oiseaux volant dans k ciel. 



MÉHOiEi; S. MOftGËSSTERK. 



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G. DQLNJ et O, Editeurs. 






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REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 




Planche IV. 



FlC. 4, - Dil&SlS Df ÎO KOVEMBRE ÏÇ2Û. 

■ KelllEi^qu^l■ >. 'expression de visage de la lune ; :cnia r quei" jlussi l'oiseau aux ailes eutayée-s {tijiic tyiic que fig. 3) s'at- 
laauant au petit garçon. 

5 



MÉUOrtïE >S. MO'ltOl^'STI-ltN. 



G. D01K i:t C« Edjijvurs. 



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REVUE FRANÇAISE DE PSYCKAKALYSE. 



FRANCHE V,- ■ 




■Un homme à casquette 501111c la cloche (Tune Église au inoycir d'un 1t>u£ bâtou dont l'implantation au haut de ]a cu- 
lotte est à remarquer. Plus à droite, ou voit Pboajimt* pris par une araignée. Tout à fait à droite, mit femme terrifiée cria 
an secours. Remarquer eu outre J" oiseau, la lune, l'avion, et un hallou sjîliéiique dans les nuages. 



MÈUGUïli S. MOEGEN'STHR};, 



G. DOIN ut C* BBïrruRs. 



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REVUE FRANÇAISE DE PSYCHÀÏÎALYSK, 



Planche VI. 




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FJC. 6. DEfiSIN DU 13 NOVEMBRE I926. 

Qn voit Ici les portraits* ou plutôt ïes têtes coupces, tieg deux parents de Jacques ; et, Sur la gauche, le & méchaM » 
qui a commis k crime t L .; 



MÉMOIRE £. MOHCEKSTERN. 



G, DOIN et C ln f Editeurs. 



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Fig. 7. 

A fffl«(?hc t les hommes in uni sj de batoiiS-pipes. 
serpent replié, sur soi-mârne. 



Dessin du 14 
Vers la droite, 



Msmojjbb S, Mougkkstebs. 



IOVEMBSR I§26 r ] 

un hointiiL Lut, avec; une sorte (3 'informe couteau j un 



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G. DQIN ET O", EwlTÎÏDTîS. 



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EtEVUE FRANÇAISE DE -'PSYCHANALYSE, 



Plancha VIII: 




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;ÉMOTRÇ.S. MoKfîEKSTHKK. 



FlÇ. &, — DESSIN I1U iSj NOVEMBRE iç»6. i 

Tottfjrn hautj à gauche/ la lunc h à droite, un avion. — Plus basson voit encore une fois îa lune:, à la suïface de laquelle 
trots sinistres hommes a casquette {hommes -loups) se prorn èuent, ; -pour chercher de malheureux enfants qu'ils précipite- 
ront stir 3 a terre. Vn peu plus bas a droite, nu homine-îoup du type tête-pointue auprès d'un frebc au maillot, qu'il va 
peut-être manger ; en bas, au-dessous d'un oiseau du type déjà'coiiriu et d'un avion, est représenté, en g™*, un homme* 
loup du type tête-pointue. 



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G "DOIN ET C*, ÎÎDITEUEfi. 






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Frc. iû. — DrssiK nu iç novembre iya6. 
Jacquc?, -invité à expliquer pourquoi il est muet, dessille ce qu'on voit ici : l'homme au routeEiu veut démoli 1 Je 

HlDLlltLI. 



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kEVUE française" oh psychanalyse. 



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Planche X. 



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Première apparition ncLtc des scèiies de. castration : a gauche, Hiouhue au 
couteau (ou. à la hache} ; au milieu, le petit Jarq^es ; à droite, détaché du 
coups du petit garçon, stm i ventre *. 



^ Fi g. h. — Dessrx nu 21 NOYEMiuif- 19 sG, 

La famille du petit Jacques en la nues à cause du mutisme du petit gmçou. 



";uoire S* Morkjîkstehk. 



G. DQIX ET C 1 *, EnrïSUflfl. 




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FTO. lj. — DBSfirK IÏU 31 SOVESI33K1S jr<??i. 
On skiai ra l'énorme intérêt psychanalytique de te dessin, sur lequel le petit Jacques 11 mis représente, 
d'uue façon évidente, les diverses phases d'une scène de castration. 



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R la VUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. 



Planchk XII. 




Fi&. 14. 

Dessin- du 23 Novembre 

J926" 

Jacques en larm'çs dans 
.son cachot, soii moiie]]oii" 
à la main. 




FlG. Tj, 
DJCflam EU 24 NOVEMBRE IQî6. 

Le redoutable homme à la 
casquette, avec sou. couteau à 
châtrer. 



MEMOIRE S. MCWËKSTJ-R*, 



G. DQIK et c» EuIïeurs, 



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REVUE FRANÇAISE UE PSYCHANALYSE. 



Plakch-k X 1 11 . 




FïG, IÔh — DESSIK DU ï6 KOTEMBRR 1936. 
A gauche, crtte sorte d 'église-tour que Pou a déjà vue sur de précédents dessins; deux hommes armés de bâtons s'en 
approchent à pas de loup. A droite, 3a maison connue de nous depuis k tout piemiei dessin : près d'elle, deux hommes 
méchants, en conciliabule. En la a lit et à droite, la lune. 



MlïlilOMlt: K. MORGESSTiîHK. 












G. DOJK et C Jft , Editeurs. 



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REVUE FRANÇAISE lîJi PSYCHANALYSE 

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Planche XIV, 



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Ou voit, à gauche, la mère de Jacques au 
lit, malade. A côté d'elle, la swur de Jacques 

qui pleuîe. 



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I Fïo. tS, — Dessin ûu 17 DÉŒMiiKE 1926. 

A gauche et en haut, les fragments epans du corps de Jacques-; vers le mil 
l'e^rfUe; et, sépaié d'elle par mie grande maison, l'hominc à la barbe- langue, 
fait âci sa prcuiiâfc: apparitiçu, 



qui 



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MÉMOIRE 5. MOKGl-^SÏEilN. 



G, DQLN et C* H-DrtEURS. 



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REVUH FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. 



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Planche XV. 






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Fm, 7& bis. — J. h AHTffï iKF^lîTUURïî T\TJ DESSIN FJÇ. l8. 



On voit ici une scèiic de castration ; et, plu à bas, le petit Jacques affligé (Têlre séparé j 



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de sa mère 



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Frr>. 19. — Ue&sin du 14 décembre 1926. 
L'homme à la casquette coupe la langue à Jacques, 



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lÉMoinE S- BIo^orASTERy. 



Ftc 41. 

Fjî^MEJfT DE FAUCHE l>U PESEES DU 30 DteURHE I92É. 

Jacques aubît ti«€ opération sur le ventre. 
f.En bas c-t à droite, 5011 ventre était repré- 
senté isolé, comme figure 12.) 

G. DOIN et Oj Ewrauafi* 



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Fjg. 53. — Fiïagmekt'de gauche nu dessin nr 31 déc^jciih 1936. 
Un chirurgien aimé d'un couteau s'approche de la malade 
couchée ; 1] va Iuj couper e les affaires », — A gauche, une- 
niûrinicre. 



Il?U01jï& S. MCJRGE^STEEM. 






FlC / 34- — ; DESSIN DU II JANVIER ÏÇ27* 

Jacques an lit, encîormi, Auprès de lui, son seau à déjections. Autour de lui, 
épars, les objets auxquels lï rêve. 




FjG- 35- — DiîSSJK DU 14 JAJîVJEB 3926 (FliAGHlR?), 

Jacques j l'homme au b6t<m qui le bat* et la maison oià 

habite l'homme an bâton* 



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HEVlJiï FK ANC AISE WE PSYCHANALYSE. 



J.ANCH i 





DE&&JS AS'J'KKrEUH H l/AHHlVJÉE ^U P.ORtttAGE, 

Jacques tt sa inêrt, chacun sur leur vase. 




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Fig. 28. 

DlîSSJS AvrKlïï^Jt A l, J AÏIIUVj;i; AU PaTROKAGK- 

Un liouiuie urine dans un vasCj auprès 
d'un petit garçtïu au^ t. aff aires * couples. 




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Fig. 29, — Dessi> l du 3 FÉvjmrt 1927. 

Un soldat à rlie val, l'autre à pied, allument, c-11 tirant 
idi an-un un coup de iueâL deux * chandelle » dans le ciel, 
« Ils veulent luer Dieu *, dit Jacques: 



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G. DQIN tît C», Edtteubs, 



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Hevue française de PSYCHANALYSE. 



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Plakche XVIII. 






Fie, 30. .— . Dessik du aS ïkyuteiî 1927. 
(à çginparei à. la, fîg. 1] . 
Duc mai son "dans laquelle le feu est allumé. La. corj\'ei-sat.T<m emtre l'homme 
à. In easquette et le personnage au chapeau (probablement Jarques) est dé- 
sormais pa.isïble. L'abseuec de ]a lime ami 1)3 e indiquer, vu ks habitudes du 
sujet, que la scène kc passe de jour. 




FlG + 31^ — DESSIN ANK&IUBUB A L'ARfilVËE AU FATftOXAtiÇ, 

"De droite à gauche : 

Une tÉte coupée, qui ressemble à celle du personnage voisin, à ceci près 
qu'elle porte le melon propre aux adultes ; — un personnage absolument 
semblable au petit garçon de la figure i, et seiatajant ici être celui qui a 
eoupé la tête ; c'est-à-dire qu'il a coupé la tête à sou pera ; — trois hommes 
à casquette, du type bien connu par maints autres dessins. 



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mémothe S. Mcrgemsterh. 



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G. DOrN BT C* Edïïhum, 



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par R. Allendy 



Nous publions ici, avec l'assentiment du sujet en cause> 
l'observation d'un cas qui nous paraît intéressant, plus peut- 
être par son caractère typique que par ses aspects originaux. 
Nous l'avons résumée aussi fidèlement que possible en repro- 
duisant seulement les éléments les plus caractéristiques de 
l'analyse. Cependant > tous les rêves, à l'exception de deux on 
trois, sont décrits et analysés. Quelques détails secondaires de 
personnes et de lieux ont été transposés pour des raisons de 
■ discrétion • 

M, G.,., 31 ans, célibataire, vient consulter pour un état 
neurasthénique datent d'une quinzaine d' an nées et caractérisé 
actuellement par une fatigue perpétuel le , un sentiment de 
désespoir, la difficulté de prendre une décision, l'incapacité 
de se mettre au travail, de V insomnie et des cauchemars. Il 
manque de mémoire et est très distrait, En outre, il souffre de 
constipation depuis l'âge de treize ans. Six ans auparavant, 
il a traversé une crise du même genre avec manifestations 
digestives (dyspepsie, constipation). La crise a duré deux ans, 
après quoi le malade a pu reprendre son travail, A ce moment, 
il a suivi un régime approprié et la constipation a disparu. Il 
poursuit des grades universitaires en vue de s'adonner à l'en- 
seignement. À part cela, la santé est parfaite. 

Questionné sur sa vie sexuelle, M, G..- répond qu'élevé 
dans des milieux de théologiens, il s'est proposé un idéal de 

REVUE FRANÇAISE I>E PSYCHANALYSE 6 



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506 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

chasteté complète ^ au moins jusque ce qu'il lui soit donné de 
se marier. Il n'est pas insensible aux femmes; il éprouve même, 
des désirs très vifs, mais il les combat soigneusement, jugeant 
la sexualité comme une chose dégoûtante, du moins en dehors 
du mariage. Il déclare n'avoir jamais eu de rapport? et, depuis 
l'âge de quatorze ou quinze ans, n'avoir pratiqué l'onanisme- 
que deux fois dans sa vie, une première fois à la fin de sa quin- 
zième année et une autre fois à l'âge de vingt-six ans. Il a eu )r 
ces années dernières, des pollutions nocturnes, généralement 
sans érection; elles sont de plus en plus rares depuis trois ans. 
Il a la certitude, d'ailleurs, que ses organes sexuels se sont 
atrophiés au cours de cette continence et qu'il est désormais, 
impuissant. 

Nous commençons: l'analyse. 

À la première séance, M* G... fait ]es associations d 1 idées- 
suivantes: 

« Je vois des chaises renversées; un gland de chêne détaché 
de sa cupule; le chiffre 9; un parasol rouge ouvert et culbuté; 
un urinoir; une affiche représentant un lion noir avec une 
grande queue; le musée de Cluny; une girouette; un drapeau 
flottant au vent; un soldat accroupi ou mort, au bas d'un pilier, 
enchaîné avec des boulets; de l'eau et, devant, une barrière en 
fer, formée de pointes de lances; une faux; un cavalier; un 
temple grec; une statue dont les mains seules seraient visibles: 
une main blanche et l'autre noire; une fontaine; de l'eau cou- 
lant par petits jets, etc.*. » 

Nous interprétons ainsi: 

Les objets renversés, le gland détaché, le chiffre 9 dont l'al- 
lure est retombante, le parasol culbuté sont des Symboles d'im- 
puissance et concernant l'idée que le patient se fait de lui- 
même. Il s'agit d'une impuissance non primitive, niais réali- 
sée secondairement, presque intentionnellement (objets ren- 
versés)* L'urinoir vient d'ailleurs, comme une clef symbo- 
lique, témoigner qu'il s'agit avant tout d'une impuissance 
sexuelle. Ensuite, nous avons deux séries d'images représen- 
tant; sexualité-castration, d'une part le lion et le musée de 
Cluny (célèbre par ses ceintures de chasteté) , de l'autre le dra- 
peau et le soldat mort, enchaîné. Ici, il faut noter la valeur 
homosexuelle passive du .soldat accroupi en avant du pilier, 



^~ 



INFÉRIORITÉ, HOMOSEXUALITÉ, CASTRATION 507 

En suite , l'eau représenté la femme, la fécondité, la naissance, 
éléments dont le sujet est séparé par la barrière en pointes de 
lances (élément masculin agressif et pins fort). La main noire 
(coupable) et les jets d'eau ont trait à l'onanisme. 

Nous concluons de l'ensemble que le sujet a été arrêté dans 
son élan instinctif vers la sexualité normale par l'image d'un 
rival puissant et qu'il en est résulté un sentiment d'infériorité. 
Pour supprimer cette infériorité, le sujet a essayé de suppri- 
mer en lui la sexualité (castration), mais après avoir eu à lut- 
ter contre deux tendances régressives (passivité homosexuelle 
et onanisme), 

M, G.,, raconte alors que sou père était une espèce de géant, 
très sévère et très dur à son égard, qui le frappait souvent et 
surtout l'humiliait par des fessées très vexantes. Alors, il 
rêvait de quitter la maison et de partir à l'aventure, dût-il en 
périr, et par ce moyen punir son père. 

Nous faisons observer que cette tendance masochiste comme 
moyen de domination doit être évitée au cours de l'analyse, car 
elle tendrait à empêcher la guérison pour désarmer l'adver- 
saire (le psychanalyste). M. G... avoue qu'avant de venir en 
France , il a consulté à l'étranger un autre psychanalyste assez 
estimé dans les milieux théologiens, mais qu'il a interrompu 
lui-même le traitement, jugeant qu'il était sans effet, Il a, 
d'ailleurs, conservé pour ce psychanalyste le même sentiment 
de rancune que contre son père. Il les accuse tous deux de lui 
avoir fait peur de la sexualité normale et de l'avoir mené à 
l'impuissance (les fers de lance devant Teau), En fait, son père 
s'est borné, quand il est parti pour la France à l'âge de dix- 
neuf ans, à lui signaler les dangers des relations amoureuses 
et lui a conseillé de s'en abstenir- encore quelque temps. Le 
sujet a été touché par ses paroles; une défense péremptoire 
aurait peut-être provoqué une révolte. Il faut remarquer que 
le père, en provoquant une soumission excessive, avait enlevé 
à son fils la confiance en ses propres forces et que les correc- 
tions corporelles y avaient beaucoup contribué. 

À la séance suivante, M* G*., objecte que, dans l'ensemble, 
il 11e croit pas avoir eu de sentiment d'animosité durable contre 
son père, mais il se rappelle une rivalité très nette. Ainsi, son 
père et lui se sont mis, en même temps f à étudier une langue 



.to8 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



étrangère et, à ce moment, M. G..., qui avait alors seize ans, 
s'était promis de le surpasser rapidement (i). 

Il fait les associations d'idées suivantes: 

<( Une lampe à gaz avec un manchon cassé. Une tenaille 
ouverte, dans laquelle passe un anneau. Un étaù ouvert qu'on 
écarte encore en tournant la vis. Dessins d'enfant. Avion. 
Echelle. Une jeune fille se balance: on aperçoit ses seins par 
réchancrure de son corsage. Poupée nègre avec une grande 
bouche ouverte, des yeux écarqtiîllés. Gros doigts. Serres d'un 
râpa ce s 'enfonçant dans une branche. Girouette en forme de 
crois . Une jeune fille se baigne, dans un ruisseau, avec de 
beaux cheveux dénoués, dans une attiude très chaste; une 
main s'avance et lui pince le sein. Une femme crucifiée. Elle 
se change en homme. Le Christ du dôme des Invalides. Pots 
de fleurs remplis de terre noire, )> 

Interprétation. — La lampe au manchon cassé symbolise 
encore l'impuissance. La tenaille et Tétau sont des emblèmes 
féminins f l'avion et l'échelle (élévation, érection) des emblèmes 
masculins; entre les deux se place l'interprétation enfantine 
(dessins d'enfant)* La jeune fille qui se balance et dont on 
aperçoit la poitrine exprime cette curiosité d'enfant à l'égard f 
du coït, Les images suivantes ont trait à la même représenta- 
tion (poupée à bouche ouverte et gros doigts, serres qui s'en- 
foncent, croix). La main qui pince et surtout la crucifixion de 
la femme indiquent que des éléments sadiques se sont ajoutés 
à cette représentation. Considérant, inconsciemment, la sexua- 
lité comme une cruauté, le sujet, des son enfance, s'est dé- 
tourné de la femme et a voulu ne s'adresser qu'à l'homme (la 
femme crucifiée se change en homme). Il en est résulté pour 
lui une infériorité (impuissance, Invalides) et des tendances 
homosexuelles, car il est vraisemblable que les pots de fleurs 
deviennent ici une figuration anale, 

Au sujet de cette interprétation, M. G.*., qui n'avait pas 

(i) Le père est un homme vraiment supérieur mais affligé d'un com- 
plexe d'infériorité. Le fils a pu penser : « Mon père n'a pas une liante opi- 
nion de lui ni de moi. Comme je ne saurais l'égaler, je ne serai donc bon à 
rien ». Ce sentiment est apparu à la puberté et a progressé avec la névrose- 
Avant la puberté* le sujet se sentait phi tôt supérieur qu'inférieur à ses 
petits camarades. 



V*4***« 



JNFEKIORITÉj HOMOSEXUALITÉ; CASTRATION* 509 



encore dit un mot sur sa mère > raconte que celle-ci est ln^sté- 
rique > querelleuse, menteuse et qu'elle a rendu son mari, 
comme d'ailleurs ses enfants, très malheureux. Il a compris 
très jeune que le mariage est une chose grave et dangereuse. 
M, G-., s 'aperçoit que, malgré tout, il aime encore sa mère, 
quand il se trouve loin d'elle. Cette mère avait coutume de se 
poser en victime et se révoltait vraisemblablement, en son for 
intérieur, contre son rôle de femme,, Elle parlait de ses mater- 
nités comme d'une chose très pénible (d'où les représentations 
sadiques dans les conceptions infantiles). 

Quant aux tendances homosexuelles, M. G.., raconte qu'à 
l'âge de dix ans, il a été initié par des camarades aux mystères 
de la sexualité* L'un d'eux lui à montré l'accouplement d'un 
bouc et ils ont observé, avec curiosité, la reproduction des 
pigeons. Très frappés par ces dernières constatations, les 
enfants ont voulu jouer aux pigeons après avoir construit un 
nid imaginaire. « Il s'y mêlait, dit le sujet, quelque excita- 
tion. » Par ailleurs, il y eut un essai de réalisation pédéras- 
tique^ à r instigation d'un camarade plus âgé, chacun se prê- 
tant alternativement au rôle actif et au rôle passif. 

Nous insistons sur l'ambivalence à l'égard de l'imago mater- 
nelle pour expliquer la peur inconsciente delà femme, le rôle 
inhibitif des représentations sadiques, le renoncement à la viri- 
lité et nous suggérons que l'impuissance actuelle , au lieu d'être 
un résultat, pourrait aussi être un prétexte, pour ne pas ré- 
soudre la question sexuelle. Nous montrons que Fidéal de 
chasteté abrite des complexes inconscients. Le sujet admet que 
cet idéal éthique, inculqué par l'entourage^ a été renforcé par 
s^s expériences infantiles conscientes et inconscientes et que, 
celles-ci Tayaut rempli de dégoût, c'est un peu pour se punir 
qu'il a fait vœu de chasteté. Enfin, nous indiquons la valeur 
psychique que peut présenter le symptôme constipation (éro- 
tisme anal), 

A partir de ce point de l'analyse, M. G... commence a se 

sentir « allégé ». Il déclare que Taveu de ces expériences infan- 
tiles, fortement réprouvées par la suite , l'a soulagé (ce qui 
. correspond, d'ailleurs, particulièrement à ses tendances homo- 
sexuelles, passives et masochistes). Au cours des séances sui- 



510 REVUS FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



vantes, les éléments homosexuels apparaissent plus librement* 
Nous allons résumer quelques-unes de ces séances. 

D'abord, M, G..", appointe le rêve suivant: 

Rêve. - — J'étais à Genève. J'allais voir, efi visite, un de 
mes anciens camarades de lycée. Il habitait un galetas. Il 
fallait monter très haut et l'ascension n'en finissait plus. Je 
devais pénétrer chez lui par un trou, en me hissant, et c'était 
très difficile. Il était content de me voir et m'embrassait sur 
les deux joues. Il me reprochait de n'être pas allé le voir plus 
tôt et disait qu'il m'avait entrevu dans une église où j'étais 
seulement entré et sorti. 

Associations d'idées. — Le camarade: Je l'ai connu au 
lycée. Un autre , dont je partageais la chambre, Il venait quel- 
quefois dans mon lit. Le jeu consistait à imaginer que le cama- 
rade était une femme, à le presser et à le lutiner. Il est pro- 
bable que nous avions des érections. Je préférais avoir le rôle 
actif, Ensuite, ceci m'a fait prendre la sexualité en dégoût. 
Ce camarade m'a initié aux secrets de la naissance, A cet âge, 
j'étais un petit sauvage, j'aimais courir dans les champs, déni- 
cher les oiseaux. Un camarade m'avait parlé d'un berger qui 
pratiquait la bestialité et j'avais été tenté d*en faire autant, 
puis j'ai repoussé cette idée et 5 devenu plus grand, je ne pou- 
vais pas voir une jument ou une vache sans éprouver un ma- 
laise. Une fois, un chien mâle que j'aimais beaucoup, et qui 
se trouvait en rut, a saisi ma jambe avec s^s pattes et a com- 
mencé des mouvements d'accouplement; j'ai alors fait entrer 
le pénis du chien dans ma main recourbée et j'ai éprouvé une 
excitation. Puis je me suis enfui avec un sentiment de culpa- 
bilité. A partir de treize anp, j'ai commencé à refouler toutes 
les pensées sexuelles (i)* 

Ascension: C'était l'impression dominante du rêve. Je vois 
une petite automobile en miniature, comme un jouet; ses roues 
de devant. Une fleur montée sur une grande tige en fil de 
fer; la corolle s'effeuille et on ne voit plus que les étamines 

(i) La bestialité a joué un rote important. Le sujet, dans son enfance, 
vivait à proximité des animaux et sa sexualité a été entraînée dans ce sens. 
Il a surtout sexualisé les oiseaux et par la suite, l'ornithologie l'a passjomié- 
II a fait une année de zoologie avant de se consacrer à ses études définitives. 



« • 






INFÉRIORITÉ, HOMOSEXUAUTE, CASTKATION 



5" 



qui sont très grandes. Un caniche sautant à travers un cer~ 
ceau. Un bras soulevant une hache . 

Eglise: Je pense à une grande salle voûtée. Salle de concert. 

Interprétation. — Ce rêve est la reviviscence du désir 
pédérastique infantile* Le rêveur retrouve l 'intimité de ce 
partenaire perdu qu'il regrette (le camarade lui reproche sa 
longue absence), Ici, le rêveur tient le rôle actif, représente 
par T ascension et la pénétration difficile. Notons que l'ascen- 
sion s'associe à des représentations viriles: automobile (puis- 
sance), étammes, élévation de la hache (érection), L 'impres- 
sion d'effort est liée aux idées d'impuissance. Le caniche fran- 
chissant le cerceau représente manifestement l'acte lui-même. 
La pauvreté du galetas symbolise les éléments de dégoût qui 
se sont attachés à ces pratiques. Le rêveur a - été amené, par 
ses rapports avec le camarade en question, à penser an mvstère 
de sa propre naissance; c'est pourquoi > dans le rêve, le cama- 
rade l'a vu entrer et sortir de régli$e (sein maternel). C'est 
aussi l'horreur inspirée par cette idée de naissance qui a amené 
rêveur à l'homosexualité (z). 

Il s'agit ici d'un désir homosexuel actif; nous avions précé- 
demment décelé des tendances passives, Il faut comprendre 
qu'il s'agit ici de deux couches psychiques superposées. La 
plu ancienne est active; mais, pour la combattre et la refouler, 
M, G,„ a, dès son enfance, développé par-dessus des tendances 
passives (masochisme et castration). On peut concevoir que ces 
deux tendances' opposées coexistent â des profondeurs diffé- 
rentes de son inconscient. Il est naturel, dans ces conditions, 
que les tendances passives, développées plus récemment, aient 
apparu en premier lien, 

A une autre séance,. M, G-., au cours des associations 
d'idées, donne une série de symboles phalliques: « Une armure 
avec un beau panache; un arbre de Noël garni d'une étoile en 
papier, à centre bleu (symbole féminin); un éléphant dressant 
ses défenses verticalement; un marteau; un oiseau eu plein vol; 
un crâne de bœuf avec ses cornes; des jumelles de théâtre; une 
sonnette avec le battant qui dépasse; une croix; des grappes de 



(2) Les représentations homosexuelles conscientes étaient assez récentes au 
début de l'analyse* Auparavant, les pollutions étaient accompagnées d'ima- 
ges hétérosexuelles. 



512 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

raisin; une botte avec un éperon; un cocher avec son fouet; un 
robinet, etc.*. » 

Nous insistons sur le côté sexuel masculin de ces représen- 
tations et sur les tendances passives qu'elles semblent indi- 
quer, À ce sujet, M, G,„ reconnaît qu'il doit perpétuellement 
lutter contre sa timidité: il n'ose jamais se mettre en avant,, 
liésite à aborder un marchand > se montre toujours trop conci- 
liant. Il reproduit vis-à-vis de tous ses partenaires sociaux le 
sentiment de crainte et d'infériorité ressenti devant son père- 
quand il était enfant. La tendance éprouvée alors était plutôt 
une soumission qu'une révolte, parce que son père savait se: 
faire aimer. M* G.", dit, en effet, qu'il a gardé quelques bons 
souvenirs de ses rapports avec son père. Il se rappelle avoir- 
habité seul avec lui dans une pension pendant que ses sœurs* 
avaient une maladie contagieuse et avoir été, là, particulière- 
ment heureux. Son père lui avait donné des c raj^ons de couleur 
auxquels il tenait beaucoup. Son père le battait fort, mais tou- 
jours justement et, quand il l'avait par hasard corrigé à tort,, 
lui demandait pardon de son erreur. « Alors, dit M. G...,, 
j'étais très fier, je m'enveloppais dans mi manteau d'orgueil, 
mais ces excuses paternelles me faisaient fondre le cœur. » 

L'attachement affectif à l'homme puissant qui le battait,,, 
l'humiliait, devait développer une attitude de soumission, de 
passivité, de masochisme. La fessée devenait aussi un moyen 
de sensibilisation homosexuelle, M, G.-, reconnaît que, récem- 
ment, il lui arrivait, en parlant à des hommes, d'être tenté 
sensuellement par leur bouche et d'avoir envie de les eifF 
brasser. 

Cependant, M. G.-* a fait connaissance, en Suisse, d'une 
jeune fille pour laquelle il éprouve une certaine attirance, 
« Hier, dit-il, j'ai senti comme un élan vers elle. D'ailleurs, 
je cherche à m 'affranchir et, ces jours-ci, j'ai pu regarder les 
femmes sans malaise, mais aussi sans désir, n 

Quelques jours après cet aveu, M, G.., arrive en retard à 
une séance et déclare: « J'ai maugréé contre vous* Je vous ai 
fait les aveux qui me coûtaient le plus et vous eu cherchez 
plus qu'il n'y en a. Vous faites des hypothèses, vous tâtonnez, 
vous n'êtes sûr de rien. Je n'ai jamais eu de sentiment d'infé- 
riorité, étant enfant; d'ailleurs, à l'école, j'étais toujours parmi 



INFERIORITE/ HOMOSEXUALITE/ CASTRATION 513 

. _ — . . ^ . sh , ; 

les premiers. Ensuite, pourquoi insistez- vous sur le complexe 
d'homosexualité? Sans doute, j'aimais mon père et mon frère 
plus que nia mère et mes soeurs et j'embrassais souvent mon 
jeune frère, mais il n'y a jamais eu de sexualité là-dedans. 
Ouand le désir sexuel s'est clairement éveillé en moi, il s'est 
tout de suite porté vers les femmes et il a été très violent. 
C'est récemment seulement que le dégoût s'est manifesté, » 

Il faut répondre à M, G... que cette révolte soudaine contre 
les interprétations psychanalytiques ne concorde pas avec tout 
ce qu'il' a lui-même reconnu précédemment; que son complexe 
d'infériorité -se traduit par sa timidité habituelle et qu'en ce 
qui concerne l'homosexualité, il l'avait nettement pratiquée 
au moins une fois, à onze ans, sur l'instigation d'un camarade 
plus âgé. Une telle révolte est donc insoutenable logiquement, 
mais elle s'explique très bien affectivement. Elle représente, 
grâce au transfert paternel opéré sur le psychanalyste 3 l'éclo- 
sioii'des sentiments de révolte refoulés et comprimés dans l'en- 
fance. Cette éclosion n*est devenue possible que grâce à la 
prise de conscience des éléments de refoulement, examinés 
aux séances antérieures et réalise d'ailleurs une réaction favo- 
rable, une manifestation d'agressivité et de virilité. 

« Il est vrai, reprend M. G,.,, que je me sens plus viril. 
Ainsi, hier, je suis entré dans un dancing, mais avec un sen- 
timent d'angoisse, comme si j'allais faire une vilenie. Il me 
semblait, que toutes les femmes que j'allais y trouver seraient 
d'horribles prostituées. J'en ai trouvé un certain nombre 
assises à des tables, l'attitude assez raide et hautaine. Ceci 
m'a rappelé les femmes de mon pays et m'a encouragé. Leur 
regard sur moi était plutôt hostile et cela m J a mis à Vaise. 
J'étais là depuis quelques instants, quand une femme est 
entrée, plus belle que toutes les autres, grande, blonde, aux 
yeux bleus. Elle s'est assise seule à une table et a fumé. J'ai 
alors fait un effort pour vaincre ma timidité et j'ai dansé le 
premier avec elle. Elle a aussi dansé avec d'autres jeunes 
gens, mais, quand elle est sortie, après de longues hésitations, 
j'ai fini par 1* aborder, et finalement je l'ai accompagnée chez 
elle en taxi. Nous devons nous revoir, » 

Après ce récit, M. G..., conscient de ses résistances préala- 
bles, reconnaît que son agressivité passée devait être un trans- 



514 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



fert: son acte de virilité devait coïncider avec une hostilité 
contre le rival imaginaire, l'image paternelle fixée sur le psy- 
chanalyste. 

RÊVE L —Je vais acheter des chaussettes dans un magasin 
de soldes. Je ne peux, me décider* Les gens, autour de moi, 
enlèvent toute la marchandise. Je reste seul. J'aperçois de gros 
bas de laine comme on en porte en Suisse pour les sports 
d'hiver. Je les achète. Ensuite, je patine, mais je n'avance 
pas très vite, 

ASSOCIATIONS- — Chaussettes: En ce moment, j'en aï 
besoin. Je voulais les acheter en soie, dans ce rêve, mais je 
n'arrivais pas à me' décider. Je vois maintenant une épaulette 
d'officier, une brosse, une lampe, un engrenage de roues, des 
pédales, une bicyclette. 

Bas de laine; Chaussures de ski. Jambes, jambes de femtue, 
trous du soulier où passent les lacets de cuir. 

Interprétation. — Les chaussettes et les bas sont des svm- 

-h- 

bol es féminins liés, par association d' idées , à des symboles 
d'accouplement (brosse, engrenage, bicyclette). L'article que 
le malade voudrait acheter représente la femme qu'il convoite. 
II sent bien qu'il n'a pas les qualités nécessaires pour conqué- 
rir le genre de femme qu'il estime le plus (chaussettes de soie) 
et qu'il lui faudra se contenter de femmes faciles (magasin de 
soldes). Encore craint- il sur ce terrain de n'être pas le mieux 
servi (les gens enlèvent la marchandise). A la fin, il espère 
trouver une femme simple (bas de laine) qui sache se satisfaire 
de son peu d'ardeur (sports d'hiver). A la fin, il réalise son 
désir sexuel (patiner) , mais avec un sentiment de difficulté. 

RÊVE IL ■ — Je rasais la tête d'un veau. Je déployais une 
grande habileté pour raser autour des cornes sans toucher 
celles-ci, mais V animal avait peur. Il était très chatouilleux 
à cet endroit. A la fin, j'étais très satisfait d'avoir réussi. Le 
savon moussait. 

Associations* — Veau: Un veau qui se lèche la narine. 
Museau noir et humide. Un grelot au cou du veau. Il se gratte 
V oreille avec une patte* Il soulève la queue pour déféquer. 
Dindon qui fait la roue. Une allée du Jardin des Plantes. 

Raser: Clef. Anneau de clefs, cadenas, chaîne. Un doigt 
passe dans l'anneau. Une main serre l'anneau - 



-Mfc, 



INFERIORITE, HÛMOSEXtMUTE, CASTRATION ^515 



^r-m^m^m^ 



Cornes: Manche en os. Manche de parapluie croise avec un 
autre. Canne, 

Interprétation* — N'ayant pu obtenir plus d'associations 
nous avons éprouvé quelque difficulté à interpréter ce rêve îe 
jour racine. Nous avons pensé, en raison du savon qui mousse, 
à une représentation de coït ou d'onanisme, réussi malgré 
l'image de castration (rasoir)* Quelques jours après, M, G,., 
raconta qu'étant enfant, à la campagne, il s'était beaucoup 
attaché à une génisse et qu'ayant vu, plus tard, cette génisse 
«conduite au taureau, il avait été très épouvanté de la' scène. Il 
lui arrivait, par la suite, "d'avoir des cauchemars au coux*s des- 
quels il était poursuivi par un taureau. 

Dès lorsj le rêve devint intelligible. M- G,., se représente 
lui-même, enfant, sous les traits du veau (ou de la -génisse 
avec laquelle il s'est identifié dans la vision de l'accouple- 
ment). Raser devient ici un symbole de castration. Il est ques- 
tion de renoncer en partie à la virilité et développer une sexua- 
lité passive, Cependant, le rêve spécifie qu'il ne s?agit que 
d'un compromis, car les cornes (symbole mâle) sont -respec- 
tées. Nous voyons ici un désir ambivalent de conserver cer- 
tains apanages de l'homme, tout en prenant une attitude pas- 
sive par ailleurs. Il est probable que ces apanages sont en rap- 
ports avec une tendance onanîste latente (le veau se gratte 
l'oreille, se lèche la narine 1 secoue son grelot; le dindon. fait 
la roue), nuancée d'érotisme anal (défécation). 

Quelques jours après cette séance, M. G*., raconte qu'il a 
revu la jeune fille du dancing et l'a emmenée au théâtre. Puis 
il l T a embrassée et a obtenu d'elle un rendez-vous dans un 
hôtel pour la fin de la semaine. « Depuis, dit-il 1 je suis con- 
tent et j'ai retrouvé du courage, » La nuit, il a fait des rêves. 

Rêve I. — J'étais cité devant un tribunal et je plaidais 311a 
cause avec beaucoup d'ardeur* Un monsieur, d'apparence très 
correcte, disait qu'on ne devrait pas permettre des blas- 
phèmes de sectaire comme ceux dont je mutais rendu coupable 
et il ajoutait: « D'ailleurs, ces gens sont inférieurs et bons à 
rien. >j Alors, je bondissais sur lui, mais, en approchant, j'étais 
si las que je pouvais à peine remuer* Le monsieur, ensuite, 
s'approchait de moi et nie posait des questions sur la gram- 
maire, comme pour mesurer mes capacités intellectuelles. Je 



5*6 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



me sentais les idées troublées, mais je pouvais répondre assez 
bien ; je nommais les éléments de la phrase et je remportais une 
demi -victoire en déclarant que c'est le verbe le plus important. 

Associations, — Tribunal; Pour me' juger, juger ma né- 
vrose. Le neurasthénique fait figure d'inférieur et doit se 
justifier. 

Le monsieur correct: Morale bourgeoise contre laquelle je 
me révolte* Un médecin que j'ai consulté, pédant et incom- 
préhensif. Un ennemi pour moi. 

Blasphème: Attentat à la tradition, à la morale. J J ai lu un 
livre où le neurasthénique est décrit comme un être insuppor- 
table, tyrannisant son entourage. 

Ces gens sont inférieurs: « Mon sentiment d'infériorité. » 

Grammaire: Une étude dont je me suis occupé en étudiant 
l 'arabe. Orient. Voyage, Locomotive. Mouvement du piston. 

Verbe; L 'action , la réalisation, la femme. Le verbe s'est 
fait chair. Pelle et balai. Fourchette et couteau. Marteau, le 
manche passe à travers le marteau. 

Interprétation. — Ce rêve exprime une lutte contre le 
sentiment d'infériorité. Pour y échapper, le sujet doit l'ana- 
lyser (le juger). Il doit d'abord lutter contre l'éducation pater- 
nelle et blasphémer contre ses principes (refoulements). II 
voudrait attaquer de front le rival (père-médecin), mais ne 
peut garder cette attitude virile; il doit se contenter de lutter 
par des moyens passifs (réponses aux questions). Il arrive tout 
de même à proclamer avec succès son désir de sexualité (le 
verbe s'est fait chair, les couples: pelle-balai, fourchette-cou- 
teau, manche-marteau). 

Ce rêve montre encore, par l'allusion au médecin îucompré- 
hensif, un transfert d'hostilité qu'il faut rendre conscient. II 
exprime, à titre de reviviscence, le désir de trouver une com- 
pensation intellectuelle à l'infériorité évidente devant la force 
physique du père. Le cai'actère négatif de la victoire rempor- 
tée est loin d'être satisfaisant. 

RÊVE II* — J'habitais un trou dans la terre avec un Cama- 
rade juif déshérité. Il faisait la cuisine. Il me montrait ma 
casquette sur un tas d'ordures et la prenait au bout d'un bâton 
pour la jeter. Je voulais la garder. 



h l 



■JV^B^-^a^^^^^na 



INFERIORITE, HOMOSEXUALITE, CASTRATION ' 517 

Associations. — Trou dans la terre: Une poêle avec sa 
queue. Malle en tr' ouverte. Serrure, 

Camarade juif: Un ancien camarade d'études 3 très malheu- 
reux, timide, névrosé. À cette époque, j'étais" si, déprimé que 
j 'ai comparé' son sort au. mien. J'ai- pensé qu'il devait être 
homosexuel, parce qu'il s'était pressé contre moi d'une ma- 
nière douteuse, à deux ou trois reprises, Nons avons travaillé 
tous deux à l'organisation d'une bibliothèque. 

Faire la cuisine: Vile besogne. Une cheminée avec de la 
fumée. Un encrier ouvert plein d'encre noire. 

Casquette, képi, galons: J'y vois maintenant deux bran- 
ches de laurier, formant couronne. Il la soulevait en l'air sur 
son bâton . Fiole bouchée avec une marque laissée sur le bou- 
chon par le tire-bouchon. 

Interprétation . — Ce rêve exprime nettement la passivité 
homosexuelle. Le trou dans la terre symbolise Térotisme anal, 
que le sujet partage avec l'ancien camarade. La misère, 
comme la terre, réA r èle le côté déplaisant et malpropre de ces 
images- (fumée dans la cheminée,, encore dans l'encrier). Dans 
ce rêve, le rôle actif est laissé au camarade (faire la cuisine, 
étendre le bâton). La casquette représente deux éléments con- 
traires: la passivité sexuelle, toujours associée â ridée de mal- 
propreté (tas d'ordures), mais aussi la puissance active {képi, 
galons). L'image onirique traduit cette pensée: Si j'accepte 
ce rôle passif, je perds ma virilité (le képi est jeté). Ici encore, 
il y a un désir de compromis (garder la casquette). 

Il est évident que M. -G... est préoccupé par l'épreuve de ses 
capacités sexuelles qui doit être tentée dans quelques jours. 
Les rêves ne montrent pas beaucoup d'assurance. Le lende- 
main j il apporte ce nouveau rêve: 

RÊVE, — Ma nouvelle amie voulait absolument que je lui 
achète un cadeau pour notre premier rendez- vous. Je refusais. 
Alors, elle devenait petite, laide, antipathique. Nous prenions 
l'autobus pour aller à l'hôtel. Il y avait beaucoup de inonde. 
Kn arrivant, j'avais gardé, sans faire attention, un torchon 
provenant du moteur de l'autobus et j'avais oublié de payer le 
conducteur. J'allais réparer ces erreurs et je rentrais dans 
l'hôtel; mon amie était redevenue belle et je. m'en réjouissais. 



^nw^^^^^p 



^iS REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



'J'avais alors mie altercation avec un inconnu que je secouais 
par son col .avec beaucoup d'arrogance. 

Associations. — Cadeau: Un bouton électrique, Un couple 
enlacé. 

Àitiobits; Le volant de direction. Une grande corbeille à 
linge. De la terre et une fleur dépotée. Poupée de modiste. 
Ruban rouge. Une clef. Un homme ou une femme^ encapu- 
chonné, avec un livre qu'il élève. 

Torchon : Essuver. Vin. Bouteille de vin. Encrier. La 
Vierge à l'enfant. Fenêtre de cathédrale. Barreaux, Ferme- 
ture de fenêtre. 

Altercation; Pattes d'un cheval au galop. Un soldat jouant 
du clairon. Œufs d'oiseau dans une boîte. Lion héraldique 
avec une grande langue rouée. 

Interprétation. — Le cadeau représente l'acte sexuel 
(étreinte du couple et sensibilité, bouton électrique). M. G... 
a des répugnances à l'accomplir. Il s'en console en dénigrant 
la femme (l'amie devient laide). C'est aussi parce qu'il est 
hanté par l'image d'une femme antipathique (mère) qu'il ne 
peut en être capable. L'autobus représente la puissance, la 
brutalité /la vulgarité (beaucoup de monde) de l'accouplement. 
La fleur dépotée est peut-être un symbole de défloration ; 
l'homme encapuchonné un symbole combiné d'érection et de 
préservation. La même crainte de fécondation s'exprime par 
le torchon du moteur, le désir de voyager gratuitement et par 
le refus de laisser un cadeau à la femme. L'altercation avec 
l'homme est un désir de puissance, une rivalité qui s'affirme 
contre le concurrent (mieux que dans les rêves précédents). 
Le rêve peut se traduire ainsi: Je supporterais bien la rivalité 
centre l'homme, mais la possession de la femme m'épou- 
vante. L'altercation peut, d'ailleurs, prendre encore la valeur 
d'une satisfaction homosexuelle ou masturba toire. 

M. G^.. reconnaît qu'il aurait de fortes répugnances à 
accomplir une défloration et que l'idée d'une fécondation pos- 
sible le ferait reculer* Tout petit, il a imaginé ces choses 
comme extrêmement pénibles pour la femme (sa mère se plai- 
gnait toujours de son rôle féminin; il avait eu horreur de l'ac- 
couplement du taureau), et ceci a contribué à le détourner de 
la virilité. 



VHP 



INFÉRIORITÉ, HOMOSEXUALITÉ, CASTRATION 



519 



Le rêve de la nuit suivante n'est guère plus rassurant sur 
ses capacités amoureuses actuelles. 

Rêve, — Je voyageais en automobile avec une jeune fille- 
dont les jambes étaient paralysées. Nous passions près d*un 
fossé. J'imaginais l'auto culbutant dans ce fossé et j'avais- 
peur. Je me demandais aussi si, dans le cas où l'auto capote- - 
rait, nous pourrions , le chauffeur et moi, la soulever. Ensuite, 
nous nous engagions sur une côte presque à pic, La voiture 
finissait par dévaler en arrière et s'arrêtait. Alors, j'emportais 
la petite impotente dans mes bras et la déposais sur un lit. Elle 
me disait: « Si j'avais été découverte > tu te serais aperçu que- 
je suis victime d'un affreux péché. » Je pensais à l'onanisme* 

Associations. — La jeune fille; Je ne sais qui elle peut, 
être. 

Paralysée: Un vieillard paralysé que j'ai aidé à soigner à 
Lyon. Je suis aussi paralysé par ma névrose. 

Automobile: Pendule avec figurines jouant du clairon. Balan- 
cier, TJn coucou sort. Main bandant un arc. La flèche part. 
Sonnerie électrique. Battant de la sonnerie. 

Le chauffeur: Il vous ressemblait. 

Porter dans ses bras: Sacrifice. Vous m'avez dit que je suis 
incapable de me donner aff activement. Je ne pourrai jamais 
rendre une femme heureuse, â cause de ma neurasthénie. Je 
suis pourtant affectueux et il me semble que j'ai de la ten- 
dresse à dépenser. 

Dans un lit: Lit très bas, lit d'enfant. 

Pêche affreux: Onanisme. Main soulevant le couvercle d 'une 
bonbonnière. Main trempant une éponge dans une assiette. 
Mouches sur l'éponge. Un petit enfant. 

Interprétation. — La course en auto représente l'acte 
sexuel. L'idée d'impuissance est reportée sur la femme. L'acte 
sexuel expose à un danger, est Hé à une angoisse que le psy- 
chanalyste (chauffeur) ne pourra peut-être pas surmonter. 
L'idée d'impuissance est en rapport avec l'onanisme. Ce rêve 
laisse à supposer que M, G..,, enfant, a refoulé de fortes ten- 
dances à l'onanisme et a 5 de cette manière, développé l'idée 
d'impuissance, pour échapper aux sollicitations sexuelles 
qu'il redoutait. Les associations d^idées' concernant le péché 



* 



520 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

affreux ont aussi trait à la fécondation •(pullulatïon des mou- 
ches, enfant)* 

Le surlendemain, M. G.,, raconte qu'il s'est rendu sans 
entrain au rendez-vous amoureux. L'acte sexuel n'a pu être 
consommé complètement, parce qu'au moment décisif, M. G... 
a été « pris de peur ». Malgré cela, la jeune femme se serait 
déclarée satisfaite et aurait promis de revenir une autre fois. 
L'insuccès n'en a pas, moins affecté M. G.,,, qui a essayé, la 
nuit suivante, de compenser par un rêve; 

RÊVE. — J'étais invité à une soirée avec quelques artistes, 
dont le peintre H. (t A un raur > je voyais accroché un médail- 
lon de E.... Je disais; « E«.. aussi était un artiste ! » Il y avait 
une jeune fille et j'avais l'impression qu'elle était ma fiancée. 
Je voulais l'entraîner avec moi et elle finissait par céder, après 
des résistances. 

Associations. — Soirée: Mondanités. Relations sociales. 
La vie. Rapports entre les sexes. 

Artistes: J'aurais rêvé de faire de l'art en même temps que 
mon métier. 

Le peintre H...: Je l'ai admiré et envié, pour sa vie libre, 
agréable^ facile. 

Le médaillon de E...: E... est le fondateur des études que 
je poursuis. C'est un modèle, un maître. Je pense à mon pro- 
fesseur de Genève, si bienveillant pour moi. 

Interprétation. — Le rêveur réalise son désir d J être 
artiste, c'est-à-dire d'avoir une vie libre et sensuelle. Il se 
fait l'égal du peintre H..., qu'il reconnaît par ailleurs comme 
un idéal de virilité. Il veut aussi égaler E..., l'ancêtre, l'image 
paternelle qui « était aussi un artiste » et aspire à prendre sa 
place. La deuxième partie du rêve indique directement qu'il 
désire être viril auprès des femmes tout particulièrement. 

M. G... fait ensuite des associations libres: 

« Une cigogne (naissance, sexualité). Une petite poupée qui 
se balance (idem). Un cheval attelé à une charrue qui fend le 
sol (acte sexuel avec idée de puissance et de défloration). Une 
main tenant un crayon. Un vaporisateur (érection, éjactda- 
iion, onanisme). Un portail surmonté d'un blason, avec une 
guirlande de roses (image féminine). Ciseaux coupant un lacet 
(renoncement t rupture , castration). Bicyclette ancien modèle 



INFÉRIORITÉ;, HOMOSEXUALITÉ f CASTKATION 521 



(fixation affective ancienne). Gibet avec un chien pendu, 
■chaîne et carcan de fer; fermeture du carcan (castration). Un 
balai balayant l'intérieur d'une église (fixation libidinale 
maternelle). » 

On peut les interpréter ainsi: a A l'occasion d'un accouche- 
ment, M. G.*-, dans son enfance, a compris l'acte de la fécon- 
dation et le problème sexuel. Il a éprouvé des désirs d'ona- 
nisme et de relations sexuelles normales, mais ceux-ci ont 
abouti à un refoulement eu raison de leurs tendances inces- 
tueuses. Il en est résulte un désir de castration. 

Cette fixât 1021 maternelle serait donc antérieure à la phase de 
détachement et d 'éloignemént que M, G... peut seule se 
rappeler consciemment. Il n'a porté son attention sur les dé- 
fauts maternels que peur se libérer d'une fixation libidinale 
Son homosexualité n'est qu'une réaction secondaire à une 
.fixation maternelle primitive. 

Interrogé sur ses premières impressions concernant les dif- 
férences de sexes , M. G,,, répond ne pas se rappeler grand 1 - 
chose de précis. Il fait la série d'associations d'idées suivante: 

a Une montre (montrer, voir, curiosité) dessinée sur un 
tableau noir d'école (dans V enfance). Les deux aiguilles de la 
montre ; il est 3 heures {verticale et horizontale > accouple- 
ment). Le tableau noir est suspendu à des crochets qui ont 
abimé le mur (défloration). Une libellule aux ailes transpa- 
rentes. Ailes arrachées. Crabe. Pinces de crabe. Un gâteau 
rond dont on a coupé un secteur avec un trou au milieu (cas- 
îratîon). Charcuterie, tranches de saucisson (idem). i> 

Il est vraisemblable que M. G.,, a supposé, dans son enfance, 

-que le sexe féminin était dépossédé par violence de l'attribut 

masculin et qu'il en est résulté une certaine crainte de subir 

un sort semblable '(points de départ de l'orientation homo- 
sexuelle)* 

A la séance suivante, M. G,., dit qu'il a réfléchi â la nais- 
sance de ses deux soeurs et que, sans rien se rappeler, il prend 
conscience qu'il y a eu là une révélation. Il se souvient que 
=sa mère, en lui expliquant la naissance, lui avait dit que c'est 
douloureux pour la femme. IL se demande si elle ne lui en a 
pas parlé, aiors qu'il était tout petit, De là l'image du tableau 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE T 

1 _■ _ _ _ '■ * 



^m* 



522 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

noir. II a eu l'impression d'avoir été sexuellement le. bourreau 
de sa mère et, par là, s'est détourné de la sexualité. 

Un nouveau souvenir lui revient: Tout petit, alors qu'il cou- 
chait dans la même chambre que ses parents, il s'est levé une 
nuit pour uriner et a tenu longtemps son pénis à la main. Ses 
parents se sont précipités pour voir ce qu'il faisait et il a 
compris qu'il y avait là quelque chose de dangereux et de 
défendu. Plus tard, sa mère lui a fait allusion à la nécessité 
d'éviter l'onanisme. Il n'aurait, d'ailleurs, jamais osé le faire ,, 
et, quand } à vingt-sept ans^ il lui est "arrivé d'être torturé la 
nuit par des idées erotiques, il se jurait de ne jamais succom- 
ber à ces tentations. 

M. G... vient d'écrire à son père et à son ami théologien des 
lettres très violentes, les accusant de l'avoir mené à la névrose 
et à T impuissance par leurs principes faux, (Les résistances, 
symptôme d'un retour à la combativité virile, se sont dirigées 
vers leur objet initial, le père). Il leur a annoncé, comme un 
défi, qu'il se faisait psychanalyser. 

Quelques jours plus tard, M. G. + + fait une série de rêves; 

RÊVE L — Je suis avec quelques personnes, dont M. D..-. 
et nue jolie femme inconnue, à laquelle je m'intéresse. Je parle 
de la thèse de doctorat de mon père; je dis que la thèse a eu 
la note maxima, mais que la défense a été moins bonne. 

Associations. — M . D...: Il a un bon jugement, un goût 
sûr. Il me ressemble par sa timidité. Il est plus efféminé que 
moi* Je pense lui succéder à sou poste. 

Thèse: Affirmation, Puissance, Virilité, 

Interprétation. — Il s'agit d'être viril comme le père 
auprès des femmes (la jolie femme à laquelle M. G,,, s'inté- 
resse) et auprès des hommes, pour soutenir la rivalité (rendre 
M. D.,, plus timide, plus efféminé, prendre son poste). Pour 
cela, il faut suivre l'exemple du père, car sa conduite (sa valeur 
sexuelle) est excellente (note maxima), mais ses principes 
pédagogiques, ses prohibitions de 3a sexualité (défense) ne 
valent pas grand 'chose, 

RÊVE II. — Je fais partie d'une troupe d'acteurs habillés à 
la grecque et nous répétons une pièce de grand apparat en 
plein air- Il y a des décors magnifiques, un château notam- 
ment. L'auteur, une femme, assiste à la représentation, tenant 



INFERIORITE, HOMOSEXUALITE, CASTRATION 



523 



à la ma in une sorte de houlette* Nous faisons des exercices de 
gymnastique et je fais comme les autres, tant bien que mal. 

Associations. — Acteurs: Agir, agent, tenir un rôle. 

A la grecque: Homosexualité. Hermaphrodisme* 

Houlette: Berger. Diriger, Conduite. 

Gymnastique: Vie physique, organique, sexuelle. 

Femme-auteur: Ma mère. 

Interprétation. — « J' arriverais à me comporter sexuelle- 
ment d'une manière satisfaisante, si les différences sexuelles 
étaient atténuées et si, notamment, la femme pouvait tenir le 
rôle actif. » Ou encore: « Si je suis un jour obligé d'être homo- 
sexuel (faire des exercices à la grecque), ma mère (la femme- 
auteur) y sera pour quelque chose. » 

Rêve III. — Je vois Mozart, âgé de huit ans, jouer du piano 
et diriger un orchestre invisible. Je remarque que sa main est 
trop grande pour son âge. 

Associations. — Main: Onanisme, Je vous ai dit que, tout 
petit, en urinant, j'avais des érections qui inquiétaient mes 
parents . 

Interprétation. — « J'étais un enfant prodige; je me suis 
éveillé trop tôt à la sexualité; j'avais des penchants masturba- 
toires trop précoces. » Le désir latent est un vœu de puissance 
(être génial comme Mo2art). 

RÊVE IV- — Je suis professeur. Je pense que j'ai aussi à 
surveiller les élèves. Un élève arrive avec une jambe malade 
et demande à rentrer chez lui, La blessure me semble vilaine, 
mais un collègue affirme que ce n'est rien. 

ASSOCIATIONS. — Professeur: Une situation que j'aimerais 
avoir. 

L'élève malade: Camarade de collège très débrouillard. 

Blessufe: Maladie de peau. J'ai eu une maladie de peau. 

Interprétation. — « Je ne suis plus un enfant, mais un 
homme; je ne suis plus surveillé, mais c'est moi qui détiens 
l'autorité et le commandement. Les idées de castration que j'ai 
eues dans mon enfance me semblent graves, mais ne le sont 
pas, « 

Un peu plus tard, M. G..., qui n'a plus de nouvelles de son 
amie d'un soir, déclare qu'il a grande envie de s'adresser à 
une prostituée pour ses premières réalisations sexuelles. 



mm*à 



524 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



RÊVE I- — Je me trouve avec M* D... et le doven de la 
Faculté. M. D,„ brille par ses connaissances, fait une forte 
impression sur le doyen et j'en suis jaloux. Il indique sur une 
carte de Grèce une ville, c< Ohayo », ce qui me remplit d'éton- 
nement. Le doyen donne un papier ainsi adressé: « Pas à G.*. 
{moi), mais à D,«., qui a plus de renom, » J'éprouve un sen- 
timent d'infériorité, mais je me console à l'idée que le do\^en 
doit être homosexuel et que sa situation n'est pas enviable. 
Une jeune fille arrive; M, D.-. la captive et je nie sens d'abord 
gêné, mais il se met au piano et je danse avec la jeune fille, 
qui sent l'eau de Cologne. Je me réveille avec une pollution- 
Associations. — M. D.>.: Nous l'avons vu dans un rêve 
précédent. Je me compare à lui et j'envie son poste. 

Grèce: Homosexualité. Nous avons vu déjà des acteurs cos- 
tumés en Grecs. Antiquité* 

Ohayo; Ohio, Ville américaine. Industrie, Virilité, Déci- 
sions rapides (ce qui me manque). Le cri: h Ohé » (allons-y). 
Le salut fasciste: « Ej> ej, alala ! » Les peuples du Nord, autre- 
fois, se saluaient au son de: « Ej », Virilité, 

D,. fJ gui a plus de renom: M. D„, est plus brillant que 
moij mais je crois qu'il souffre aussi d'un sentiment d'infé- 
riorité. 

Le doyen: M, D«,. est mieux vu de lui que moi. 
Eau de Cologne: Parfum, Sensualité, Odeur de vice des 
maisons hospitalières. J'ai mis de l'eau de Cologne pour aller 
à mon premier bal. 

Interprétation. — Le rêveur s'identifie avec M. D... dont 
il envie les succès et le poste. Il voudrait, lui aussi, surpasser 
le père (doyen), et forcer ce dernier à l'admiration. La pensée 
latente est: « Un jeune, malgré sa timidité (D.,,), peut en 
imposer à un vieux (doyen). On peut être puissant et viriï 
(Ohayo) tout en ayant eu, dans le passé, des complexes homo- 
sexuels (Grèce, antiquité). Je dois renoncer aux faveurs homo- 
sexuelles du père (papier du doyen). Si M. D*_ est capable de 
plaire aux femmes, il n 1 } 7 a pas de raison pour que je ne puisse 
faire comme lui, à mon premier essai (eau de Cologne). » 

RÊVE IL — J'étais avec mon père. Nous allions voir 
ensemble un tourniquet hydraulique à une fête de village. 
Interprétation. — Je peux marcher de pair avec l'imago 



rt^ ^ ^*m 



INFERIORITE, HOMOSEXUALITE,. CASTE ATI ON 525 



paternelle pour la virilité (tourniquet hydraulique, symbole 
sexuel). -"_"■'. 

Rêve III- — Un vieillard poinçonnait les billets à l'entrée 
du métro. Je savais qu'il était condamné à mourir. Quand j'ar- 
rivai, il se levait pour me céder la place , mais je l'invitai à 
rester assis. *■ 

Interprétation, — Désir infantile de voir disparaître 
l'adulte qui exerce la sexualité (le père), Désir actuel de 
prendre sa place sans le détruire. 

Ces rêves montrent une tendance victorieuse à prendre la 
place du père et marquent un progrès dans l'analyse. 

Trois jours après. M, G.,, annonce qu'il est allé dans une 
maison de prostitution. Le moment le plus difficile a été d en- 
trer; Le choix Pa couvert, de honte, mais il a pu se ressaisir 
et réaliser un coït normal à tous points de vue. Il a l'impres- 
sion' d'être sorti d'une prison et d'être un autre homme. 

Il a reçu une lettre de son père, l'adjurant d'envoyer le 
psychanalyste à tous les diables, mais le charme de l'influence 
paternelle est "rompu. _ * 

Cette consécration de virilté marque "une amélioration très 
marquée qui se maintient pendant plusieurs séances : « Je 
Crois, dit M. G-.,» que je suis en possession de mes moyens* 
Maintenant, j'aime me mêler au monde et les gens me parais- 
sent plus aimables. *> Cependant, le goût du travail ne revient 
pas, et il ne tarde pas à apporter une série de rêves nuancée 
de sentiments pénibles, ' 

Rêve I, — J'avais un petit serin en cage. Il était déplumé, 
chancelant, près de sa petite baignoire, le bec dans l'eau et 
je pensais qu'il allait mourir. J'étais angoissé. 

Associations, — Serin: J 'aimais les oiseaux étant petit. 
Les nids. Les couvées. Ces souvenirs reviennent quelquefois 
dans mes rêves. Je vois une patte soulevée, comme d'un oiseau 
mort. Cette patte devient une main avec des bagues. La pierre 
de la bague est tournée vers l'intérieur de. la main. Alliance, 
Main de femme. 

Petite baignoire: Un bassin avec des salamandres qui me 
dégoûtaient. Quelque chose de flottant. Cadavre gonflé. Ani- 
maux décomposés au bord de la mer, Roseaux, Barque avec 
rames. Plage, Traces <T un pied d'homme. Le gros orteil est 



^^^ 



526 REVUE FRAKÇAISE DE PSYCHANALYSE 

^ ™ ■"■ «-■ ■ ^ ^ ^ ™— ^^^^— ^^^^— — 

disposé chez moi comme chez mon père, Chez lui, tout est 
gigantesque. 

Cage: J'ai vu un rat en cage. Il grimpait aux barreaux. Une 
patte dépassait. Forme d ? un pied d'enfant- Fourchette, Ra- 
tièi'e. Dans la ratière, un petit jambon. Chair rouge. Je ne sais 
si la fourchette est enfoncée dans le jainbom Plage. Mer, Forêt. 
Une barque flotte avec ses deux raines trempant dans l'eau. 

Interprétation* — Le serin en cage ^st un enfant dans le 
sein maternel (souvenir d'enfance, pied d'enfant, chair rouge)* 
Une sœur est née à M. G.,, pendant son enfance et bien qu'il 
n'ait pas de souvenirs conscients, le rêve indique qu'il s'est 
représenté cette naissance. Il n'est pas impossible qu'un for- 
ceps ait été nécessaire (la fourchette saisit le jambon dans la 
ratière). Or» le rêve exprime un désir de mort; il aurait sans 
doute voulu être débarrassé de cette sœur qu'il a regardée avec 
dégoût (salamandres, animaux décomposés au bord delà mer). 
Il a compris le rôle joué par le père dans cette naissance (traces 
d'un pied d'homme) et il y a vu une puissance extrême (gi- 
gantesque) par rapport à ses propres moyens (le gros orteil est 
semblable, mais plus petit). 

Le rêve exprime cette pensée: L'enfant nouveau-né aurait 
dû rester dans le sein de sa mère (cage), dans les eaux de 
Tanin ios (baignoire) et y mourir* Cependant, la patte de l'oi- 
seau devient une main de femme portant l'anneau ; cela ne 
signifie-t-il pas que la sœur a grandi et a révélé ses possibilités 
féminines ? La moindre affection que M. G*., a pour ses soeurs 
n'est-elle pas la compensation d'une fixation affective qui 
aurait fait refouler le désir de mort en y ajoutant l'angoisse? 
L'inceste après le vœu criminel? 

. RÊvE IL - — J'avais une espèce de fouine très longue* Elle 
était gravement blessée , avait la tête presque enlevée. Il me 
semblait que c'était par ma faute* Son agonie se prolongeait. 
Elle se faufilait dans du foin que j'avais mis pour la réchauf- 
fer. Je croîs qu'elle est morte à la fin. 

Associations. ■ — Fouine: Deux skis l'un dans l'autre. 
Symbole d'accouplement. J'ai sexualisé ce sport du ski. Pour 
moi, il est voluptueux de glisser sur la neige blanche, on s'y 
enfonce, tout est ouaté. Mes sports favoris sont le ski et la 
natation. 



-■!..'■■ ., ■,.-■:." , . \ ■ . . , . , -■ . . ■ ' ( 



■* ■ "* 



INFERIORITE, HOMOSEXUALITÉ, CASTRATION 527 



P^^"^^*^h^^m^^J 



Foin; Nourriture. Pâturage, Paix des prairies. Vaches lai- 
tières. 

Interprétation, — Ce rêve se relie au précédent par l'image 
d'un animal captif qui meurt, mais ici la note affective semble 
être différente. Ce n'est plus l'enfant concurrent qu'il s'agit 
de supprimer, mais la sexualité elle-même pour aboutir à une 
autocastration. Alors , il sera possible de retourner à la mère- 
nourrice (foin). La fixation incestueuse (la fouine entre dans 
le foin) implique la castration (tête coupée). Le rêve indique 
que l'épreuve psychique du sevrage ri^a pas été satisfaisante. 
Faute d'avoir su réaliser le sacrifice > le rêveur conserve l'orien- 
tation captative de sa libido infantile. 

Ce rêve complète le précédent. Il explique le sens de la 
îalousie infantile contre la sœur, le désir de conserver pour soi 
l'allaitement maternel (le bec de Poiseau dans l'eau de la bai- 
gnoire, idée de boire). Les tendances possessives de M, G,.. 
font qu'il est dans V incapacité de se donner affectivement 
(dans un rêve précédent, il refusait de faire un cadeau à son 
amie) . 

La nuit suivant ces explications, M, G.,, fait le rêve qu'on 
va lire : ■ 

RÊVE. — J'étais chez ma tante. Elle m'avait donné un beau 
chandail rose pour porter directement sur le corps, Je vou- 
lais la payer et j'avais l'idée que ce prix servirait à la rançon 
de trois cents Chinois, femmes et enfants, prisonniers en 
Prance, 

Associations, — Tante: Sœur de ma mère. Elle m'a élevé 
en partie et je l'aimais beaucoup. Elle m'écrit d'aller la voir 
et me reproche de ne pas lui envo\^er de nouvelles. 

Chandail: J'ai toujours eu envie d'un chandail semblable, 
d'un contact si doux à la peau. Confort. Plaisir. 

Payer: J'ai souvent peur d'oublier de payer. C'est peut-être 
une tendance à ne pas payer. Mon père me donnait facilement 
<ie l'argent. Emancipation. Ma mère était avare. 

Chinois: Une dame m'a demandé: « Si vous pouviez tuer 
un Chinois sans effort, par exemple en appuyant sur un bou- 
ton électrique, et par là gagner de l'argent, le feriez- vous ? » 
Par Chinois, elle entendait des gens quelconques > lointains et 
indifférents. 



■ 
■ 






528 JREVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

300. — 3 est un symbole masculin. Ma tante avait un fils 
qui a été tué à la guerre. Ces Chinois étaient prisonniers de 
guerre. Idée de gens faibles et inoffensiîs. 

Prisonniers: Impuissance, Mains dans des fers. Etre à la. 
merci des autres. D'ailleurs ceci se rapporte à une information 
que j'ai lue avant-hier, veille du rêve et que voici : 

Londres, 20 décembre. — On mande de Pékin à la B. U. F. 
que, selon des informations reçues de ICaïgan, trois cents- 
coolies chinois, capturés par les troupes nordistes, furent en- 
voyés à Ping-Tichuiig dans des wagons à claire- voie. Lorsque 
les malheureux arrivèrent â destination, ils 'étaient tous morts 
de froid en cours de route. 

Quand les autorités de Ping-Tichung découvrirent les trois: 
cents cadavres, ils les renvoyèrent à Kalgan dans les mêmes 
wagons où les coolies avaient trouvé la mort* (1) 

Interprétation, — En réponse aux constatations précé- 
dentes , le rêveur réalise un désir de donner. En échange de la 
tendresse (cadeau), il donne à la femme quelque chose. Le- 
chandail voluptueux dans lequel il entre son corps peut 
prendre un seiis sexuel et le rêve signifie qu'en échange de la 
volupté, le rêveur veut se donner. Or, que signifie ce don? La 
rançon d'êtres inoffensifs qu'il aurait aussi bien pu sacrifier 
à ses intérêts, donc le sacrifice de son égoïsme à la sœur dont 
il ne voulait pas la naissance. Le rêve peut se traduire: Je veux 
bien m abandonner affecti veulent si je peux y trouver du plai- 
sir ; et non seulement je ne veux pas tuer des innocents, mais 
encore je veux leur donner la liberté, la vie. Ici, le désir de 
créer se substitue au désir de détruire. Le rêveur veut, comme 
son père, donner le jour à des enfants et à de nombreux 
enfants (300, nombre de virilité). Or, c'est la tante qu'il choi- 
sit comme image de la femme pour exprimer cette tendance 
incestueuse de se mettre à la place du père auprès de la mère 
(« Comme mon père a fait des enfants à ma mère, j'en ferai 
bien à une femme sejnblable » ; tante). 

Cependant» ces dispositions ne persistent pas. À la séance- 

■ 

(i) Le Journal, 21 décembre 1926. 



l * " "" 

INFÉRIORITÉ, HOMOSEXUALITÉ, CASTRATION 529 



suivante, M. G.,- est toujours désemparé, fatigué et ne peut 
se remettre au travail. Il apporte une série de rêves: 

RÊVE I, — Un camarade me donne deux sous pour passer 
un portillon et me reproche ma paresse. Je passe le portillon. 
sans payer et lui rends les deux sous. 

Associations, — Camarade; Il était mauvais élève , mais 
audacieux* Il est devenu un officiel - aviateur remarquable, 
mais s'est tué en avion, 

- 

Portillon: Portillon du métro. Le vieux contrôleur qui, dans 
un rêve précédent, voulait me céder sa place. 

Interprétation. — Désir de ne pas être inférieur au cama- 
rade audacieux, mais de ne rien devoir à personne et de ne 
rien sacrifier. Le portillon à franchir a un sens nettement 
sexuel. Le rêveur, de nouveau, résiste à l'esprit d'abandon, 
de sacrifice, de concession; il ne veut pas mourir comme le 
camarade, mais il espère franchir l'obstacle à moins de frais. 

RÊVE IL — Je croise, dans une gare de Suisse, un profes- 
seur de français, W.. M en compagnie de quelques personnes. 
Il paraît tout étonné de me voir et me dit quelques mots, mais 
nous nous séparons sans qu*il m ? ait présenté à ses compa- 
gnons. J'ai honte d'être rentré en Suisse sans avoir travaillé, 

Associations. — Gare: Vo}^age, séparation. Décision. Mon 
revirement actuel. 

Professeur H 7 ,..: Il a quelque m chose du taureau. Pour moi, 
il représente le mâle. 

Présenter: Mettre en rapports. Etablir des relations. Faire 
connaître. 

Interprétation, — Désir d'égaler, en virilité, r imago- 
paternelle (lui parler), mais eu même temps de se cacher de 
lui. Le retour à la patrie (imago maternelle, femme) doit être 
secret (sentiment infantile de honte pour la sexualité) et ne 
doit pas coûter d'efforts (sans avoir travaillé). Il s'agit aussi 
d'une révolte contre le sevrage avec sentiment de culpabilité, 

RÊVE IIL — La jeune fille L.-. et moi allons chez mon ami 
O--. Je la contemple avec plaisir et je me demande si O... va 
la trouver bien aussi. Elle raconte une drôle d'aventure qui 
lui est arrivée et qui a eu quelque célébrité; elle traversait une 
lande déserte; un coq de bruyère lui a fait la cour et s'est atta- 









530 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



que à elle; il avait une queue en lyre et des yeux luisants. « ïî 
ne pouvait pas nie faire de mal, dit-elle. Il était beau, » 

ASSOCIATIONS- — La jeune fille L,..: Je pense à la possi- 
bilité de l'épouser, maïs je me demande si elle n'a pas quelque 
névrose* 

Coq de bruyère : Animal coquet. L'homme qui fait des 
avances, moi-même. Désir amoureux* 

Le camarade O... : Un de mes meilleurs amis, qui vient de 
se marier, 

Interprétation, — Aller chez O... signifie s'identifier à 
lui et participer à la virilité (vie conjugale), L/aventure de la 
jeune fille correspond à la pensée qu'elle pourrait être frigide, 
Le coq (lui-même) est capable de se comporter va i 11 a minent, 
mais la jeune fille n'en éprouve pas de dommage (elle est fri- 
gide et stérile: lande déserte). Il y a donc désir de renverser 
les rôles, mais crainte en même temps que la femme soit inac- 
cessible, 

RÊVE IV. — Je fais mon entrée, avec des recrues, à l'Ecole 
de Cavalerie, L'uniforme me va. J'ai une forte carrure. Il y a 
seulement un camarade plus fort que moi. Nous allons dans 
une coi5r où sont les chevaux. Je demande si l'équitation est 
dangereuse. On me répond qu'en sautant on risque de se faire 
écraser les testicules. J'examine mon baluchon. Il y a une 
brosse dont les poils sont aplatis. Je me rappelle que je viens 
de la laver. Cependant, il est tard et nous allons souper. Nous 
entrons dans une Salle à manger. La femme du capitaine 
reçoit, comme maîtresse de maison, Quelqu'un demande du 
thé, A moi, elle propose de la bière et j'accepte. Il n'y a pas 
de siège libre. Je veux partager un tabouret avec un petit 
enfant. Un chien s'approche, inquiet. J'ai peur d'être mordu 
et je reste debout. 

associations. — Cavalerie: Exercices de force et d'adresse. 

Brosse; Va-et-vient. 

Femme du capitaine: C'est probablement nia mère. 

Thé: Tasse de thé. Lait. 

Bière: Pale aie. Petite bière* Bière a mère. Mettre en bière. 
Balance, Tourments } Résignation, 

Chien: C'était un fox. Il avait une bricole. 

Interprétation, — Bien que les associations d'idées aient 






■ 4 



INFÉRIORITÉ, HOMOSEXUALITE, CASTRATION 53 ï 



été recueillies d'une façon sommaire, ce rêve est assez intéres- 
sant , Il oppose le désir de puissance (école de cavalerie, forte 
'Carrure) au sentiment d'infériorité (camarade plus fort) et au 
complexe de castration (testicules écrasés). Le résultat est 
l'insuffisance sexuelle (brosse aux poils aplatis) f malgré les 
soins (lavée). La scène de la salle à manger représente la mère 
(femme du capitaine) refusant V allait ement (thé) au profit 
d'un autre qui le reçoit (la sœur probablement) et opérant le 
sevrage (bière). Le tabouret partagé avec l'enfant signifie que 
le rêveur, pour éviter le sevra ge> aurait voulu ne pas gran- 
dir. La morsure du chien est un autre symbole de castration 
et peut se traduire: <t Si je suis quand même obligé de gran- 
dir (rester debout), rattachement maternel me fera perdre ma 
virilité (morsure). » 

En arrivant à la séance suivante, M. G... dit: « Vous faites 
un métier intéressant. Ce doit être captivant de sonder les 
âmes, » Puis il raconte qull est retourné la veille dans la 
maison de prostitution. Il aurait voulu retrouver là même 
femme, mais elle était absente, « Comme la première fois, ' 
dît-ïl ? j'étais déprimé et honteux, et je n'ai eu aucun plaisir. 
L'acte sexuel s'est passé normalement, mais j'avais hâte-d*en 
finir et je n'ai ressenti aucune volupté* Je voulais seulement 
m 'assurer que j'étais capable de le faire. Après, le dégoût m'a 
saisi. J'avais soif d'anéantissement, L'idée m'est venue de 
mourir et j'ai dû réprimer des pensées de suicide, » La nuit, 
M. G.,, a fait un rêve. 

RÊVE, — J'étais allé rendre visite à une jeune femme que 
je connais, mariée â un homme beaucoup plus âgé* Je voyais 
le mari de dos: un très bel homme grisonnant. Je restais là 
jusqu'au soir. Mon père arrivait alors et ressemblait au mari, 
mais en moins grand. Tous deux étaient assis côte à côte, 
!S T ous allions au jardin où était un arbre en fleurs, Là, je ren- 
contrais IX«, Il me racontait qu'il avait abusé de laxatifs et 
qu'il avait une diarrhée incessante. Il me racontait aussi qu'il 
avait mené une vie de nabab et se faisait véhiculer en chaise à 
porteurs... 

Interprétation. — Ici encore, les associations n'ont 
presque pas été faites, faute de temps pendant la séance. Il 
faut remarquer qu'en se plaçant *mi tiers entre le vieux mari 



53 2 REVUE FRANÇAISE' HE PSYCHANALYSE 



et la jeune femme, M. G-.- exprime le désir de prendre la 
place du père. Il avait traduit .symboliquement le même désir 
en enviant le sort du psychanalyste qui sonde les âmes. Il 
Pavait surtout réalisé en retournant dans la maison de prosti- 
tution. Le mari et le père, dans le rêve^ représentent le même 
personnage dédoublé. L'arbre en fleurs représente l'enfance, 
IX, « est le dédoublement du rêveur (voir les rêves précédents) 
et la fin du rêve exprime le désir infantile de résister à la 
contrainte sociale d'être propre (D_ ne réprime pas ses be- 
soins) et aux efforts nécessaires pour apprendre à marcher 
(D..* va en chaise à porteurs)/ Ce sont d'autres aspects de la 
protestation oubliée contre le sevrage. Le désir de reculer dans 
révolution vitale explique les pensées d'anéantissement et de 
suicide, 

A la séance suivante, M, G... déclare qu'il va assez bien, 
maïs qu'il n'arrive pas à envisager la sexualité comme une 
chose naturelle. e 

RÊVE L — J'étais à table avec un vieillard très âgé. Je 
remarquais la vivacité de son regard et je pensais qu'il avait 
dû être rajeuni après une phase de sénilité. 

Interprétation, — <f Si un 'vieillard peut être rajeuni» à 
plus forte raison pou irai -je, moi qui suis jeune encore, retrou- 
ver ma virilité ». 

RÊVE IL — Je suis dans une maison publique sordide* Une 
femme répugnante est là. Le tenancier, un vieillard, arrive 
et m'attaque pour m 'enlever ma montre. Je me sens d'abord 
incapable de me défendre, mais à la fin, je me ressaisis et je 
lui arrache une clef que je jette, par la fenêtre, dans une 
rivière* 

Associations, — Maison publique: Celle de la rue X,,. 
La femme a une boucle pour retenir ses bas* La « Maison 
Tellier >k Ma gêne et mon dégoût, Forel anathématise la 
prostitution . 

Tenancier: Un petit vieux. Un de mes oncles. On m'avait 
attiré dans un guet-apens. 

Montre: Ma personnalité, ma conscience. Tic tac. Temps 
perdu. Je me suis décidé trop tard à être un homme* - 

Clef: Serrure. Attribut du tenancier. 

Interprétation. - — La maison publique sjmibolise la 



\ ■_'■, 



4M 



INFERIORITE, HOMOSEXUALITE, CASTRATION 



533 



sexualité. Ce rêve exprime le désir allégorique de châtrer le 
père dans la crainte d'être châtré par lui. Il faut mettre M, G. ~, 
en garde contre des résistances possibles à l'égard du psy- 
chanalyste. 

Une semaine plus tard, M. G.^ reconnaît qu'il va décidé- 
ment très bien. Il est retourné plusieurs fois auprès de la 
même femme et éprouve maintenant un plaisir complet. 

RÊVE I, — Ma grand-mère tombe en syncope, puis on m'ap- 
prend qu'elle est morte. Ma mère est présente avec nue atti- 
tude querelleuse et je sens de l'hostilité entre nous. 

Associations. — La grand "mère: Elle à été comme mie 
mère pour moi et même, pendant les premières années de ma 
vie, elle s'est plus occupée de moi que ma mère. Quand elle 
■est morte, j'avais vingt ans : je me suis reproché de ne pas 
ressentir plus de peine. 

La mère: Maman m'a éloigné des femmes. Elle m'a expli- 
qué comment se faisait la naissance et m'a dit, que c'était très 
douloureux pour les mères. Je pense â. la petite génisse que 
j'ai vu conduire au taureau. Après, je rêvais que j'étais pour* 
suivi par un taureau. Un neurologiste de mon pays à qui je 
racontais ce détail m'a dit : « Vous n'avez qu'à prendre ce 
-taureau par les cornes. » Au fond > il m'a entretenu dans mes 
résistances contre la sexualité. 

Interprétation. — « J'ai perdu ma grand'inère sans souf- 
frir; de même perdrai-je ma mère qui m'est hostile, de même 
-encore toutes les femmes ». Le rêve signifie encore que la 
femme qui donne la vie à la série des générations est vouée à la 
inort, que la sexualité a quelque chose de lugubre (la nais- 
sance est douloureuse aux mères). Il faut donc renoncer à la 
femme. Les associations d* idées montrent la tendance maso- 
chiste à se mettre à la place de la femme. Le conseil du neu- 
rologiste a été senti par l'inconscient du sujet comme nn con- 
seil d'homosexualité passive {étreindre les cornes du taureau 
-agressif). 

Rêve II. — Je vais voir M. B... dans une drôle de maison, 
11 travaille dans une haute galerie avec sa femme, vêtue de 
rouge. Je pense que je viens faire mon service militaire et que 
j'ai changé un ancien uniforme gris contre un bleu horizon. 
Je vais monter un escalier^ mais j'aperçois en haut une jeune 



■*■. 



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534 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

i 

nlle. J'ai Tidée qu'elfe va me demander un, billet que je n'ai, 
pas et je lui dis en anglais: a I shall corne back in a few mo- 
ments. i> Je redescends. En bas, le professeur d'anglais à Berne, 
nie dit: « M. G..., j'ai des compliments à vous transmettre 
de votre tante. » Je pense que ma tante n'aime pas les enfants* 
Des gens circulent. Un homme avec une toque et une grande 
plume est très laid* Je pense: « Peu importe qu'un liomnie soit. 
laid, pourvu qu'il ait confiance en lui. » Il se met à faire la. 
cour à une femme qui m'intéresse. Je m'approche. Puis je me 
trouve ailleurs. Un enfant me montre, dans le creux de sa. 
main y un petit morceau de savon ; puis je m'aperçois que c'est, 
une boulette de beurre , 

Associations, — - Drôle de maison ; Maison publique.. 
Sexualité, 

Gris: Mélancolie, neurasthénie. 
Bleu: Sérénité. Virginité. 
Ronge: Couleur de Mars. Agressivité, 
Parler anglais: La femme avec qui j'ai des relations parle 
anglais. Les grues des Folies-Bergère parlent anglais aussi. 
L'une d'elles m'a pris pour un Anglais et m'a adressé la pa- 
role, mais je ne l'ai pas suivie. 
Savon: Frotter, mousser, 
Beurre: Beurre fondu. Liquéfaction* 

Interprétation, — La maison de M. B,,. représente le 
domaine de la sexualité, Là, le couple travaille (relations 
sexuelles) en élévation (érection). La femme a des attributs- 
virils {rouge). Le rêveur lui-même porte la couleur virginale 
féminine (bleu)^ mais si les rôles normaux sont renversés (s'il 
se sent faible, passif devant la femme), du moins a-t-iï échappé 
an gris de la névrose et peut- il encore aborder le problème 
sexuel (faire sou service militaire). Cependant, il ne peut aller 
jusqu'au bout de son ascension vers la femme, parce qu'il est 
incapable du don que nous avons vu précédemment symbolisé,. 
La femme qui doit coûter un effort (la jeune fille qui demande 1 
un billet) le fait reculer, ïl préfère la prostituée qu'il n'a pas. 
à conquérir (il parle anglais), Â ce propos, reviennent les sou- 
venirs de la situation infantile à l'égard de la femme éduca- 
trice (tante) , la crainte de n'être pas aimé en même temps que- 
le désir d'obtenir des faveurs (compliments). Ensuite,, le sen- 



WM^^tartta 



■- > 



INFERIORITE., HOMOSEXUALITE, CASTRATION 



535 



timent d'infériorité s'exprime par le fait que l'homme à la 
plume (très viril) prend la place convoitée auprès de la femme 
(il s'agit, sans doute ? de la rivalité paternelle). Un essai de 
consolation est cherché dans le fait que le rival est laid, mais 
la supériorité esthétique que le rêveur se reconnaît est une 
qualité passive , féminine. L'enfant avec son savon -beurre 
symbolise le désir d'onanisme, conséquence de toutes ces 
inhibitions, 

RÊVE III, — Je suis devant une armoire. J'ouvre un tiroir. 
J'y trouve des provisions 7 des gâteaux. J'en mange avec le 
sentiment de faire quelque chose de mal. Un homme arrive 
avec ses enfants. Il les fait jouer et prépare un arbre de Noël. 
Un des garçons veut se faire prêtre et lit des livres pieux. 
Puis-, nous nous couchons tous ensemble et j'ai des rapports 
pédérastiques (actifs) avec le garçon. 

Interprétation. — Les gâteaux défendus représentent 
vraisemblablement r.allaitement maternel; l'arrivée du père et 
de ses enfants symbolise le -sevrage, en tant que sacrifice fait 
au père et aux frères ou sœurs. Le père dresse Parbre de Noël 
pour les enfants et écarte le rêveur de l'armoire (le père 
prend possession de la mère par la sexualité et écarte l'enfant 
de sa mère-nourrice) . La lecture des livres pieux est un essai 
de sublimation du sacrifice attribué ici, par projection, à un 
des garçons, mais cet essai est infructueux et n'aboutit qu*à 
l'homosexualité, 

■ 

Âpres cette interprétation, M. G*.- avoue qu'à sa dernière 
visite à la maison publique, il a eu des rapports more fer arum 
avec la femme et en a été très satisfait. Il fuit le rôle vérita- 
blement viril de l'imago* paternelle parce que la sexualité nor- 
male est liée pour lui à des résistances. Il cherche à s'appro- 
cher de la femme avec le minimum d'effort ps\^chique en 
s'adressant à une prostituée, toujours la même et il préfère 
reproduire ses fantaisies infantiles, homosexuelles, que de se 
comporter virilement dans le plein sens du terme. 

En réalité, M. G.., réactive des résistances à V égard des 
femmes. À la séance suivante, il se sent plus déprimé et mé- 
lancolique. Il est retourné à la maison publique, mais avec 
Tidée que c'était une sorte d'épreuve très difficile et le résuï- 



W^WÉM* 



536 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

tat n'a pas été satisfaisant. En outre, la peur des maladies 
vénériennes lui est venue, 

RÊVE L — J/avais un petit bateau mécanique {jouet), que 
je remontais et que je lâchais dans la mer. Il filait et devait 
aborder à un rivage lointain, mais je le voyais souda h] s 'en- 
gloutir, Un camarade plus âgé me faisait des reproches. 

Interprétation. — Le bateau mécanique représente la 
puissance sexuelle. Il est destiné à un lointain rivage (carrière 
amoureuse), mais il ne peut surmonter la fixation maternelle 
(s engloutit dans la mer)/ Ce naufrage représente le désir de 
retourner au sein maternel, de repasser par les eaux de la 
naissance. C'est à la fois une tendance à reculer deyant la 
vie et le germe d'un désir incestueux (plonger le jouet dans 
cette eau formatrice). 

Rêve IL — Un petit veau nageait dans un lac de sang. Il 
dressait la tête le plus possible, mais finissait par être englouti. 
J'assistais à cela sur le rivage de ce lac de sang et c'était un 
affreux cauchemar. 

Associations, — Le veau; Je pense aux rêves précédents 
où le veau me symbolisait. Taureau amoindri. Petit jet d'eau. 
Poisson rouge lâchant des bulles d*air dans l'eau. Homme 
portant un fouet, Fïagellum. Spermatozoïde. Gibet. Un pendu 
au bout d'une chaîne, un boulet aux pieds. Un coucou qui jette 
ses frères et soeurs hors du nid. Nid vide avec un œuf. Echelle, 
Un ramoneur grimpe à l'échelle. Il porte aussi une boule atta- 
chée à une corde. Je revois le petit veau. 

Interprétation, — Les associations d'idées se rapportent 
à la vie fœtale (poisson dans l'eau, pendu attaché au boulet 
placentaire, ramoneur portant une boule, nid, œuf). Le rêveur 
revoit sa propre naissance et pense à la naissance de ses frères 
et soeurs, qu'il aurait voulu supprimer (jeter hors du nid). 
Le sang représente le côté sanglant de l'accouchement et 
explique le sentiment d'horreur. Ici > le désir de rentrer dans 
le sein maternel s'exprime par l'engloutissement du veau. 

Le surlendemain > M. G.*, va mieux. Il a fait un rêve signi- 
ficatif. 

RÊVE* — Il s'agissait d'un personnage historique de mon 
pays, qui aurait été le fondateur de la nation et qui aurait été 



INFERIORITE, HOMOSEXUALITE, CASTRATION 537 



poursuivi par des ennemis , chassé hors du pays* Je le pour- 
suivais, avec quelques compagnons, liommes et femmes, sur 
les ordres d'une reine- imaginaire. Nous arrivions le soir à un 
embarcadère et apprenions qu'il s'était enfui sur un bateau. 
Je rassemblais alors ma troupe et, avec beaucoup de maîtrise, 
l'encourgeais à poursuivre ses traces. Quelqu'un me deman- 
dait le nom de la reine qui nous avait envoyés. Je répondais 
que c'était trop ancien pour que je me rappelle, maïs je pro- 
posais de la nommer : Marie. 

Associations. — Le personnage:. Me fait penser à un bri- 
gand célèbre qui s'était caché dans une cave. 

Compagnons: Camarades, service militaire. Frères d'armes, 
. Marie: Nom de ma sœur cadette. J'ai un faible pour elle, 
La Vierge. Une princesse fiancée à un prince, 

Interprétation* — Rivalité victorieuse contre le père. 
Désir d'éliminer celui-ci, de s'associer avec les frères et sœurs 
pour la mère (reine). Mais, en raison des résistances person- 
nelles, l'imago maternelle ancienne est remplacée par la sœur/ 
C'est parce que le rêveur a retrouvé dans sa sœur Marie 
■quelque chose de ce qu'était sa mère, lors de ses premiers 
.souvenirs, qu'il s'est attaché à elle. Une telle fixation devait 
être censurée par la suite et s'opposer au libre développement 
de la sexualité. 

Les jours suivants, M. G.*, déclare aller très bien, « Même 
dans mon sommeil, dit-il, j'ai une impression de mieux. « Il 
commence à s'intéresser à ses vêtements et à soigner sa mise. 
Il est sensuellement très excité et a de fréquents rapports 
sexuels, mais ne se sent pas encore tout à fait sûr de ses 
moyens. 

Rêve I. — Je rentre en Suisse. Mes professeurs W... et 
T,.. me souhaitent la bienvenue et me donnent des conseils 
médicaux, mais j'en ris intérieurement, car je me sens sauvé. 

Interprétation. — Ici, le rêveur s'égalise à l'imago pater- 
nelle. Il rentre dans sa patrie (près de la mère, de la femme) 
et est reçu par ses professeurs (ceci est à comparer avec un 
rêve précédent, où le professeur W... ne le présentait pas à 
ses amis et lui inspirait de la gêne). Les conseils médicaux 
méprisés indiquent le transfert sur l'analyste de ce sentiment 
de rivalité triomphante, 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE S. 



IHfV^ 



538 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



RÊVE II. — Je visite la bibliothèque d'Anatole France. 
Toutes ses œuvres sont là, mélangées à d'autres, parmi les- - 
quelles celles de Tourguénieff, Je voudrais bien lire tous ces 
livres. Un étudiant est présent et n'est nullement impres- 
sionné par l'importance de cette bibliothèque. Il dit que nous- - 
en ferions bien autant en nous y mettant à trois pendant trois 
mois v Je réponds qu'il faudrait au moins trente ans* 

Associations. — Anatole France: Un cynique. Un Vieil- 
lard qui ne pense qu'à l'amour sensuel. Son œuvre me parais- 
sait immense dans le rêve et m'inspirait un grand respect, 

Tourguénieff: Les romanciers laisses m'attirent. Ce sont des: 
grands psychologues qui savent mettre à nu le cœur humain. 
Ils ont étudié de curieux types de névrose* 

L J étudiant: Un voisin à la pension de famille. Très sûr de 
lui, très arrogant, 

A trois en trois mois : Nombre masculin, Je me rappelle 
encore que la salle de la bibliothèque était triangulaire. 

Interprétation. — Ce rêve exprime un désir de puissance 
(lire, s'assimiler l 'œuvre de grands écrivains). Il s'agit d'une 
puissance virile (nombre 3) à la fois sexuelle (Anatole France) 
et psychologique (Tourguénieff), Ici, la rivalité vise égale- 
ment le psychanalyste (ils ont étudié des névroses). Le dia- 
logue avec l'étudiant exprime encore un doute sur la facilité 
à acquérir cette puissance. 

Rêve III- — Trois étudiants de Berne marchent sur une 
grande route et je les suis. Parmi eux, je. reconnais un cer- 
tain Frisch. Je les rattrape^ Ils vont à Paris, parce qu'ils veu- 
lent faire l'amour -dans une maison de tolérance, Frisch 
exprime quelques remords. On arrive à cette maison et on 
entre. La maison est pleine. Une rangée de clients attend sur 
des sièges , fumant et lisant. Mes trois camarades vont à un 
comptoir et reçoivent des tickets orangés. Je leur souhaite 
bonne chance et je m'en vais. Je constate avec étonnement que 
des familles visitent ce Heu. Je pense que ces gens ne savent 
pas où ils se trouvent. Ils se croient dans un inusée et ne 
voient aucun mal à se promener dans cet établissement. 

Interprétation,. — Bien que les associations d'idées n'aient 
pas été recueillies, ce rêve peut s'interpréter comme un essai 
de justification , une excuse: Tout le inonde se livre à la sexua- 



J -J 



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INFÉRIORITÉ, HOMOSEXUALITÉ, CASTRATION 



539 



litéj la sexualité est à la base de la famille, il n'y a donc pas 
de mal à faire comme .les autres. Remarquons le nom de l'étu- 
diant: Frisch > en allemand, signifie à la fois, frais ^ rafraîchis- 
sant (idée de frigidité), et florissant, plein de sève, gaillard 
(idée de puissance); en outre, le mot traduit ridée de nou- ■ 
veau té. Ici, le rêveur abandonne ses compagnons moins par 
résistance contre la sexualité que pour renverser la situation 
et devenir un homme plus sérieux } plus respectable que les 
autres. Cependant, Frisch qui, malgré ses remords, prend un 
ticket, est un dédoublement de lui-même. Il désire avoir le 
plaisir des camarades et la bonne réputation de celui qui 
s'abstient, 

RÊVE IV. — Je fais mon service militaire. Les soldats se 
divisent en deux camps et se déclarent 1a guerre. Je suis dans 
une chambre et je monte la garde, armé. Des hommes rôdent 
devant une fenêtre entrouverte; l'un d'eux passe le bras par 
la fenêtre et vent prendre son chapeau (un tricorne) dans une' 
gouttière. J'ai l'impression qu'il ne l'aura pas et qu'il faut 
l'empêcher. 

Associations. — Chambre : La maison de tolérance aux 
volets clos. Fenêtre entre-bâillée. 

Monter la garde: Etant soldat, j*ai monté la garde devant 
un ministère- Une voiture stationnait devant l'entrée et un 
des chevaux se rabrouait* On avait beaucoup de peine à le 
calmer. 

Interprétation. — Pour être viril (militaire), il faut être 
prêt à la concurrence (la guerre)' et défendre la femme qu'on 
- garde (la chambre) contre les intrusions étrangères (bras dans 
la fenêtre). 

Cependant, le sens favorable de ce rêve se superpose ? sym- 
boliquement, aux images d'homosexualité passive (attaque du- 
taureau à la porte, ruades du cheval devant l'entrée, etc.). 

M. G... continue à se trouver bien aux séances suivantes. 
Il commence à jeter les bases d'une étude à laquelle, il va se . . 
livrer. Il se sent content et ses réalisations sexuelles sont suf- 
fisantes, bien que le spasme soit encore bref. Il a pu se déta- 
cher de la femme à laquelle il était habitué et s'adresser spon- 
tanément à une autre. Ses rêves n'indiquent pourtant pas 
qu'il soit encore bien affermi dans cette sécurité. 



54° REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



]RÊVE I, — Je suis dans un gymnase et je fais des sauts très 
réussis sur un cheval de bois, Tout à coup, je m'aperçois que 
je suis extrêmement haut, j'hésite et je ne tombe pas d'aplomb 
sur le cheval. 

Interprétation. — Insécurité sexuelle. 

RÊVE IL — Je feuillette des fiches de la Bibliothèque Natio- 
nale (où j'ai trouvé dernièrement- un traité sur l'Amour). Deux 
fiches m'intéressent surtout; Tune donne l'adresse de la mai- 
son de tolérance où je vais, l'autre l'adresse: d'un hôpital dit 
« de la Maternité douloureuse de la femme-mère ». Je pense: 
h L'auteur a voulu exprimer les aberrations de l'amour, » 

Interprétation. - — Ce rêve réédite l'horreur de la mater- 
nité, de T accouchement et met ce sentiment en opposition au 
-désir (traité sur l'Amour, maison de tolérance). 

Rêve IIL — Je feuillette un album de dessins faits par moi. 
Les derniers sont passables; les plus anciens sont les plus 
beaux. Je les admire et je me demande si j'en suis réellement 
l'auteur. Il y a un dessin de bélier que je trouve très « archi- 
tectural » et des plats avec des amours. Je nie flatte de ces 
œuvres et je me dis qu'elles sont « la création de mon imagi- 
nation », 

Interprétation, — « Si j'avais connu l'amour plus tôt, 
c'eût été beaucoup mieux que maintenant. Je ne sais si y^n 
aurais été vraiment capable, car, depuis trois ans, je doute 
vraiment de mes moyens, mais il y en avait sûrement le désir 
et la représentation dans mon esprit », 

Après cette séance,, M. G.., part dans son pays pour les 
vacances. Il revient trois mois plus tard et raconte que le 
retour au pays natal ne lui a pas été favorable. L'ambiance 
familiale l'a rendu un peu mélancolique, mais surtout il a fait 
une démarche auprès de M 11 * L..«, qu'il espérait pouvoir con- 
sidérer comme sa fiancée. Il lui a nettement parlé de mariage 
et celle-ci a déclaré qu'elle ne répondait pas à ses sentiments 
sur ce point, que, d'à illeurs > la perspective du mai'îage ne la 
séduisait guère, mais qu'elle lui conservait une fraternelle 
affection, M. G,., prétend en avoir été allégé, car, si elle 
avait accepté, il se serait senti obligé de rester chaste. Il a 
fait deux cauchemars particulièrement pénibles : il voyait une 



' ■ -■ 



INFERIORITE , HOMOSEXUALITE , CASTRATION 



541 



1 

femme avec les seins coupés et il s 'arrachait lui-même deux 
molaires. 

Il faut remarquer que la peur de la sexualité avait amené 
M, G,,, à fixer son choix sur une jeune fille vraisemblablement 
frigide. 

Le second cauchemar a nettement un sens de castration. Le 
premier représente vraisemblablement une protestation contre 
le sevrage: le sadisme qui l'empreint n'est, en somme, qu'uue 
libido captative, dévorante, un désir de traiter l'être aimé 
comme la nourriture qu'on tue et qu'on déchire. Il serait pos- 
sible que les deux images eussent une relation de dépendance 
dans les souvenirs inconscients de la période de sevrage ; la 
poussée des dents justifie le sevrage parce que l'enfant pour- 
rait mordre le sein maternel, mais surtout les dents rendent 
l'enfant capable de se nourrir par lui-même. Le rêve exprime 
cette pensée inconsciente : J'aimerais mieux qu'on m* arrachât 
les dents que de renoncer à l'allaitement maternel. Plus tard, 
la même image signifiera; J'aimerais mieux châtrer une viri- 
lité naissante que de renoncer aux caresses maternelles (11 on 
peut-être à la mère réelle, mais à la douceur de l'imago mater- 
nelle précédemment conçue). 

Faute d'avoir pu analyser ces rêves, M + G-,,, sevré de ses 
fiançailles rêvées, s'est symboliquement sevré ou châtré à plu- 
sieurs reprises. À Genève, il a fait la conquête d'une jeune 
femme dans une réunion dansante, mais, malgré le consente- 
ment formel de celle-ci, n'a pu réaliser son désir parce que, 
la jeune femme ne pouvant le recevoir chez elle, il n'a pas 
osé aller dans un hôtel, dans la crainte du scandale. En suite > 
à Lausanne, il s'est décidé, pour affirmer sa virilité et malgré 
son manque d'enthousiasme, à s'adresser à une prostituée, 
mais il s'est trouvé complètement impuissant en sa présence. 

Deux séances sont consacrées à l'analyse de ces faits. A la, 
troisième, M. G... déclare; « Je fuis la vie, je me replie; le 
champ de ma conscience se rétrécit. Mais j'ai tant besoin d'af- 
fection. Je meurs d'inanition affective. » Et il pleure longue- 
ment. &- 

Puis il raconte qu'il avait des résistances pour revenir à 
Paris et reprendre son traitement. Le jour du départ, il s'est 
foulé le pied et a commis des oublis; qui devaient le retarder. 



54 ^ . REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Il ne voulait plus de la sexualité, sjrmbolisée pour lui par 
Paris- Il avoue: « Mon moi neurasthénique ne voulait pas 
guérir, » Il faut lui expliquer que c'est encore une- forme de 
castration . 

RÊVE I. — Je luttais avec une sorcière très forte et je m'épui- 
sais, mais je la terrassais à la fin» à bout de forces moi-même. 

Associations. — Sorcière : Ma névrose. Peur des femmes, 
La Parisienne avec qui j'ai fait mes débuts amoureux. Je vois 
une tête de cheval bridée. Une amazone avec un chapeau haut 
de forme et une cravache. L'affiche pour la contribution volon- 
taire et le salut du franc: une des jeunes filles représentées res- 
semble à L Je revois le cheval de l 'amazone* Il tend la 

jambe en avant, La jambe est blessée. Mon entorse le jour 
du départ. Castration. 

Interprétation. — La sorcière terrassée est, sans doute, 
la névrose, mais il est possible qu'à un autre point de vue, 
elle représente la sexualité et la femme vue avec des résis- 
tances (la mère). Cette image s'associe, en effet, aux femmes 
perdues (la première amie et la fiancée). Remarquons que le 
cheval blessé (l'homme châtré, le rêveur) est dominé par la 
femme virilisée (amazone). Ceci exprime une difficulté à tenir 
le rôle viril auprès des femmes et une tendance plus ou moins 
volontaire à la soumission (castration), Donc, dans une cer- 
taine mesure, M. G*., accepte la soumission à la femme qui 
sera pour lui comme un homme et rejette la sexualité normale 
sous la forme d'une sorcière. Il s'agit vraisemblablement de 
la répétition d'une attitude infantile à l'égard de la mère. 

RÊVE IL — J'étais dans une chambre et une troupe de guer- 
riers anciens, armés de lances et de boucliers, faisait irruption. 

Associations. — Guerriers anciens ; Héros du passé. Je 
revois une gravure montrant un jeune vacher, avec sa corne. 
J'imagine qu'il est debout sur une colline, sur les flancs de 
laquelle une vilaine sorcière dégringole. 

Interprétation, — Ce rêve est un désir d'homosexualité 
passive, ressenti dans un passé lointain (guerriers anciens). 
Les associations représentent la glorification de la virilité (le 
vacher est l'équivalent humain du taureau des rêves précé- 
dents, forme idéale par rapport nu veau avec lequel le rêveur 



^ — — ■ -C" 



INFÉRIORITÉ, HOMOSEXUALITÉ, CASTRATION 543 



5 'identifiait lui-rnême). La sorcière en fuite exprime le mépris 
de la féminité, mais aussi le pouvoir redoutable attribué à 
celle-ci (i). 

Ces sentiments anciens ayant été affectivement déchargés 
du fait de leur retour à la conscience, le rêve suivant exprime 
un désir de puissance. 

RÊVE L — Je m'installe dans la chambre de D,,., au poste 
qu'il occupe. J'y vois un bureau avec une quantité de petits 
tiroirs {qui existe, eu réalité). On n'est pas à Taise pour écrire, 
mais je m'aperçois qu'on peut allonger la Lable et que c f est 
bien plus commode, p.,. est présent. Il me raconte qu'il aime 
une jeune fille, dont je vois la photographie. Elle est comme 
une acrobate, en maillot, haut perchée sur une échelle et très 
désirable. D*., déclare qu'il va l'épouser le lendemain. Je me 
demande s'il n'a" pas tort, étant donnée sa névrose. 

Interprétation, — Le rêveur a le désir de prendre la place 
du rival auquel il se compare d'habitude et' de réaliser là plus 
de commodité (plus de puissance) que lui. Le but sexuel (ma- 
riage) est, par projection, attribué à D„. comme la névrose, et 
le problème difficile est ainsi rejeté sur lui : La femme exprime 
la force (acrobate) et se montre d'un accès difficile (sur sou 
échelle), 

M. G,., est amené à parler de certaines impressions à l'égard 
des femmes. Il a tendance à voir dans la femme un être telle- 
ment délicat qu'il a peur de 1* offenser en la désirant. Il lui 
semble que l'amour doit toujours être une déception pour la 
femme et il se sent gauche ou grossier devant chacune, 

RÊVE IL — Je vois, comme sur une projection lumineuse, 
D.,., sa fiancée imaginaire et un petit garçon en skis. Les skis 
de l'enfant sont très visibles et relevés, ceux de D,,, et de sa 
fiancée sont cachés par la neige, D., . m'explique que ce doit 
être ainsi. 

Interprétation. — Etant donnée la valeur affective atta- 
chée aux sports d'hiver, le rêve peut être interprété ainsi :" 
Quand rérotisme est apparu trop tôt chez l'enfant, la sexua- 
lité des adultes doit être ensevelie dans la frigidité, Nous 

(i) Le sujet objecta que l'interprétât ion devait, être inexacte, car ces 
rêves avaient été suivis, au réveil, d'un sentiment d'allégresse qu'il consi- 
dère connue F indice de tendances saines. 



1 



544 EÇVUE l^ANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

retrouvons ici le désir infantile de ne pas grandir et le renon- 
cement à la virilité pour conserver les avantages de l'enfance, 

M, G...j soulagé par cette prise de conscience, se met de 
nouveau à aller bien. 11 raconte qu'il est retourné voir la pros- 
tituée à laquelle il est habitué et que les choses se sont pas- 
sées mieux que jamais, « Seulement, ajoute-t-il, j'ai en la 
prudence d 'être le moins agressif possible et j'ai fait le virgîn 
boy (couché sur le dos pendant Pacte sexuel). » On comprend 
la valeur des rêves précédents, où la femme était représentée 
en haut d'une échelle. 

RÊVE* — J'habitais un appartement très confortable et je 
le faisais visiter à un ami. Je lui montrais ensuite un autre 
appartement dont j'étais propriétaire et que j'avais loué à un 
autre ami; ce dernier était là, occupé à écrire* des articles, en 
pleine activité et paraissant très satisfait. Je disais que cet anïï 
locataire dirigeait une troupe de* jeunes filles pour des exer- 
cices de gymnastique et qu'il commandait très bien; pour la 
danse seulement, il était moins expert. 

Ensuite, je vais avec l'ami visiteur au cinéma. Nous voyons 
un film. Le héros fait de l'acrobatie, très haut. À la fin, je 
me crois au cirque. Les exercices se passent de plus en plus 
haut, comme dans une tour. Il faut grimper pour les voir, 
En redescendant, quelqu'un me dit: « Attention, l'aspirateur 
électrique va vous faire dresser les cheveux, » Enfin, des 
femmes arrivent et nous faisons l'amour tous ensemble- 

Interprétation. — Le rêveur exprime son désir de tout 
mettre en ordre dans sa personnalité (appartement confortable) 
et veut que cette personnalité soit même agrandie en ce sens 
qu J il y aurait en lui-même un nouveau personnage actif, puis- 
sant, capable de diriger les femmes* Il aurait, à défaut de la 
gr^ce du danseur , la force du gymnaste. 

L'acrobate n'est autre que" le rêveur lui -même, se regardant 
agir. L'ascension dans la tour, les cheveux dressés par T aspi- 
rateur ont un sens seuxel non douteux, étant donnée la fin 
du rêve, 

A partir de ce moment, M, G- se mit à aller tout à fait 
bien, poursuivant sçs études avec entrain, ne souffrant plus 
de dépression, de fatigue anormale, ni d'angoisse et libéré de 
toute inhibition au point de vue sexuel. Il eut l'occasion de 






MH«BBt^H^^*M*^P^i4» 



INFÉRIORITÉ j HOMOSEXUALITE, CASTRATION 545 



s'essayer en compagnie d'autres femmes, avec le même succès 
et la même satisfaction. 

Alors > fut entreprise l'étude synthétique du cas et un essai 
de coordination des éléments fournis par Tan al y se. 






Dans une vue d'ensemble sur la succession des séances 
(rêves et associations d'idées), on constate que des éléments 
psychiques de plus en plus anciens ont été réactivés. 

Tout d'abord, on retrouve les déterminantes les plus pro- 
ches de Tétat actuel: tendance à se diminuer, à prendre une 
attitude passive, masochiste. Ces déterminantes sont l'écrase- 
ment par V imago paternelle trop puissante , trop redoutable, 
trop sévère — et réloignement de V imago maternelle hostile 
et inaccessible. Le résultat fatal de tels obstacles au dévelop- 
pement normal de la libido devait être la tendance à l'homo- 
sexualité passive et à la castration. 

Dès les premières séances, on peut ainsi reconstruire le 
mécanisme immédiat du cas. Cependant, il est évident que les 
conflits malheureux avec le père et la compréhension véritable 
du caractère névrosé de la mère n'ont pu survenir qu'à une 
époque assez peu reculée de l'enfance^ période prépubère vrai- 
semblablement. L'attitude psychique de vaincu qui caractérise 
M, G-, ♦ a dû être précédée de luttes. 

En effet, nous retrouvons un peu plus tard, dans l'analyse, 
comme en une couche plus ancienne de Y inconscient, les traces 
de ces luttes. Elles sont annoncées par les premières résis- 
tances contre V analyste et nous y démêlons les éléments sui- 
vants: compréhension sadique de la sexualité; horreur attachée 
à la naissance, refoulement de la sexualité normale; attitude 
homosexuelle ambivalente, active, passive ; attitude ambiva- 
lente à l'égard de la mère, de la femme en général; destruction 
de la tendance à la fixation maternelle; refoulement des désirs 
d'onanisme. Toute cette période aboutit à une oscillation entre 
le désir de puissance (prendre la place du père) et le désir de 

(i) Association des deux premières séances. [Rêves du camarade dans le 
galetas... 



pp^ 



546 REVUE FPAKÇAISE DE PSYCHAKALYSE 

- 

3e comporter passivement en face -d'une représentation fémi- 
nine virilisée. " , 

Cette deuxième phase de l'analyse est suivie de rêves rela- 
tifs à la naissance de la sœur, ce qui donne à supposer qu'elle 
correspond à une tranche de vie remontant de l'âge de douze 
ou treize ans à l'âge de un ou deux ans. 

Avec cette réactivation des impressions concernant la sœur, 
nous rencontrons une troisième phase de Panalj-se. Nous com- 
prenons que cette haine primitive contre la sœur> suivie d'un 
attachement plus ou moins vif avec tendance à déplacer Pimago 
féminine de la mère à la sœur, devait contribuer à créer une 
ambivalence à l'égard 'de la femme, sorte de sadisme refoulé, 
La troisième phase de l'analyse aboutit à la période du se- 
*vrage. Elle nous montre l'enfant refusant de partager la mère- 
nourriture avec le monde extérieur y refusant de grandir, de 
marcher, de manger, d'être propre. Nous y voyous cette ten- 
dance capta tive à rechercher k plaisir avec le minimum de 
frais. Cette phase est naturellement la plus ancienne et nous 
n'avons pas été plus haut dans Je passé du malade. 

Mais, si nous voulons maintenant reconstituer chronologi- 
quement la genèse des troubles pour lesquels M. G,,, est venu 
nous consulter, nous en trouvons l'origine dès la période de 
sevrage, vers la fin de la première année de la vie. Dès ce 
moment apparaît chez lui une tendance à se dérober aux obli- 
gations grandissantes et aux efforts de plus en plus soutenus 
que nécessite la vie. Le refus d* accomplir les sacrifices deman- 
dés maintient plus on inoins Penfant dans les dispositions cap- 
tatives, anales, sadique, delà libido primitive, entravant Pévo- 
lution de cette libido vers les stades oblatîfs qu'elle doit nor- 
malement revêtir. 

Sur le terrain psychique ainsi préparé, jouent pendant toute 
l 'enfance des impressions inhibitrices dues à P éducation et au 
milieu: représentation sadique de la sexualité {Penfant* con- 
scient d'avoir fait souffrir sa mère dans l'accouchement, ne 
veut pas devenir le bourreau des femmes); aspect hostile, do- 
minateur, cruel de la femme (mère méchante) et substitution 
de la crainte de soumission au désir de possession à Pégard de 
la femme; écrasement par une rivalité paternelle trop redou- 
table, sans compensation du côté maternel; nécessité de se 



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INFERIORITE, HOMOSEXUALITÉ, CASTRATION 



547 



soumettre à l'homme sans résister, mais > en même temps, pos- 
sibilités d'échanges affectifs de ce côté; refoulement des désirs 
auto-érotiqùes. La seule voie possible devenait ainsi une per- 
version : homosexualité passive, masochisme, désir de castra- 
tion. Telle fut l'évolution du cas. 

En rendant conscientes les inhibitions maintenues dans Thi- 
conscient> l 'analyse a permis à la libido de les surmonter et 
de tendre vers son évolution normale. 

Trois mois après la fin de l'analyse, M. G-., nous a adressé 
la lettre suivante: 



u Cher Monsieur, 

«, Permettez-moi de vous exprimer une grande reconnais- 
sance. Vous avez parfaitement réussi à me guérir, Avec la 
santé psychique est revenue la joie de vivre. An déclin de la 
vieille année, vous avez terminé l'analyse. Aujourd'hui, .c'est 
la Saint- Sylvestre. Un comptable arrête ses comptes et fait 
le bilan de Tannée. Nous avons fait ensemble le bilan de toute 
ma vie. Du côté Avoir, vous m'avez fait toucher du doigt la 
volonté de puissance , ou mieux la libido qui est toujours liée 
à l'instinct génésique, et du côté Doit, la contrainte de renon- 
cer, ou mieux le complexe de castration. Le sentiment d'infé- 
riorité qui m'écrasait me semblait sans fondement; je ne pou- 
vais pourtant pas le vaincre en me raisonnant. Vous m'en avez 
dévoilé la cause: les conflits que j'ai eus autrefois avec « un 
rival puissant », 411011 père. y Vous avez creusé le champ de mon 
inconscient et, comme un geyser, les sentiments de haine ré- 
primés qui avaient été jusque-là recouverts d'une épaisse cou- 
che d'amour, ont jailli au grand jour, La révolte a fini par 
éclater. Cette révolte ne s'est pas tant dirigée vers mon père 
que vers la morale sexuelle chrétienne . Le mal qu'elle a causé 
ne peut être mesuré. La grande mission de Freud, une partie 
de cette mission plutôt, tient dans ces mots : Il a dissipe l'hy- 
pocrisie sexuelle. Verrons-nous luire une ère nouvelle ? Je 
l'espère. 

« Naturellement, la religion n'est pas en cause. M. le pas- 
teur D fc Oscar Pfister témoigne qu'on peut être religieux tout 
en étant partisan de Freud. Le dogmatisme clérical, F étroi- 






548 REVUE FKANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

tesse d'esprit des hommes, leur prétention à dominer les âmes, 
voilà le mal ! 

« Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ! >j J'ai 
brûlé, j'ai haï. En haïssant, j'ai recouvré la santé morale, 
Mon caractère, qui était devenu flottant et indécis 3 s'est .raf- 
fermi. Que les théologiens expliquent comme bon leur semble 
ce soi-disant paradoxe ! » 

a .., J J ai asse^ parlé de moi. Laissons-la le passé puisqu'il 
est liquidé! C'est l'avenir qui s'ouvre devant moi et tout 
d'abord la nouvelle année, Bonne ou mauvaise, elle ne me 
fera pas perdre mon équilibre psychique, etc., etc..» 

Depuis, M. G,., s'est maintenu dans œs bonnes dispositions 
et a repris son travail. On peut le considérer comme suffisam- 
ment guéri, 

* * 

Cette observation nous a paru intéressante à deux points 
de vue: 

i° L'analyse a été relativement très courte, ses phases suc- 
cessives assez nettes et le résultat thérapeutique satisfaisant ; 

2 L'interprétation des rêves a fourni la matière princi- 
pale. Les anah'stes ne sont pas tous d'accord sur l'importance 
qu'il convient de laisser aux rêves ; un cas comme celui-ci 
montre qu'on peut quelquefois y trouver à peu près tous les 
éléments intéressants. 



y 



MÉMOIRES ORIGINAUX 

.■ 

(PARTIE APPLIQUÉE) 



Le Choix des Trois Coffrets 

par Sig* Freud 

Traduit de V allemand par M m * Edouard Marty 

Traduction revue par Marie Bonaparte. 



A paru d J abord dans * Imago * IP vol, 
(1913), puis dans la quatrième série de la 
« " Sammkuig Ivleiner Scliriften zur Neuro- 
senlehre ». 



Deux scènes de Shakespeare, Pune gaie, l'autre tragique, 
m'ont donné dernièrement l'occasion de poser un petit pro- 
blème et de le résoudre. 

La scène gaie est celle du choix que les prétendants, dafts 
le Marchand de Venise, doivent faire entre trois coffrets, La 
jeune et sage Portia est obligée , par la volonté de son père, de 
ne prendre comme époux parmi ses prétendants que celui qui, 
dé trois coffrets qu'on lui présente, saura choisir le bon. Les 
trois coffrets sont d'or, d'argent et de plomb; le bon est celui 
qui contient le portrait de la jeune fille. Deux des concurrents 
se sont déjà retirés sans succès, ils avaient choisi Vor et l'ar- 
gent. Bassanio, le troisième, se décide pour le plomb; par là, 
il obtient la fiancée qui, avant même V épreuve du sort, avait 



■.. 



MIwi^VMbrikdk 



550 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHAKALYriJ* 



éprouvé un penchant pour lui. Chacun des prétendants avait, 
dans un discours, donné les motifs de son choix, vantant le 
métal préféré et diminuant le nîérite des deux autres, La plus 
difficile des tâches était par là échue à l 'heureux concurrent; 
ce qu'il trouve à dire pour magnifier le plomb par rapport à 
l'or et à l'argent est peu de chose et semble forcé. Si, dans la 
pratique de la psychanalyse, nous rencontrions un discours 
de ce genre, nous . ne manquerions pas de flairer, derrière ces 
raisons peu satisfaisantes, des motifs secrètement dissimulés. 
- Shakespeare n'a pas, lui-même, inventé le thème des trois 
coffrets; il Ta pris dans un récit des Gesta Romanorum, où 
une jeune fille tente ce même choix pour conquérir le fils de 
l 'empereur (1). Et, là aussi, c!est le troisième métal , le plomb, 
qui porte la chance. Il n'est pas difficile de deviner qu'il s'agit 
ici d'un vieux thème dont il y a lieu de chercher l'interpréta- 
tion, de voir d'où il dérive, à quoi il faut le ramener. Une pre- 
mière conjecture sur ce que peut bien signifier ce choix entre 
l'or, -l'argent et le plomb trouve son expression dans une re- 
marque de Ed. Stucken (2), qui s'est occupé de cette même 
matière dans une dissertation étendue. Voici ce qu'il dit: « Ce 
que sont les trois prétendants de Portia, leur choix le montre 
clairement; le prince dn Maroc choisit le coffret d'or: il est le 
soleil; le prince' d'Aragon choisit le coffret d'argent: il est 
la lune; Bassanio choisit le coffret de plomb: il est l'enfant 
des étoiles/» Pour soutenir cette interprétation, il cite un épi- 
sode du poème épique populaire esthonien Kalewipœg,- dans 
lequel les trois prétendants paraissent ouvertement comme 
soleil, lune et fils des étoiles (« le fils de l 'étoile polaoire ») et oii, 
de même, la fiancée est accordée au troisième. 

Notre petit problème nous aurait-il ainsi orientés vers un 
mythe astral? Quel dommage pourtant de n'en avoir pas fini 
par. cette explication ! I>e problème continue à se poser, car 
nous ne croyons pas, avec beaucoup de mythologues, que les 
mythes aient été lus dans le ciel et en descendent; nous jugeons 
plutôt, avec O- Rank (3), qu'ils ont été projetés au ciel après 

- 

(1) G, Brandcs. William Shakespeare. ï$ç6. 

(2) Eâ, Stucken, Mythes astraux (Astralmytheai), p. 655, Leipzig 1907, 
{3) + Rank. Le mythe de \û naissance du hé vos (Dcr Mythns von der Ge- 

burt des Helden), 1909, p. S et suivantes. 



LE CHOIX DÉS TROIS' COFFRETS 



SB* 



avoir surgi ailleurs dans des conditions purement humaines. 
Et c'est à ce fond humain que va notre intérêt* 

Reprenons une fois encore notre sujet. Dans le poème estho- 
nien comme dans le récit des G esta Romanorum, il s'agit 
du choix que fait une jeune fille çntre trois prétendants. Dans 
la scène du Marchand de Venise, il semble que ce soit le même 
.thème, mais, en même temps, apparaît ici une sorte de ren- 
versement du thème: c'est un homme qui choisit entre trois 
coffrets. Si nous avions à faire à un rêve, nous penserions 
aussitôt que ces coffrets sont des symboles de l'essentiel chez 
la femme s et la femme elle-même, comme il en est aussi des 
boîtes , cassettes, corbeilles, etc. Si nous nous permettons aussi 
d'admettre dans notre mythe ce remplacement symbolique, la 
scène des coffrets dans le Marchand' de Venise aura vraiment 
subi le renversement que nous avons supposé, D'un seul coup 
— comme il n'arrive d'ordinaire que dans les contes — s nous 
avons dépouillé notre thème de son revêtement astral, et nous 
voyons maintenant qu'il traite un thème humain: le choix que 
fait un homme entre trois femmes; 

Mais cela même est le sujet d'une autre scène de Shakes- 
peare dans l'un des plus émouvants de ses drames; il ne s'agit 
plus cette fois du choix d'une fiancée et, néanmoins, il y a 
là de secrètes analogies avec le choix des coffrets dans le 
Marchand de Venise* Le vieux roi Lear se décide, encore de 
son vivant, à partager son royaume entre ses trois filles, et 
ceci en proportion de l'amour qu'elles sauront lui manifester* 
Les deux aînées, Goneril et Régane, s'épuisent en protesta* 
tions d'amour et en vantardises; la troisième, Cordélia, s'y 
refuse. Il aurait dû reconnaître et récompenser cet amuur 
silencieux et effacé de la troisième, mais il le méconnaît» il 
repousse Cordélia et partage le royaume entre les deux autres t 
pour sou propre malheur et celui de tous, N'y a-t-il pas là de 
nouveau une scène représentant le choix entre trois femmes, 
dont la plus jeune se trouve être la meilleure et la plus par- 
faite? 

Aussitôt nous viennent à l'esprit d'autres scènes prises dans 
des mythes, des contes ou des poèmes qui ont pour sujet cette 
même situation: ainsi, le berger Paris a le choix entre trois 
déesses dont il déclare la troisième la plus belle. Cendrillon,. 



^~^BM 



552 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

de même^ est, elle aussi , la plus jeune des sœurs, que le fils du 
roi préfère aux deux autres; Psyché, dans la fable d'Apulée, < 
est la plus'bellç et la plus jeune de trois sœurs: Psyché» d'une 
part, révérée comme une Aphrodite devenue femme, et > 
d'autre part, traitée par cette déesse comme Cendrillon par sa 
marâtre, obligée de trier un tas de graines mélangées et y par- 
venant grâce a l'aide, de petits animaux (des pigeons chez Cen- 
drillon {1), et pour Psyché des fourmis) (2). Celui qui voudrait 
faire d'autres recherches encore sur ce sujet saurait certaine- 
ment trouver sous d'autres aspects ce même thème avec con- 
servation de ses traits essentiels. 

Contentons-nous de Cordélia, d'Aphrodite, de Cendrillon 
et de Ps\'ché ! Les trois femmes, dont la plus jeune est la plus 
parfaite, il faut en quelque sorte les considérer comme iden- 
tiques lorsqu'on les présente comme sœurs* Ne nous troublons 
pas si, chez Lear, ce sont les trois filles de celui qui choisit > 
cela n'a peut-être pas d'autre signification que de montrer que 
Lear est un homme âgé, Il n'est pas facile autrement de faire 
faire à un vieil homme un choix entre trois femmes; voilà 
pourquoi on les présente comme ses filles. 

Mais qui donc sont ces trois sœurs et pourquoi est-ce sur i 

la troisième que le choix doit tomber? Si nous pouvions ré- 
pondre à cette question, nous posséderions l'interprétation : 
cherchée de la technique psychanalytique, lorsque nous avons 
comparé symboliquement les trois coffrets à trois femmes. 
Avons-nous le courage de poursuivre dans ce sens, nous 
entrons dans une voie qui, tout en nous faisant d'abord ren- 
contrer des choses imprévues et incompréhensibles, nous 
mènera par des détours peut-être à quelque but. 

Il pourra nous paraître surprenant que cette troisième, si 
parfaite, possède, dans bien des cas, outre sa beauté, encore 
certaines particularités. Ce sont des qualités qui semblent j 

tendre à un certain ensemble sans, toutefois, que nous puis- 
sions nous attendre à les rencontrer également marquées dans 
chaque exemple. Cordélia se fait indistincte, peu apparente, ! 

(1) Le lecteur français ignore sans doute cet épisode des pigeons, étranger 
à la rédaction de Perrault, L'auteur lait ici allusion à quelque version alle- 
mande de ce conte, répandu dans toute l'Europe* (Note de la Rédaction. 
E. P.) 

(2) Je âoh au D r O. Rank l'indication de cette concordance. 



\- 



^^^^p^^^HP^^^^B^^^Hi^vAtav^ta^ 



LE CHOIX DES TROIS COFFRETS 553 



comme le plomb, elle reste muette, elle « aime et se tait ». 
Cendrillon se cache pour qu'on ne puisse pas la trouver. Notis 
pouvons donc assimiler peut-être le fait de se cacher à celui 
d'être muet. Ce ne seraient cependant encore que deux cas 
sur les cinq que nous avons choisis, Mais, chose remarquable, 
nous y trouvons encore une allusion dans deux autres. Nous 
nous sommes déjà résolus à comparer au plomb Cordélia, qui 
se tient obstinément à l'écart. Du plomb, il est dit, dans le 
discours que fait Bassanio pendant son choix des ;cof£rets. t 
d'une façon que rien ne prépare; 

(( Thy paleness moves me more than éloquence. » {Plainness, 
selon un autre texte.) 

C'est-à-dire: Ta simplicité me touche plus que les manières 
criardes des deux autres. 

L'or et l'argent sont « bruyants », le plomb est muet, essen- 
tiellement, comme Cordélia qui « aime et se tait » (i). 

Rien, dans les récits grecs anciens du jugement de Paris > 
ne laisse voir une semblable réserve chez Aphrodite, Chacune 
des trois déesses parle au jeune homme et cherche à le gagner 
par des promesses. Mais, dans une version toute moderne de 
<:ette même scène - — ce qui est singulier —, reparaît ce trait de 
la troisième femme qui nous avait frappé. Dans le libretto de 
la Belle Hélène, Paris, après avoir rendu compte des tenta- 
tives de séduction des deux autres déesses, raconte comment 
Aphrodite s'est comportée dans ce tournoi pour le prix de 
beauté: 

a Et la troisième - — oui, la troisième — 

« Se tenait là et restait muette, 

« A elle je dus donner la pomme, etc. » 

Nous décidons -nous à voir concentrées les particularités de 
la troisième dans le « mutisme », la psychanalyse nous le 
dira: le mutisme dans le rêve est une représentation usuelle 
de la mort (2); 

■ 

(ï) Cette illusion se perd complètement dans la traduction allemande de 
Schlegel, elle y prend même la tendance à signifier le contraire : 

Dein schlichtes Wescn spricht beredt mich an* 
(Ton être modeste s'adresse à moi éloqueiument). 
(2) Ce qui se trouve aussi indiqué dans Stekel parmi les symboles de la 
mort. [Sprache. des Traumes, 1911), (Note de l'auteur). C'est chose évidente 
et courante que cette caractérisât! ou des morts par leur silence à notre égard, 

iREVUlî FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



■ ■ h 



554 REVUE FRANÇAISE -DE PSYCHANALYSE 



Il y a pins de dix ans, un homme d'une haute intelligence 
me communiqua un rêve qu'il comptait donner comme preuve 
de la nature télépathique des rêves. Il avait vu en rêve un ami 
absent dont il n'avait plus eu de nouvelles depuis longtemps. 
et lui avait fait d'amers reproches sur son silence. L'ami ne 
lui avait pas donné de réponse. Or il avait été prouvé par la 
suite que c'est environ au moment de ce rêve qu'il s'était 
suicidé. Laissant de côté le problème de la télépathie s il ne 
semble pas douteux, ici, que le mutisme dans le rêve devient le 
représentant de la mort. De même, dans le rêve on verra un 
symbole indéniable de la mort dans le fait d'être caché ou 
d'être introuvable, ainsi- que l'expérimente trois fois le prince 
pour Cendrillon, non moins que dans la pâleur frappante que 
rappelle la « paleness » du plomb dans Tune des variantes du 
texte de Shakespeare (i). 

Il nous sera bien plus facile de faire passer cette interpréta- 
tion du langage des rêves dans le langage mythologique qui 
nous occupe, si nous pouvons rendre vraisemblable que le mu- 
tisme, ailleurs encore que dans les rêves > doive être interprété 
comme indice de la mort. 

Je prends ici le neuvième des contes populaires de Grimm, 
intitulé: Les douze frères (2), Un roi et une reine avaient 
douze enfants, tous des garçons. Le roi dit alors que si le 
treizième enfant était une fille, les garçons seraient con- 
damnés à mourir. Dans l'attente de cette naissance, il fait faire 
douze cercueils, Les douze fils, avec l'aide de leur mère, s'en- 
fuient dans une forêt cachée et jurent de faire mourir toute 
fille qu'ils rencontreraient, 

Ce fut une fille qui naquit, Elle grandit et apprend un jour 
par sa mère qu'elle a eu douze frères. Elle résout de les 
retrouver, rencontre dans la forêt le plus jeune qui la recon- 
naît, mais qui voudrait la cacher à cause du serment des frères. 

C'est de cette façon, d'ailleurs, que le D r Morlet explique l'absence de bouche 
chez les fameuses idoles glozéliennes d'autbencité si discutée ; « Pour ces peu- 
« pies primitifs, ce qui devait, dès l'abord, distinguer un mort d'un vivant, 
* c'est çju*ïl ne pouvait plus parler. La représentation- de la mort,- qui est le 
grand silence, demandait la suppression de la bouche n. {Mercure de France t 
15 octobre 1926, p. 262, note). (Note de îa Rédaction . — È. P.) 

(j) Stekel. 1. c. 

(2} Voir p. 50 de l'édition « Reklainausgabe », Vol. I. 



LE CHOIX DES TROIS COFFRKTS 555 



La sœur dit: « Je veux bien mourir si, par là, je puis sauver 
nies douze frères. » Mes les frères l'accueillent de bon coeur, 
elle reste auprès d'eux et s'occupe de leur ménage, 

Près de la maison, dans un petit jardin poussent douze lys; 
la jeune fille les cueille pour en donner un à chacun de ses frè- 
res > Instantanément, les frères sont changés en corbeaux et 
disparaissent de même que la maison et le jardin. Les cor- 
beaux sont des oiseaux-âmes , le meurtre des douze frères par 
leur sœur se trouve de nouveau indiqué par la cueillette des 
douze fleurs j comme au début il Vêtait par les douze cercueils 
et la disparition des frères, La jeune fille, toujours prête à 
délivrer ses frères de la mort, apprend à quelle condition elle y 
arrivera; elle devra pendant sept ans rester muette, ne pas 
articuler un seul mot. Elle se soumet à cette épreuve, qui la 
met elle- même en danger de mort, c'est-à-dire qu'elle meurt 
elle-même pour $es frères comme elle en avait fait vœu avant sa 
rencontre avec eux. Par l'observation absolue du mutisme, 
elle réussit enfin à délivrer les corbeaux, 

D^ine manière toute semblable dans le conte des Six cygnes^ 
les frères métamorphosés en oiseaux sont, par le mutisme de 
leur sœur, délivrés, c'est-à-dire rendus à la vie. La jeune fille 
a pris la ferme résolution de sauver sts frères, « dût-il lui en 
coûter la vie » et," devenue l'épouse du roi, de nouveau elle 
risque sa vie plutôt que de renoncer â son mutisme, fût-ce 
même pour confondre de méchantes accusations. 

Nous trouverions certainement, dans les contes, d'autres 
preuves encore que le mutisme doit être compris comme une 
représentation de la mort* Et, si nous suivons cette trace, alors 
la troisième des sœurs entre lesquelles a lieu le choix sera 
une morte. Mais elle peut encore être autre chose, à savoir: 
la mort elle-même, la déesse de la Mort. Grâce à un déplace- 
ment qui n'est pas rare, les qualités qu'une divinité- octroie 
aux hommes lui sont attribuées à elle-même. Ce déplacement 
nous surprendra d'autant moins chez la déesse de la Mort que, 
dans la conception et la représentation modernes qui sont ici 
déjà impliquées, la mort elle-même ne serait qu'une personne 
morte. 

Mais si la troisième des sœurs est la déesse de la Mort, 
nous connaissons ces sœurs* Ce sont les sœurs symbolisant 



556 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



la destinée, les Moires, ou Parques, ou Nomes, dont la troi- 
sième s'appelle Atropos, l'Inexorable (1). 

Ecartons pour le moment le souci d'introduire cette inter- 
prétation dans notre mythe et demandons aux mythologues 
de nous instruire sur le rôle et l'origine des déesses du des- 
tin {2). 

La plus antique mythologie grecque ne connaît qu'une Moïpa 
comme personnification de la destinée inévitable (dans Ho- 
mère) (3), Cette évolution d'une moire unique en un groupe de 
sœurs 5 de trois divinités (plus rarement de deux), se fit pro- 
bablement à l'instar d'autres divinités auxquelles les Moires 
sont apparentées, comme les Grâces, les Heures. 

Les Heures furent à l'origine des divinités des eaux célestes 
qui dispensent la pluie et la rosée, des nuages dont la pluie 
découle, et, comme les nuages sont conçus comme un tissu , 
il en ressort pour ces déesses le caractère de fileuses, qui se 
fixe spécialement sur les Moires. Dans les pays méditerra- 
néens bénis du soleil, c'est de la pluie que dépend la fertilité 
du sol et c'est pourquoi les Heures se transforment en divi- 
nités de la végétation* On leur doit la beauté des fleurs, la 
richesse des fruits et on leur accorde une plénitude d'aima- 
bles et thar mantes qualités. Elles deviennent les divinités 
représentantes des saisons (1) et peut-être doivent-elles à cette 
circonstance leur nombre de trois, si tant est que le caractère 
sacré du nombre trois n'y eût pas suffi* Car ces anciens peu- 
ples ne discernaient au début que trois saisons: l'hiver, le 
printemps et l'été. Ce n'est que plus tard que l'automne y 

(1) 'ÀTpo^o;, de à. préfixe négatif phonétiquement issu de l'iudo- 
-européen n (cf, alL un-, latin iv-) f et de Tpo-. qui est Tune des formes de 
la racine de Tpé-w. , détourner. (Note de la' Rédaction. E. P.). 

(2) Ce qui suit est emprunté au diction 11 aire de Roscber (Roschcrs Lcxicon 
4cr Grtcchischen xmd roviischcn Mythologie) sous les titres correspondants. 

(3) Moïja. de * ffijtoo-ya, se rattache à jjliîsojjls'., obtenir eu partage 
(Note de la Rédaction/ E. l\). 

(i) Cette filiation des fonctions divines des Heures n'est peut-être plus 
exactement en rapport avec les données actuelles de la linguistique. En ef- 
fet» si Ton en croit Boïsacq (Dictionnaire étymologique de la langue grecque, 
p + r.oS^, s. \\ ojp^c). , le vocable ttj^c paraît avoir désigné primitive- 
ment une saison, un laps de temps. Il représente en effet, semble- t-i1, un in- 
do-européen * yorû , ancêtre de l'allemand Jahr et de l'anglais ycar f qui ont 
pris le sens d'année. (Note de la Rédaction. E, P.) 






«p 



LE CHOIX DES TROIS COFFRETS * 557 

fut ajouté, à V époque gréco-romaine, et alors souvent les 
Heures, au nombre de quatre, parurent dans les œuvres d'art. 

Il reste acquis aux Heures leurs rapports avec le temps ; 
plus tard, elles présidèrent aux heures du jour comme autre* 
fois aux temps de l'aimée et finalement leur nom se réduisit 
à désigner l'heure (heure, &p a ). Les Nornes de la lithologie 
germanique, si proches parentes par leur essence des Heures 
et des Moires, montrent ostensiblement dans leur nom ce sens 
relatif au temps. Mais il ne pouvait manquer que l'essence de. 
ces divinités lie soit plus profondément conçue et ne soit trans- 
férée au caractère de nécessité présidant au changement des 
saisons; les Heures devinrent ainsi gardiennes des lois de la 
Nature et de cette sainte ordonnance qui fait revenir dans la 
nature les mêmes phénomènes suivant un ordre inchangeable* 

Cette notion relative à la Nature eut sa répercussion sur la 
conception de la vie humaine. Le mythe de la nature se trans- 
forma en un mythe humain; les déesses du temps devinrent 
des divinités du destin- Mais ce rôle des Heures ne trouva son 
expression que chez les Moires , qui veillent aussi inexorable- 
ment sur la nécessaire ordonnance de la vie humaine que les 
Heures le font sur les lois de la nature. L'inévitable sévérité 
de la loi, les rapports avec la mort et avec la destruction qui 
avaient été épargnés aux gracieuses apparitions des Heures se 
marquèrent en dures empreintes sur les Moires, comme si 
l'homme n'avait réalisé tout le sérieux des lois de la nature 
qu'en se sentant obligé d'y subordonner sa personne elle- 
même. 

Les noms des trois fileuses ont été aussi compris d'une 
manière assez complète par les mythologues. La deuxième, 
Lachésïs (i), semble désigner (2) « le hasard qui se manifeste 
au-dedans des lois qui régissent le destin » — nous dirions: 
le fait de vivre - — comme Àtropos représente l'inévitable, la 
mort, et il ne resterait alors à Clotho (3) que le sens des 
fatales dispositions innées. 

Il est temps, maintenant de revenir au thème à interpréter 

(1) ÀavÉffLÇj lot, part, de X/sf/ivoi* obtenir par le sort (Note de la Rédac- 
tion. E + ¥\). 

(2) J. Roscher, d'après Preller-RoberL Griecliische Mythologie. 

{3) Ka&>0(&, la déviâevse, de kXwQw, dévider. (Note de la Rédaction, 
E- P.). 



S5& KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



du choix entre trois sœurs* Nous remarquerons alors avec un 
profond déplaisir combien les situations envisagées, quand 
nous les voyous de ce point de vue, deviennent incompréhen- 
sibles, combien il se présente de contradictions dan. s leur con- 
tenu apparent- La troisième des sœurs que nous disions être 
la déesse de la Mort, la mort elle-même, comment dans le 
choix de Paris est-elle la déesse de l'Amour, dans le conte 
d' Apulée une beauté comparable à cette déesse, dans le Mar- 
chand de Venise la plus belle et la plus sage des femmes, chez 
Lear la seule fille fidèle ? Peut-on imaginer contradiction plus 
complète ? Mais peut-être cette si invraisemblable surenchère 
est-elle tout près d'être comprise. Elle existe vraiment, si 
chaque fois, daiivS notre thème, le choix entre les femmes est 
libre et qu'en même temps le choix doive tomber sur la mort, 
que pourtant personne ne choisit, dont on devient la proie 
de par le destin seul. 

Or, des contradictions d'une certaine nature, des remplace- 
ments par le contraire le plus pleinement opposé n'offrent pas 
au travail d'interprétation analytique de sérieuse difficulté. 
Nous n'en appellerons pas ici à cela que, dans les modes 
d'expression de l'inconscient, comme dans le rêve, des con- 
traires sont si fréquemment représentés par un seul et même 
élément. Mais nous nous rappellerons qu'il y a dans la vie 
psychique des motifs qui amènent le remplacement par leur 
contraire en créant ce qu'on appelle des formations réaction- 
n elles, et nous pourrons justement espérer le succès de notre 
travail de découverte 'de tels motifs cachés. La création des 
Moires résulte de la constatation avertissant l'homme qu'il 
fait lui aussi partie de la Nature et qu'il est, de par cela, 
soumis à l'inexorable loi de la Mort, Quelque chose en 
l'homme devait se révolter contre cet assujettissement, 
l'homme ne renonçant qu'à regret à sa situation d 'exception . 
Nous savons que I 1 homme utilise l'activité de son imagina- 
tion pour satisfaire ses idées que la réalité ne satisfait pas, 
Aussi son imagination s'éleva contre la constatation, person- 
nifiée dans le mvthe des Moires, et l'homme alors en fit déri- 
ver le mythe dans lequel ia déesse de la Mort est remplacée 
par la déesse de l'Amour et par les figurations humaines qui 
lui ressemblent. La troisième des soeurs n'est plus la Mort, 



!| - 






LE CIÏÛIX DES TROIS COFFRETS 



559 



elle est la plus belle, la meilleure^ la plus désirable, la plus 
adorable des femmes, Et, techniquement, cette substitution 
n'était nullement difficile; elle était préparée par une vieille 
ambivalence, elle s'accomplit sur la ligne d'un antique enchaî- 
nement qui ne pouvait pas être oublié depuis longtemps. La 
déesse de l'Amour qui, maintenant, se présentait à la place 
de la déesse de la Mort, lui était autrefois identique. Aphro- 
dite la" Grecque- n'avait elle-même pas renoncé absolument à 
toute relation avec les Enfers, bien qu'elle eût abandonné 
depuis longtemps son rôle chthônien à d'autres divinités, à 
Perséphone, à Àrtémis-Hécate à la triple figure. Les grandes 
déesses-mères des peuples orientaux semblent aussi toutes 
avoir été aussi bien procréatrices que destructrices, déesses 
<3e la Vie et de la Génération comme déesses de la Mort. Ainsi, 
le remplacement, dans notre thème, par un contraire engen- 
dré par le désir > remonte jusqu'à une identité ancestrale. 

Cette considération répond à là question que voici: d'où 
provient le trait du choix qui s'est introduit dans le mythe 
des trois sœurs ? Là encore s J est produit un renversement 
sous l'influence du désir: choix est mis à la place de néces- 
sité, fatalité. L'homme vainc ainsi la mort qu'il a reconnue 
par sa pensée. On ne saurait imaginer un plus grand triomphe 
de la réalisation du désir. On choisit là où, en réalité, on obéît 
à la contrainte et Celle qu'on choisit, ce n'est pas la Terrible, 
mais la plus belle et la plus désirable. 

En y regardant de plus près, nous remarquons, certes, que 
les déformations du mythe primitif ne sont pas assez pro- 
fondes pour ne pas se trahir par des vestiges. Le libre chois 
entre les trois sœurs n'est,- au fond, pas un choix libre, car 
il faut nécessairement qu'il tombe sur la troisième s'il ne doit 
pas, comme chez Lear, occasionner tous les malheurs, La plus 
"belle et la meilleure > qui a pris la place de la déesse de la 
Mort, a gardé des traits qui touchent aux inquiétants mys- 
tères et par lesquels nous avons pu deviner ce qui était ca- 
ché (i), 

(i) La Psyché d'Apulée a aussi conservé bien des traits qui rappellent 
ses rapports avec la mort. Son mariage est apprêté comme une cérémonie 
mortuaire, elle doit descendre aux enfers et tombe ensuite dans un sommeil 
■semblable à la mort (O, Rank), 

Sur la signification de P^ché comme çtéesse du Printemps et « fiancée du 



560 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Nous avons jusqu'ici suivi le mythe et son évolution, et 
nous espérons avoir indiqué les obscures raisons de cette évo- 
lution. Nous avons maintenant le droit de nous intéresser à 
la façon dont le poète s'est servi du thème. Nous avons l 'im- 
pression que chez le poète s'accomplit une sorte de retour du 
thème vers le n^the primitif, si bien que le sens poignant de 
celui-ci, affaibli par les déformations subies, nous est de nou- 
veau rendu sensible. Par cette réduction des déformations,. 
par ce retour partiel à ce qui était primitif, le poète atteint à 
l'action profonde qu'il produit sur nous. 

Pour éviter, tout malentendu, je tiens à dire que je n'ai pas 
l 'intention de contredire que le drame du roi Lear veuille 
rendre sensible ces deux sages leçons: qu'on ne doit pas re- 
noncer de son vivant à son bien et à ses droits et qu'il faut 
se garder de prendre des flatteries pour argent comptant (2)* 
Ces avertissements et d'autres, analogues, ressortent, en effet, 
de la pièce, mais il me semble absolument impossible d'expli- 
quer par le sujet de ces réflexions l 'effet écrasant que produit 
Lear, ni d'admettre que les motifs personnels du poète soient 
épuisés par l'intention de donner ces leçons. De même, quaud 
on nous dit que le poète a voulu nous représenter la tragédie 
de l 1 ingratitude , dont il avait sans doute ressenti sur lui-même 
les morsures, et que l'effet de la pièce repose sur la seule 
forme artistique dont il l'a revêtue, cela ne me semble pas 
remplacer la compréhension à laquelle nous parvenons en esti- 
niant à sa valeur le thème du choix entre les trois soeurs. 

Lear est un homme vieux. Nous l'avons dit : c'est à cause 
de cela que les trois sœurs sont présentées connue ses filles. 

Trépas », voir A. Zîngow, Psyché ci Eros (Psyché uiid Eres), Halle, iSSï + 

Dans un autre conte de <»rimm (11* 179, La garants? à* mes: auprès dit 
puits {die Gansehirtiu am Brunneu) se trouvent, comme chez Cendrillon, 
les alternatives de beauté et de laideur de la troisième fille, où il est permis 
de voir une allusion à sa double nature — avant et après la substitution. 
Cette troisième fille est rc poussée par son père après une épreuve qui est 
presque analogue à celle du Rot Lear. Elle doit, comme ses autres sœurs, 
indiquer combien elle aime sou père, mais ne trouve pas d'autre ternie pour 
exprimer son amour que de le comparer au sel. (D'après une communication 
amicale du D r Hanns Sachs.) 

(2) De même le contenu manifeste du thème des trois coffrets est évidem- 
ment le suivant : il ne faut pas juger les choses par leur apparence exté- 
rieure, ni se laisser tenter par une avidité basse et immédiate ; il faut au 
contraire savoir déceler, dai^s les choses de ce monde, les qualités cachées qui 
donneront le vrai et noble bonheur, (Note de la Rédaction, E + P.) 



■*-./. 



f- -' 



LE CHOIX BBS TROIS COFFRETS 1 



çôr 



La relation de père à enfants, d'où pourraient découler tant 
de fructueuses inspirations dramatiques , le poète ne s'en sert 
plus au cours du drame, Mais Lear n'est pas seulement un 
vieillard, c'est aussi .un mourant. La proposition si extra- 
ordinaire du partage de l'héritage perd ainsi toute son étran- 
geté. Cependant cet homme vojié à la mort ne veut pas renon- 
cer à l'amour de la femme, il veut se faire dire à quel point il 
est aimé. Qu'on se reporte ensuite à l'émouvante dernière 
scène, un des sommets du tragique dans le drame moderne: 
Lear porte le cadavre de Cordclia sur la scène. Cordélia, c'est 
la Mort. Bn retournant la situation, elle nous apparaît com- 
préhensible et familière. C'est la déesse de la Mort qui emporte 
le héros mort du terrain du combat, comme la Valkvrie de la 
mythologie germanique, La sagesse éternelle drapée dans le 
vêtement du mythe antique conseille au vieil homme de renon- - 
cer à l'amour, de choisir la mort, de se familiariser avec la 
nécessité de mourir. 

Le poète rapproche de nous le thème antique en faisant opé- 
rer le choix entre les trois sœurs par i^n homme vieilli et mpu- < 
ran t. L* élaboration régressive qu'il entreprend ainsi du mythe 
altéré par les déformations du désir en laisse transparaître le 
sens antique au point qu'une interprétation superficielle et 
allégorique des trois figures féminines du thème nous devient 
possible. On pourrait dire que ce sont les trois inévitables rela- 
tions de l'homme à la femme qui sont ici représentées: la géné- 
ra trice, la compagne et la destructrice. Ou bien les trois aspects 
sous lesquels se présente/ au cours de sa vie, l'image de la 
mère: la mère elle-même, l'amante qu'il choisit d'après l'image 
de celle-ci et, finalement, la Terre-mère, qui' le reprend â nou- 
veau. Mais le vieil homme cherche vainement à ressaisir 
l'amour de la femme tel qu'il le reçut d'abord de sa mère ; 
seule, la troisième des filles du Destin, la silencieuse déesse 
de la Mort, le recueillera dans ses bras. 



Vues analytiques sur la Vie des Abeilles 

et des Termites 



Par L. R. Delves Eroughton, 
traduit de l'anglais par Marie Bonaparte 

i 

Cette lettre, communiquée par M- le P r Freud, a été traduite pour 
la Revue française de Psychanalyse âvec la permission de l'auteur. 

Bida. Province du Niger, 7 août 1927 

N. P, Nigeria. — 



À Monsieur le Professeur Freud 



Monsieur, 



J'ai eu récemment la bonne fortune de lire — ceci en l'es- 
pace de quelques jours — trois livres; votre propre Psycholo- 
gie des Masses et La Vie des A beilles, ainsi que L a-Vie des Ter- 
mites, de Maeterlinck. J'avais déjà lu les deux premiers de 
<ces ouvrages plus d'une fois, mais séparément, et mainte- 
nant leurs contenus respectifs , en se rejoignant dans ma pen- 
sée avec certains passages, certaines- confirmations de La Vie 
des Termites y ont donné naissance à un courant d'idées qui, 
je r espère } se montrera fécond. 

Commençons par Maeterlinck : cet auteur , dans les deux 
ouvrages précités, fait d'abord une peinture admirable des 
communautés d'insectes, de leur organisation offensive et 
défensive, montre quelles présomptions il y a qu'elles pos- 
sèdent un langage à leur manière, et combien absolu est leur 
esprit de 'sacrifice social. Il se demande ensuite: mais quel 



L 



V 



VIE DES ABEILLES ET DES TERMITES 563 

-est le pouvoir qui gouverne cette organisation, et à qvic] idéal 
est fait ce sacrifice de la personnalité ? Lui-même ne peut four- 
nir aucune réponse satisfaisante et admet qu'en postulant un 
« Esprit de la Ruche », dont les insectes, en tant qu'iudivi- 
■dus, ne sont que les unités constituantes — telles les cellules 
dans un corps vivant — , il ne fait que revêtir d'un vêtement 
nouveau une force inconnue, dénommée tantôt instinct, tantôt 
intelligence, tantôt simple hasard. Mais il me semble que les 
théories émises dans votre Psychologie des Masses nous per- 
mettent de. résoudre, au moins en partie, ces déconcertantes 
énigmes. Vous dites — si je me souviens bien — que les liens 
qui assurent la cohésion d'un groupe sont libidinaux, que les 
membres en sont maintenus ensemble de par des identifica- 
tions, en premier lieu -avec- le chef, en second lieu l'un avec 
l'autre, ceci en vertu de r identification primitive. Le chef 
— ou meneur — assume le rôle d'un hypnotiseur entre les 
mains duquel les autres ont remis leur moi-idéal, et le tout 
rappelle l'organisation d'un groupe d'enfants soumis à un 
père despotique! 

Tl me semble que quelque chose approchant de tout près cet 
état se retrouve dans l'organisation des abeilles et des ter- 
mites. (Je ne sais malheureusement rien touchant les four- 
mis.) La reine est un despote, usurpant la fonction sexuelle 
de ses innombrables filles, et, dans le cas des termites, aussi 
de presque tous ses fils. De par leur stérilité forcée, les ouvriers 
et ouvrières doivent s'identifier avec leur reine pour obtenir 
n'importe quelle sorte de satisfaction sexuelle directe, et ainsi 
nécessairement s'identifier l'un avec l'autre. Mais la satisfac- 
tion elle-même obtenue ainsi par procuration est extrêmement 
limitée, et Ton doit s'attendre, si on accorde à ces insectes une 
économie mentale le moins du monde comparable à la notre, 
à ce qu'une sublimation de grande envergure entre en jeu pour 
disposer de la libido demeurée en surplus. Il me semble m'en 
souvenir; vous avez dît quelque part que l'aptitude de l'homme 
à la civilisation était mesurée par son aptitude à la névrose; au- 
trement dit que l'origine" des arts, de l'industrie, de l'agricul- 
ture, etcr, était donnée par la libido détournée de son but primi- 
tif et canalisée dans des voies autres et socialement ïnoffen- . 
sives. Cette proposition est confirmée par l'étude des insectes 



>Wi*rihd^_>-a4-M-nM*tM^ 



564 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sociaux > chez qui des répressions similaires aux nôtres, mais 
les outrepassant de beaucoup en sévérité, ont donné naissance 
à une civilisation à bien des égards analogue à la nôtre. 

Nous trouvons ici, je pense, le secret de cette unanimité et 
de cet esprit d'invention dont Maeterlinck a été incapable de 
rendre compte. La ruche est une unité spirituelle, grâce â 
r identification, et le même processus qui imposa l'identifica- 
tion a dérivé un surplus d'énergie — n'étant plus à trouver 
chez les animaux normaux — vers des tâches de conservation 
collective. 

Même s'il n'était pas probable que, dès l'abord, les forces 
ayant créé les civilisations des abeilles eussent été d'origine 
libidinale, les voies particulières que suivent ces forces pour- 
raient conduire à soupçonner quelque chose de tel, La con- 
struction d'une demeure qui a pour centre la reine, et qui est 
en fait l'extension de sa personne, qui est inséparable de 
celle-ci, comme celle-ci l'est de celle-là, qu'est-ce, sinon 
l'expression matérielle de cette nostalgie de la sécurité et du 
narcissisme de l'enfant dans le corps maternel, nostalgie avec 
laquelle l'étude des rêves nous a familiarisés? La culture de 
certaines plantes, le fait d'héberger de propos délibéré cer- 
tains parasites intestinaux — la valeur pratique de ces cou- 
tumes mise à part — peuvent être attribués au désir à jamais 
frustré de se perpétuer, de porter une progéniture. Chez les 
abeilles, l'appareil compliqué producteur de cire,- qui n'existe 
en rien chez la reine, est peut-être au service du même désir 
d'enfanter. De plus, c'est un fait établi chez les hommes que 
l'avarice, dans toutes ses manifestations, est en étroite corré- 
lation avec Perotisnie anal, qui est essentiellement une régres- 
sion de la libido frustrée à une simple phase primitive. En 
présence de la propreté scrupuleuse des abeilles, qui, plutôt 
que de souiller leur ruche par temps froid f périront par mil- 
liers de maladies d'intestin, nous sommes en droit de présu- 
mer une régression de cette nature sur une large échelle et 
nous trouvons là une explication satisfaisante de leur instinct 
d'amasser le miel, peut-être même de l'exactitude mathéma- 
tique de leurs cellules. Une régression à la même phase, mais 
sans les répressions qui, chez 1* abeille, changent l'amour de 
la saleté en amour de la propreté, rendrait compte du plaisir 



■ 



ÂHM 



VIE DES ABEILLES ET DES TERMITES. fc 565 



que trouve l'ouvrier -ter mite à se nourrir de ses propres excré- 
ments , tandis que la reine et la famille royale jouissent du pri- 
vilège d'être nourris de la bouche et non de l'anus de leurs 
serviteurs. 

Le sadisme, Télé ment de cruauté inséparable de P amour, 
les instincts de mort projetés dans le monde extérieur au ser- 
vice de l'Eros, tout cela a eu, si je ne me trompe, sa part dis- 
tinctive dans le développement de ces deux insectes. A noter 
d'abord que l'arme offensive de l'abeille n'est rien autre que la 
modification de Toviducte atrophié, que s'en servir contre une 
reine est absolument défendu et que, bien que son usage impli- 
que la mort, les abeilles n'en sont pas moins prêtes à l'employer 
contre un intrus — les reines toujours exceptées — venu du 
monde extérieur. Revenant aux termites, nous constatons une 
modification encore plus profonde : l'évolution d'une caste 
guerrière distinctive rendue possible par la plasticité de la 
forme de l'insecte, et peut-être aussi par l'économie de libido 
résultant de l 'absence d'yeux et d'ailes. Mais, même ici, les 
soldats à seringue, au moins aussi communs que ceux à man- 
dibules hypertrophiées, semblent montrer, par la création 
d'n n organe éjaculateur tourné contre leurs ennemis, la vraie 
nature de la force qu'ifs ont appelée à l'aide. 

Par rapport au fait que les ouvriers-termites sont aveugles, 
notre propre expérience saura peut-être nous fournir une expli- 
cation, T^e fait de crever ]es yeux dans les rêves et les légendes 
dénote ordinairement la castration, -et, dans la communauté 
des termites, où les mâles aussi bien que les femelles subissent 
la perte de leur puissance sexuelle, il se peut que ce qui, chez 
^us, est un pur symbole, soit, dans l'intérêt d'un sacrifice 
*DÏns complet, traduit en réalité. 

Maeterlinck est incapable de découvrir dans la vie soit de 
l'abeille, soit du termite, rien d'approchant de nos plaisirs* 
savoir des choses qu'ils feraient uniquement pour eux-mêmes 
et non dans l'intérêt de la communauté. En même temps, il 
s'étend avec complaisance sur les danses cérémoniales accom- 
plies par les abeilles et les termites, et semble indiquer que les 
termites possèdent, en outre, une sorte de chant. 

Chez les abeilles, les danses semblent avoir une espèce de 
valeur éducative; il est possible qu'elles "soient, pour ainsi dire, 



566 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

les premiers pas sur la voie de la sublimation, montrant à la 
jeune abeille comment, et dans quelle direction, disposer du 
surplus de sa libido. 

Mais, chez les termites, ces danses semblent tout à fait spon- 
tanées r elles peuvent être provoquées artificiellement en se- 
couant r in secte posé dans un récipient, et semblent, de par 
cela, être dues à un abandon momentané au principe du plaisir 
dans sa plus simple forme. 

Chez les abeilles aussi, une autre source indubitable de plai- 
sir est 1 essaimage. A cette occasion, les lois restrictives pro- 
pres à la ruche sont en quelque mesure relâchées, et un état 
analogue à celui de nos vacances prend naissance. Il en est 
autrement chez les termites. Ils émettent une sorte d'essaim, 
mais composé seulement des individus pleinement développés 
des deux sexes; c'est une occasion de grand péril et d'anxiété 
au sujet de la cité, qui alors, et alors seulement, est offerte 
aux attaques des fourmis, et comme les termites sont capables - 
d'élever de jeunes reines pour remplacer les vieilles reines â 
l'intérieur de la cité, le mobile de l'essaimage demeure obscur. 
Il se peut qu'ils s'identifient eux-mêmes eu quelque mesure 
avec les émigrants et obtiennent ainsi, par procuration, une 
sorte de satisfaction de par la liberté de ceux-ci^ tandis qu'en 
les expulsant annuellement > ils renforcent leur propre esprit 
de renoncement. Ou bien la fuite hors la cité primitive est 
peut-être simplement accomplie "dans l'intérêt de la féconda- 
tion croisée > puisqu'il semble assuré que les termites possè- 
dent des connaissances biologiques en avance sur les nôtres. 

Si nous présumons — et nous ne pouvons faire autrement — 
le despotisme sexuel de la reine, nous devons nous attendre 
à rencontrer chez ses sujets une ambivalence de sentiments 
au moins aussi marquée que celle manifestée par nous envers 
nos propres monarques. 11 y a des preuves abondantes d'une 
telle ambivalence, par exemple dans la coutume des abeilles 
de « bousculer à mort i> une reine étrangère lorsqu 'intruse 
dans la ruche, La haine les incite à tuer, non à expulser, 
l' intruse > mais le respect a fait inventer un système par lequel 
aucun individu n*est responsable de la mort. Les termites, de 
leur coté, aiment beaucoup lécher leur reine et absorber ses 
excrétions, et, si les soldats ne les en empêchent pas, ils déta- 



i ■■ : 






VIE DES ABEILLES ET DES TERMITES 



5$7 



cheront inêtne, ce faisant, des morceaux de sa chair. De plus, 
les deux sortes de reines sont soumises à une réclusion rigou- 
reuse dans la ruche, et leur maintien en fonctions, tel celui de 
certains chefs sauvages, dépend exclusivement de leur ferti- 
lité- Les cadavres des reines termites sont invariablement man- 
gés, et Ton peut ajouter que la décadence d'une, ruche est d'or- 
dinaire précédée, et peut-être causée, par la défection de cer- 
taines ouvrières qui, en pondant pour leur compte, détruisent 
la prérogative sexuelle de la reine, ce qui tend à prouver que 
de cette prérogative dépendent les liens qui assument la cohé- 
sion de la ruche. 

En concluant, je voudrais citer un exemple montrant com- 
ment les hommes reconnaissent le caractère matriarcal de la 
cité des termites et sa puissance unique. J'avais fréquemment 
remarqué, dans ce district, de petits paquets de feuilles placé5 
sur des termitières près de la route. En m 'informant des 
raisons de ce fait, j'appris que ceux qui souhaitaient voir 
s'accomplir l'un quelconque de leurs désirs allaient chez uu 
sorcier local qui leur donne une a médecine » et leur enjoint 
de la placer soit à un croisement de chemins, soit près d'une 
source, soit où je l'avais remarqué. Le symbolisme de ces deux 
premiers lieux sera évident à quiconque a étudié les rêves, et 
je dois ajouter que, dans la cité des termites, pour les raisons 
que j'ai essayé de donner — avec des connaissances et un art 
bien imparfaits — , l'homme primitif a trouvé encore un autre 
symbole de cette Déesse-Mère, le premier objet connu à l'ado- 
ration des hommes, de laquelle nous procédons tous, et vers 
laquelle inconsciemment nous tendons tous. 

L. R. Delves Beoughton. 



COMPTES-RENDUS 



Statuts de la Société Psychanalytique 

■ 

de Paris 



Article premier* ■ — If est constitué une association entre : 
Madame la Princesse Georges de Grèce,, née Marie Bonaparte, 
Madame Eugénie Sokolnickâ et les docteurs René ÂLtENDY, Adrien 
Borel, Henri Codet, Angelo Hesnard, René Laforgue, Rodolphe 
Lœwenstein, Charles Odier, Georges Parcheminev, Edouard Pj- 
chon et Raymond de Saussure. 

Art, 2, — Cette association a pour but d'étudier objectivement la 
doctrine, la technique et les résultats de la psychanalyse, et d'en dif- 
fuser la connaissance. Elle porte le nom de ; « Société Psychanalyti- 
que de Paris ». 

■ - 

Art. 3. — L'association demandera son affiliation scientifique à 
PAssociation Internationale de Psychanalyse ; mais cette affiliation 
ne l'obligera que dans les limites compatibles avec les lois françaises, 
sous le régime desquelles la Société Psychanalytique de Pans se place 
entièrement et uniquement, . 

Art* 4, — La Société Psychanalytique de Paris comporte deux or- 
dres de membres : les membres titulaires et les membres adhérents* 

Art, 5* — Pour les questions administratives, la Société se réunit 
en un Comité composé de tous les membres titulaires , mais auquel 
aucune autre personne ne peut être conviée. 

Art* 6. — Les séances scientifiques de la Société sont de deux or- 
dres : les séances d'études techniques réservées aux membres titu- 
laires, et les séances d'études générales, ouvertes aux deux ordres de 
membres. 



COMPTES RENDUS 569 



Akt. 7, — La Société Psychanalytique de Paris a un Bureau, 
-composé d'un Président, d J un Vice-Président, d'un Secrétaire et d'un 
Trésorier. Toutefois, au cours de la première année (1927), les fonc- 
tions de secrétaire et de trésorier seront réunies dans les mains du 
Docteur Rodolphe Lcewemstein. 

Art. S, — Tous les membres du Bureau sont élus pour un an. Les 
élections aux différentes fonctions du Bureau devront avoir lieu en 
janvier de chaque année, Toutefois, il n'y aura pas d'élections en 
janvier 1927, 

Art* -9. — Les membres du Bureau sont indéfiniment rêéligibles. 
Ils sont élus au vote secret. 

Art. io. — Pour chaque scrutin, chaque électeur reçoit un bulle- 
tin portant les noms de tous les candidats. Tous les bulletins doivent 
être indiscernables les uns des autres, c'est-à-dire soit tous imprimés, 
soit tous dactylographiés , soit tons écrits de la même main. Le secré- 
taire sortant est chargé de vérifier que les bulletins sont tous com- 
plets et identiques, et que chaque électeur n'en reçoit qu'un. L'élec- 
teur, en possession de son bulletin , y biffe tous les noms sauf celui 
du candidat qui lui agrée. 

Puis il donne, en pleine séance, son bulletin au président sortant, 
qui le met sur-le-champ dans l'urne, également en pleine séance. 

■ 

Art. ii, — Le vote par correspondance est admis pour les élec- 
tions au Bureau. Les membres désirant voter par correspondance doi- 
vent en aviser le secrétaire avant le i er décembre* Le secrétaire 
leur fait alors parvenir leur bulletin avant le 15 décembre. Le vote 
une fois inscrit sur le bulletin, celui-ci est inclus dans une enveloppe 
cachetée à la cire, adressée au secrétaire, et portant extérieurement la 
mention : Bulletin de Vote. Pour être valable, le bulletin doit être 
arrivé au secrétaire, qui en avise immédiatement le président ou à 
son défaut le vice-président, avant le I er janvier. Le jour de la séance 
d'élection, le secrétaire remet en pleine séance l'enveloppe cachetée 
an Président, en disant â haute voix : « De la part de tel membre, 
qui voté par correspondance » t Le Président décachette alors l'enve- 
loppe, en extrait le bulletin et le place dans l'urne es formes ordi- 
naires . 

Art. 12 ♦ — Le président pour 1927 est le docteur René Laforgue. 
Le président est élu en comité à la majorité absolue, par les membres 
titulaires. Il doit être choisi parmi les membres titulaires, La majo- 
rité relative, à partir du deuxième tour, suffira à assurer l'élection. 

Art. 13. — La vice-présidente pour 1927 est Madame Eugénie 
Sokouuckà. Le vice-présîdent et le secrétaire, de même que le tré- 
sorier sont élus dans les mêmes conditions que le président. 

Art. 14. — Les élections du président, du vice-président, du se- 
crétaire et du trésorier ont lieu au premier comité de Tannée, en 
janvier, 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE ro 



'— " ■ » 



570 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



. ART. 15 . — Tout bulletin de vote portant le nom d'une personne 
inéligible aux fonctions dont il s'agit est nul et réputé blanc. Tout 
bulletin de vote signé ou portant apparemment 1' indication de la per- 
sonnalité de l'électeur est également nul et réputé blanc. 

Art* 16, — Tout membre a le droit de refuser une fonction à la- 
quelle rélection vient de F élever. 

Art» 17. — Le mandat des membres du Bureau s'éteint de trois 
façons : par expiration , au bout de Tannée ; par démission, par ré- 
vocation. Les membres du Bureau doivent assister à toutes les réu- 
nions dudit Bureau, sur convocation du secrétaire provoquée par 
le président. Si, sans excuse valable, un membre du Bureau a man- 
qué trois séances consécutives, le Président peut le citer devant ses 
électeurs , qui ont alors licence de le révoquer de sa fonction, par une 
décision prise dans la même forme que celle par laquelle il a été élu. 
Si le membre fautif est le président, c'est le vice-président qui peut 
introduire l'instance en révocation, 

Akt. iS + — Les douze membres foudateurs sont de droit membres 
titulaires. 

Art. ig. — Le recrutement ultérieur d'autres membres titulaires-, 
se fera de la façon suivante : 

Le candidat devra d'abord faire acte de candidature par lettre adres- 
sée au président de la Société sous couvert du secrétaire. 

L'acte de candidature une fois régulièrement fait, la demande ne 
pourra être déclarée recevable par le président que si le comité a reçu 
d'un analyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, ou 
d'une branche quelconque de l'Association Internationale, l'assurance 
que le candidat s'est soumis auprès de lui à une psychanalyse pou- 
vant être considérée comme didactiquement suffisante. 

Si cette assurance émane d J un psj^chanalyste membre de la Société 
psychanalytique de Paris, elle peut être donnée verbalement a condi- 
tion que ce soit en séance du Comité* Au contraire, si elle émane d'un 
psychanalyste étranger à la Société Psychanalytique de Paris, elle 
doit être donnée par écrit, dans une lettre adressée au président sous 
couvert du secrétaire, 

La demande une fois déclarée recevable , le candidat pour être élu 
membre titulaire , devra réunir au moins les trois quarts des voix des 
membres titulaires votants; Le vote par correspondance est admis 
dans les mêmes conditions que pour les élections au Bureau. Pour 
fixer exactement le nombre de voix à obtenir, on prendra le multiple 
de 4 égal ou immédiatement supérieur au nombre réel des membres 
titulaires, et c'est de ce multiple qu'on prendra les trois quarts. 

Art. 20, — L'élection d'un nouveau membre titulaire pourra avoir 
lieu à une époque quelconque de l'année, <ïaais le secrétaire devra 
avoir, au moins quinze jours avant qu'elle n'ait lieu, avisé indivi- 
duellement chacun des membres titulaires. Le scrutin a lieu en séance 



COMPTES RENDUS 57 1 



de comité. Le ..jour du scrutin > le président ouvre et préside le débat 
au sujet de l'admission éventuelle* Ce débat se clôt par un vote écrit 
et secret dans la même forme que pour les élections au Bureau. 

Art. 2i. — Le recrutement des membres adhérents se fera de la 
façon suivante : 

Le candidat devra d' abord faire acte de candidature par lettre 
adressée au président de la Société sous couvert du secrétaire. 

Le secrétaire avisera alors les membres titulaires de la Société 
Psychanalytique de Paris, que la candidature est posée, ceci quinze 
jours au moins avant la séance d'élection. 

Art, 22. — L'élection d'un membre adhérent a lieu en séance de 
comité , au vote écrit et secret, t v 

Art; 23. — Toute élection dûment annoncée par le secrétaire est 
valable, quel que soit le nombre des électeurs présents ; mais le pré- 
sident doit faire faire les élections aux dates régulières des réunions 
ordinaires de la société, pour que les membres puissent commodé- 
ment être présents aux scrutins. 

Art. 24, — En cas de grave faute contre V honneur ou la déonto- 
logie professionnelle, 1* exclusion d'un membre (titulaire ou adhérent} 
peut être prononcée. 

L'instance en exclusion est introduite par une lettre émanant d'un 
membre quelconque (titulaire ou adhérent) et adressée au président 
sous couvert du secrétaire. Le secrétaire avise individuellement 
chaque membre, titulaire au moins quinze jours avant la séance de 
Comité où ledit membre doit être appelé à statuer sur l'exclusion. 

Le Comité est saisi le premier de 1 J instance en exclusion ; il entend 
le membre demandeur pour son accusation, le membre défendeur pour 
son plaidoyer, et en général toute personne pouvant éclairer sa reli- 
gion. Si le Comité le juge bon, il peut, pour l'enquête, déléguer ses 
pouvoirs à une Commission qui rapportera l'affaire devant lui le jour 
du vote final, Puis le Comité renvoie le demandeur et le défendeur, 
et vote en leur absence, même si l'un d'eux est membre titulaire. 

Art. 25. — La langue officielle des séances de la Société, ainsi 
que des bulletins, comptes-rendus, ou autres pièces écrites émanant 
d'elle, est la langue française. 

Art, 26. — Les séances d* études techniques ont Heu au moins une 
fois par mois, à une date régulière, sauf en août et septembre. 

Toutefois, le Bureau a le droit de convoquer les membres pour une 
séance extraordinaire avant la date fixée s'il juge que l'intérêt scien- 
tifique l'exige. 

Art, 27. — Les séances d'études générales ont lieu quand l'inté- 
rêt scientifique le demande, 

Art, 28. — Le Président préside les séances ; il y assure Tordre. 
Nul ne peut y prendre la parole qu'il ne la lui ait régulièrement 



4** 



57 2 REVUE FRANÇAISE DE PSVCHAKALYSE 



donnée ; il la donne aux divers membres dans l'ordre où ils Pont 
demandée. 

Art. 29. — Le secrétaire fournit le compte rendu des séances à 
la Revue Française de Psychanalyse, qui les publie. Il est également 
chargé de toute la correspondance incombant à la Société. 

Art. 30. — Les membres ordinaires des autres groupes psychana- 
l3'tiques affiliés à l'Association Internationale ont, lors de leur pré- 
sence à Paris, le droit d'assister à toutes les séances scientifiques de 
la Société an même titre que les membres titulaires. Toutefois , ces 
avantages peuvent être refusés au membre d'un groupe qui ne con- 
céderait pas des droits réciproques aux membres titulaires de la 
Société Psychanalytique de Paris. 

D'ailleurs, les membres desdits autres groupes pS3'eb analytiques 
sont, en tout état de cause, rigoureusement exclus des séances du 
Comité, Toute décision prise en présence de l'un deux serait entachée 
de nullité. 

Art. 31. — Des personnes étrangères tant à la Société Psychana- 
lytique de Paris qu'à l' Association Internationale de Psychanalyse 
pourront être invitées ponr une séance scientifique. Mais chaque invi- 
tation n'est valable que pour une seule séance. 

L'invitation pourra être faite sur la proposition de n'importe quel 
membre. 

Au cas exceptionnel où une personnalité marquante se trouverait à 
Paris temporairement et où le Bureau n'aurait pas le temps de 
recueillir le vote des membres, il pourrait prendre à lui seul l'initia- 
tive de T invitation. 

Art, '32. — La Société Psychanalytique de Paris se réserve de 
décider à partir de qnelle date il y aura lieu d'admettre les repré- 
sentants de la presse scientifique, médicale ou philosophique à assis- 
ter aux séances scientifiques pour en publier le compte -rendu dans 
leurs périodiques respectifs. 

Art. 33. - — Le Siège de T association est et demeure à Paris. Il est 
provisoirement installé r, rue Mignet (XVF) au domicile particulier 
du docteur Laforgue. 

Art. 34. — Les fonds de l'association se composent des cotisations 
qu'elle perçoit. Le trésorier administre ces fonds, et en dispose selon 
Favis du Bureau, d'après les indications budgétaires générales votées 
par l'Assemblée des membres titulaires au début de chaque année. 

Art. 35. — Le trésorier recueille les cotisations. Il rend compte 
publiquement de tontes ses recettes et dépenses au premier comité 
de Tannée, en janvier. 

Art. 36. — La cotisation pour les membres titulaires est obliga- 
toire. Elle est fixée à 100 francs par an, payables en deux versements 



^— ^H^^ 



^ — 



COMPTES liENDUS 



573 



semestriels, à, échéance du 15 juin et du 15 décembre, pour k premier 
être accompli le 15 décembre 1926; 

La cotisation de membre titulaire donne droit au service de la 
Revue Française de Psychanalyse. 

art. 37. — La cotisation, pour les membres adhérents > est une 
somme au moins égale au prix de l'abonnement annuel de la R£vue 
Française de Psychanalyse ; moyennant quoi le service de cette Revue 
leur est acquis. 

Art, 38* — La dissolution de la société peut être prononcée sur la 
demande de l'un des membres. Cette demande, clairement rédigée et 
contenant l'exposé détaillé des motifs^ est adressée au Président sous 
couvert du secrétaire. Ce dernier avise individuellement les membres 
trois mois avant la séance où doit être discutée la dissolution. 

Le vote sur la question de la dissolution a lieu dans les mêmes 
formes que pour l'élection d'un membre titulaire. 

L'actif possédé par la Société an 'moment de la dissolution est 
liquidé dans les formes légales françaises. 



WM 



574 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Seconde Conférence des Psychanalystes 

de Langue Française 

(Blois) 



La réunion, tenue à la mairie de Blois le 24 juillet 1927, était pré- 
sidée par le Professeur Hesnard* Celui-ci a rendu hommage à l'obli- 
geance du D r Olivier , secrétaire général du Congrès des Aliénistes 
et Neurologistes, qui avait aimablement facilité V organisation maté- 
rielle des séances. Ledit D r Olivier assista d'ailleurs à la réuni on > 
ainsi que le D r G* de Clérarnbault 

Les D r5 Flournoy (de Genève), Frey {de Stephansfeld), Ed. Piclion 
(de Paris) et Gilbert Robin (de Paris) avaient adressé leurs regrets de 
ne pouvoir participer aux travaux de la Conférence. 

On émit le vœu que fût réalisée une organisation plus large pour 
les prochaines Conférences annuelles. Il fut décidé que Ton avertirait 
à l'avance les médecins qui s'intéressent aux études psychanaly- 
tiques. 

Le sujet de discussion pour la réunion de 192S a été fixé ; 

« Technique de la Psychanalyse f>. Le rapport sera établi par les 
D K Laforgue et Loewenstein (de Paris), Le texte en sera publié dans 
le numéro de la Revue précédant la réunion, afin d'orienter et de 
faciliter la discussion consécutive. 

Cette réunion doit avoir lieu à Anvers, au début du Congrès des 
Aliénistes et Neurologistes de langue française. La présidence en a 
été offerte, par rassemblée, au D T Codet (de Paris). 

Nous avons donné, dans le corps de cette revue, le texte du Rapport 
présenté' par le D T Odier (de Genève) 3 sur la névrose obsession- 
nelle. Ce travail très remarquable a été hautement apprécié. Etayé 
sur une précise documentation clinique, il a permis à Y Auteur de 
rendre plus vivantes et plus familières aux psychanalystes français 
les notions du moi, du surmoi et du ça. 



COMPTES RENDUS 575 






M. Laforgue s'associe, de façon générale, aux conclusions du Rap- 
porteur, A propos du cas de M™ ç Dupont, il souligne le comporte- 
ment affectif vis-à-vis de l'onanisme, la lutte organisée contre la mas- 
turbation en utilisant les sentiments à l'égard de l'enfant, comme 
procédé de substitution, 

« Il y a en un conflit tout à fait particulier contre l'onanisme infan- 
<t tile, sans que le surmoî puisse avoir le dessus sur le moi. Le même 
« comportement s'est étendu an mari, puis à elle-même, ce qui s'est, 
a d'après Odier, traduit par son costume masculin. » 

D'antre part, ce surmoi représenterait une forme de satisfaction, 
car 1* identification avec les parents, avec les grandes personnes, tentée 
prématurément, permettrait à Y affectivité de se passer d'eux sans 
trop souffrir. 

M* Laforgue cite le cas d'une schizophrène en cours de traite- 
ment qui éprouve des difficultés â vaincre le surmoi et demande sou- 
tien au médecin, à mesure qu'elle se raproclic d'un état normal. 

Relativement à une observation personnelle de frigidité, il signale 
le désir d'être violée, comme appelant â la fois la satisfaction sou- 
haitée et la punition jugée obligatoire, comme cherchant un com- 
promis indépendant de la volonté de la malade. 

Sur le déterminisme du suicide, il ne partage pas entièrement l'avis 
de M. Odier. La réalisation effective lui paraît possible chez l'obsédé 
non seulement comme besoin de punition y mais encore avec une valeur 
proprement erotique. 

Dans la formation de l'enfant, certaines identifications apparais- 
sent normales, d'autres, au contraire, pathologiques. Il est de ces 
identifications pathologiques, perçues par le sujet comme anormales, 
dont il se plaint, Souvent alors > il s'agit de cas où le malade cherche 
à s'identifier avec un parent, mais en éprouvant une sensation de 
caractère étranger : c'est ainsi qu'il présente des signes à* automa- 
tisme mental. 

On peut découvrir chez les névrosés le sentiment d'une morale 
obscure, primordiale f de l'humanité : tout crime doit être puni* 

M* Laforgue cite encore le cas d'un enfant, atteint d'une obses- 
sion extrêmement précoce et qui, par la suite, posait des questions 
sur la causalité de tous lès événements. On retrouvait le désir de se 
comporter en surhomme t accompagné, d'une partj du besoin de 
punition, parce qu'il n'atteignait pas exactement la réalisation de 
son modèle (Dieu, le Père), et, d'autre part, de la tentative de régler, 
■de prévoir tous ses actes, avant de les accomplir* Il en résultait l'inca- 
pacité d'accepter la maladie ou la mort, comme imposées, d'où une 
tendance presque fatale au suicide. 



* ■ 



Madame Marie Bonaparte attire l'attention sur le diagnostic du cas 



57^ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



rapporté par le D r Laforgue, Ce cas, aboutissant au suicide, n'est-il 
pas plutôt suspect d'être une mélancolie qu'une simple névrose obses- 
sionnelle ? 

Elle fait remarquer que, dans le cas rapporté par le D 1 Odier,. 
l'attitude de la malade envers la mère est ce qui est resté le plus 
dans T ombre. Ceci peut être de par la nature du transfert. 

Une observation d'une portée plus générale mérite d'être faîte à. 
propos de ce cas ; celle de l' indépendance existant, dans la psycho- 
sexualité de la femme, entre l'homosexualité et le complexe de viri- 
lité. Il y a en effet des femmes très viriles d* esprit, de tendances, 
infinc en amour, et qui ne sont en rien, dans leur comportement > des 
homosexuelles — et inversement. 

Ceci pourrait être dû à l'indépendance relative existant entre les 
stades de position de la libido et les stades d'investissement de 
V objet. Des femmes , sous Y influence d'une répression survenue après 
le sbidc génital régressent au temps précédant la découverte de la. 
différence des sexes > et tiennent alors narcissiquement au pénis (pour 
elles clitoris), ne se résignent pas à la castration, à la féminité, au 
vagin, tout en conservant la possibilité, la nécessité du choix hétéro- 
sexuel de l'objet. 

La vie sexuelle de la femme est encore d'ailleurs, suivant l'expres- 
sion de M. Freud, un « continent noir s». La vie sexuelle de l'homme, 
plus unifiée > est moins ignorée ; celle de la femme demeure un 
immense domaine à explorer. 



* 

* * 



M. Hesnard assure que les idées soutenues par M. Odier sont, à 
peu de chose près les siennes s et il veut seulement les préciser sur 
quelques points de détails en insistant sur leur intérêt à la fois psy- 
chanalytique et clinique. 

Il n'est pas eu effet de ceux qui pensent que la Psychanalyse doit 
ou peut se passer de l'expérience clinique ; si elle le faisait, elle res- 
semblerait à ces hommes de laboratoire qui, sur le vu d'une coupe 
de tumeur ou d'organe, prétendent faire le diagnostic de la maladie.. 
Si souvent ils précisent de façon indispensable, essentielle, ce dia- 
gnostic, d'autres fois ils s'exposent à des désastres. — En ce qui con- 
cerne la psychanalyse, il est nécessaire de s'entendre au préalable 
sur les cas à soumettre à l'anatyse ; une fois étiquetés et clinique- 
ment observés à fond, {par conséquent comparables à d'autres sem- 
blables), ils fourniront la matière la plus instructive à l'exploration 
et à la cure psychanalytique. 

M: Hesnard est entièrement de l'avis de M. Odier lorsque celui-ci 
dit que l'obsédé diffère du phobique par la dissociation de l'érotisme 
pur et de l'esprit d'initiation, par la désaffectation de l' image obsé- 
dante qui, dépouillée de son ton émotionnel, apparaît en entière dis- 



*. 



COMPTES RENDUS 577 



cordance avec le cours habituel des pensées (« isolation »), par T im- 
portance des actes magiques négateurs, de la Toute-Puissance, etc., 
et surtout par le fonctionnement spécial du surmoi ; 

Le surnioi.de 1* obsédé frappe par la rigueur de sa menace à Y égard 
du moi, par sa nature sauvage, archaïque, primitive, très éloignée du 
sens moral vulgaire* Et le surmoi du phobique, fait de terreur impo- 
sée au moi, paraît bien être l'intermédiaire entre les deux. Le sur- 
moi i du phobique est simplement Vinsiance morale normale, sexua- 
lîsée de façon élémentaire par transformation du pkisir sexuel 
refoulé en angoisse, tandis que le surmoi de l'obsédé est profon- 
dément sexualisé par masochisme : il réalise ?un narcissisme qui peut 
devenir comparable à celui du schizophrène toutes proportions gar- 
dées. Et ainsi l'obsession ravit de plus en plus Y individu à la réalité, 
l'intériorise de plus en plus en fortifiant cet élément primordial du 
narcissisme qu'est le surmoi. 

M. Hesnard rappelle ici l'objection qu'il faisait Tan dernier à 
M. Odier au sujet de son surça; Le surmoi très sexuel et très pri- 
mitif de T obsédé est tout de même très personnel, donc très éloigné du 
Soi, du « Ça », malgré ses libres communications avec lui, puisqu'il 
est un agent de narcissisme ; Il n'existe pas en effet de narcissisme 
qui ne soit, par définition, un narcissisme des éléments égotistes de 
l'esprit. 

M, Hesnard, pour en revenir à la question de la différence des sur- 
mois de l'obsédé et du phobique, conte qu'il traite en ce moment 
deux malades , un phobique et un obsédé. Cette différence est, chez, 
eux, frappante. Le phobique, qui fait un transfert franc et intense,, 
a un surmoi qui n'est qu'un sens moral simplement érigé en Jndeoc 
qui lui interdit avec plus ou moins d'énergie, les pulsions sexuelles,, 
résumées dans le plaisir solitaire — obsédant — et jusqu'aux pollu- 
tions nocturnes dont il a la terreur. L'obsédé lui, hanté par l'image, 
projetée dans l'ambiant par la voie de T interprétation à base de doute, 
de Pagent de police — symbole de la défense sexuelle, est un Nar- 
cisse au transfert atténué , lointain, vaguement ironique, détaché de 
tout, et qui au fond préfère s& névrose malgré ses effroyables rigueurs, 
parce qu'il jouit vraiment de se sentir souffrir; Cette souffrance est 
chez lui sans angoisse vraie, elle est une sorte de sado-masochïsme : 
psychique remplaçant, dans la rue, la masturbation génitale qu'il 
pratique régulièrement chez lui. 

M. Hesnard est donc ici pleinement de l'avis de M. Odier et il fait 
remarquer^ que cette différenciation psjrchanaly tique du phobique et 
de F obsédé correspond parfaitement à la clinique. Pitres et Régis 
disaient schématiquement : « L'obsession est une sorte de phobie 
devenue chronique », Et M, Hesnard a lui-même souvent insisté, en 
particulier â propos des obsessions de dépersonnalisation et dans 
son récent livre des « Syndromes névropathiques », sur Y évolution 
spéciale qui conduit certaines névroses, au début névroses d'angoisse 



■-■^^n^^b 



&7 S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



avec quelques phobies , à la fin névroses d'obsession, beaucoup moins 
anxieuses mais beaucoup plus idéatives de forme, du stade clinique 
aigu d'invasion anxieux et phobique au stade ultime de chronicité 
obsédante,.. Eîi bien, cela s'explique par l'évolution de la régres- 
sion psychanalytique : A la longue le phobique sexualise son surmoi, 
l'organise en instance masochiste, se satisfait ainsi narcissiquement 
par son surmoi; et quand il a « appris à en jouer », comme dit M. 
Alexander,, il est devenu un obsédé, intériorisé et plus calme, quoique 
plus malade parce que plus déréalisê r 

Ce point est d'autant plus intéressant que chaque auteur a un peu 
sa conception à lui sur ces résultats incertains de l'enquête ana- 
lytique. L'an dernier , M. Laforgue exposait à la Conférence de 
Genève ses idées sur le rôle de l'attraction oedipienne envers la mère, 
dont il déduisait presque tout le schéma de révolution sexuelle* 
considérée, si 'l'on veut, dans son rythme digestif* Et avec M. Codet 
î\ a écrit que l'anxieux était suffisamment sevré (au sens propre) 
pour accepter la réalité au prix d'une angoisse alors que l'obsédé ne 
Tétait pas .assez pour éviter de compenser chaque essai de sacrifice 
ablatif par une intériorisation forcée. Je crois que la grande diffi- 
culté en pareille matière est de préciser ce qu'il y a de métaphorique 
dans ces notions psychanalytiques et, par contre, ce qu'on peut y 
trouver de réellement propre à l'instinct 






M ; Hesnard ajoute ensuite quelques réflexions au sujet de la con- 
ception psychanalytique de V hystérie. 

Il y a {à son avis de psychanalyste-clinicien), deux écueils à éviter 
lorsqu'on transpose â ce sujet les conceptions allemandes en psycha- 
nalyse française : 

I- — Le premier est d'assimiler à tort à l'hystérie la névrose de 
nature toute différente qu'est la phobie; que M/Freud appelle « hys- 
térie d'angoisse » sous prétexte qu'il y a trouvé une psychogénèse ! 
Il y a une psychogénèse à toutes les névroses et â toutes les psychoses 
et ce n'est pas îà une raison suffisante. On devrait appeler la phobie- 
hystérie d'angoisse « phobie psychogéné tique » ou « systématisée » 
(comme les auteurs français : Arnaud, Séglas, Pitres et Régis, Har- 
tenberg, etc.). M. Hesnard rappelle la principale différence avec 
l'hystérie : L'hystérique se sépare du surmoi et s'en remet à l'incons- 
cient pour tout résoudre, ce qui le préserve de toute angoisse tant 
qu'on n'analyse pas son sj'mptôine ; c'est un anxieux qui guérit de 
son angoisse par le symptôme. Tandis que le phobique étale son 
angoisse qui lui sert â épancher sa libido dans sa vie consciente- Et 
M* Hesnard revient à la définition clinique de l'hystérie proposée par 
M. Pichon en spécifiant, comme "M, Pichon lui-même l'avait nette- 



COMPTAS RENDUS 579 



ment fait, que la simulation des maladies d'origine hystérique est 
inconsciente et de bonne foi ; la définition psychanalytique de cette 
mcine hystérie sera la conversion, qu'il s'agit alors de préciser. 

II. — Là gît le deuxième écueil. C'est de confondre sous le nom 
de conversion tous les troubles somatiqnes de la névrose. Or Y hysté- 
rique convertit de façon très spéciale : au lieu d*etre malade, comme 
Y anxieux et î*hypochondriaque, par ses organes internes et par la voie 
du système neurovégétatif, il est malade par sou système nerveux de 
relation* par ce que M* Hesnard a appelé le système neuropsychique 
d'expression émotionnelle : crises à grand fracas (alors que subjecti- 
vement le malade reste calme) , manifestations théâtrales, contrac- 
tures et paralysies qui signifient quelque chose pour le public et qui 
ont ^besoin du public pour se manifester. C'est là, à V avis de M, Hes- 
nard > Y essence de l'hystérie, et aussi un caractère aussi bien clinique 
que psychanalytique ; c'est sur ce caractère qu'est basée toute la con- 
ception babinskienne ; faire comprendre au malade que son symptôme 
n'est pas intéressant et est artificiel, c'est le faire disparaître... jus- 
qu'à ce qu'il soit remplacé par un autre ! 

■ En conséquence il faut distinguer soigneusement la plasticité corpo- 
relle de l'hystérique qui fait du sujet un mime qui joue son incons- 
cient avec le souri re, de V excitabilité neurovégétative de l'anxieux et 
de Phypoehodriaque, qui fait du sujet un intériorisé, concentré sur 
sa souffrance intérieure. Et cette distinction est essentielle dans la 
pratiquej carj dit M. Hesnard f « si vous considérez comme hystéri- 
ques tous les intellectuels qui souffrent de malaises digestifs névro- 
pathiques, vous allez nous considérer tous comme des hystériques, 
ce que l'observation de tous les jours et l'expérience médicale la plus 
sûre contredisent formellement, » 

■L 

En conclusion, M. Hesnard propose de réserver le mot de conver- 
sion au mécanisme hystérique de matérialisation plastique qui ac- 
tionne les accidents pithiatiques clîniquement définis par Babinski 
et d'employer pour désigner les éréthismes neurovégétatifs communs 
aux autres névropathes des termes différents tels que : angoisse vis- 
céral e, irradiation ou dérivation neurovégétative; etc. 

- 

M, Hesnard fait enfin une dernière remarque : à son avis, il ne 
faut pas employer le mot impulsion pour désigner les actes obsédants 
— manies mentales, cérémonial obsédant , tics de défense, etc. — 
U impulsion est un symptôme tout différent, témoin d'une tare men- 
tale grave ou d'un déficit mental de nature psychopathique (schizo- 
ph rénique ou autre) ; c'est la tendance au réflexe, plus ou moins irré- 
sistible, La différence est surtout frappante dans ce qu'avec Régis, 
M. Hesnard a appelé la phobie d* impulsion de l'anxieux, qui abou- 
tit à un acte innocemment symbolique (toucher un couteau — pal- 



5§0 FEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 






per timidement le cou de sa victime) ; Chez les névropathes purs, le 
surmoi est trop puissant pour laisser passer une impulsion ! 

En terminant , M, Hesnard renouvelle â M. Odier ses compliments 
les plus chaleureux pouf l'œuvre bienfaisante et féconde qu'il a inau- 
gurée' par ses deux rapports de 1926 et de 3927. Et il ne saurait trop 
surmoi est trop puissant pour laisser passer une impulsion ! 






M, Lœweitstein prend la parole ensuite* Le surnioi paraît exister, 
dit-il, chez les sujets normaux et les besoins de morale ne sont pas 
forcément tous conscients; D'autre part, la tendance à l'identification 
avec un modèle n'est pas obligatoirement totale. Le plus souvent, il y 
a un véritable u découpage »* Il est à noter que le surmoi ne copie pas 
nécessairement les parents. 

On peut observer des phénomènes d'anxiété incompréhensibles 
pour le snjetj car * l'homme ne comprend jamais les raisons profon- 
« des pour lesquelles il renonce à telle ou telle satisfaction ». 

Le phobique se défend relativement bien, en particulier, â l'aide de 
tout son rituel. Chez l'obsédé, au contraire, la satisfaction n'est qu'in- 
directe et l'on voit reparaître, de façon durable, les états affectifs qui, 
au début, ont provoqué le refoulement. 

Enfin, à côté du désir d'identification, il est possible d'en observer 
la crainte ; le malade « n'ose pas » être identique à l'un de ses pa- 
rents. 






■ 

M. de Saussure voudrait demander à M. Odier si sa malade n'a pas 
progressé dans l'anah'se après la confession des obsessions (dans le 
deuxième mois) jusqu'au sixième mois* De son côté, il a remarqué > 
chez une obsédée, une longue période de stagnation, due au fait que 
tous les symptômes étaient ambivalents* Cette ambivalence se re- 
trouve chez la malade de M, Odier : d'une part, elle désire l'enfant, 
comme substitut du pénis et, d'antre part, elle a des réactions agres- 
sives contre lui* 

M. de Saussure pense qu'il y a là un point de technique intéressant 
â élucider et il serait heureux de connaître, par M* Odier > le résultat 
de l'expérience personnelle de ce psychanalyste à ce sujet. 



* 

* * 



M. Côdct présente enfin quelques intéressantes considérations. Il 
avait eu l'intérêt de discuter avec M- Odier quelques points de son 
rapport. Tout d'abord, il doit reconnaître combien il a été séduit par 



,■ 



COMPTES RENDUS s8l 



la qualité de la fine observation > d'ordre purement clinique, de M. 
Odier. Diverses remarques, concernant la suprématie de la pensée, la 
« mise en quarantaine « de certains éléments , « l'annulation rétroac- 
tive » des faits indésirables avaient vivement frappé M* Codet* 

D'autre part, dans la partie purement analytique du travail de 
M. Odier, la façon dont il présente les conflits entre ]e moi et le 
surmoi ont semblé à M, Codet d'une application diagnostique et thé- 
rapeutique fort appréciable. La mise en évidence des procédés pro- 
pitiatoires de l'un vis-à-vis de Tautre, la discrimination des mécanis- 
mes punitifs d'apparence moraux et, de faits, pseudo- moraux, parais- 
sent à M. Codet du plus grand intérêt. 

Enfin, il pense que M* Odier aborde résolument et utilement le 
problème si important d'une classification des névroses. Très modes- 
tement, M. Odier prétend n'apporter ici qu'un plan de travail. Ce 
plan est déjà un grand progrès dans Ja recherche. Après la vaste 
synthèse des états névrotiques, il devenait désirable de distinguer les 
variétés, au moins, dans les formes typiques. Le projet de classement 
qu'apporte M. Odier est séduisant, avec le mérite de partir de no- 
tions cliniques. Le rapporteur fait voir, par une étude analytique 
sincère que des mécanismes inconscients profonds, révèlent des diffé- 
rences parallèles aux distinctions de surface. 

Il paraît souhaitable d'aboutir, dans ce sens, à une délimitation 
claire d'états voisins, quoique souvent intriqués chez le même ma- 
lade* Cette étude ne peut que faciliter le travail des analystes. De plus 
elle écarte une objection trop fréquente des adversaires ou des igno- 
rants de l'analyse, qui pourraient la croire en opposition, avec les don- 
nées d'observation clinique, c'est-à- dire avec les faits. 

Cette orientation de recherches semble également à M, Codet fort 
intéressante, pour la confronter, de façon pragmatique autant que 
doctrinale, avec la notion, actuellement à l'étude, de la schizoïdie. 

^ 

Le Rapporteur, en quelques mots, remercie de l'intérêt suscité par 
son travail et de la discussion animée qu'il a provoquée. Il s'associe 
pleinement au désir, déjà exprimé par lui-même , de voir apporter la 
plus grande précision possible dans les termes employés. La com- 
préhension réciproque ne peut qu'y gaguer et certaines critiques ou 
controverses, trop purement verbales, pourraient ainsi être évitées. 



Commission Linguistique 

pour l'Unification 
du vocabulaire psychanalytique français 



Séance du 24 juillet 1957. 

La Commission Linguistique a tenu séance le 24 juillet 1927, à 
Blois. En T absence de son président, le D r Pic lion, elle a offert la 
présidence à Madame Marie Bonaparte, 

Les traductions suivantes ont été arrêtées : 

Angsthyslerie, — Syndrome phobique, (Hystérie d'angoisse de 
Frjîïîd). 

Conversionhysterie.'— Syndrome de conversion, (Hystérie de con- 
version de Freud), 

Angstncurose. — Névrose d'angoisse, 

Zwangshandlung. — Acte obsédant. 

ZwongsvorsteUung. — Idée obsédante, 

Zwangsdmken. — Pensée obsédante, 

Zwangsgriibehi . — Rumination mentale [obsédante]. 

Zivaitgson&me* - — Onanisme obsédant. 

ZïvangsceremomelL — Cérémonial obsédant, 

Zwanghaft. — Compulsif. 

Erregung. — Excitation ; émoi, 

Abfuhr. — Déversement, 

Abreagir&L — Àbréaction, 

Reizquelle, — Excitant (substantif). 

Somatisches Enigegenkommev. — Complaisance sematique ï 
plasticité corporelle, 

Besetzwn gêner gie. — Energie d'investissement, 
Rii-ekbesetzung. — Investissement régressif. 
Reakiîonsbildung. — Formation réactionnelle. 
Wiederhôlmigzwang. — Contrainte de répétition. 



^™-« — ■ 



COMPTES RENDUS 5^3 



Primar Vorgang. — Processus primaire-' 
Isolierung. — Isolation, 

Ungeschehenmachen. — Annulation rétroactive. 
Triebmischung. — Intrication des pulsions. 
Triebmtmischwns* — Bésîn tri cation des pulsions. 



A VIS 

L' INSTITUT PSYCHANALYTIQUE DE BERLIN (29, rue de Potsdaill v 

Berlin W. 35 )j a fixé connue suit son programme de cours pour le: 
trimestre d'hiver 1928 : 

Cours obligatoires : I™ année. 

M, Alexandre Rado. — Introduction à la psychanalyse. — Le 
jeudi, à 20 heures, à partir du 12 janvier. 

M. Charles Mîiller-Braunschweig. — La sexualité infantile, 
l'étude des pulsions , la théorie de la libido. — Le mercredi, à 21 heu- 
res, à partir du 11 janvier. 

IP année, 

M, François Alexander. — L'analyse du rnœ. — Le vendredi, 
à 20 heures, à partir du 13 janvier, 

M, Jenô Harmk, — Applications de la ps3 r chànalyse à la litté- 
rature et à Fart. — Le lundi } â 21 heures, à partir du g janvier. 

M- Hanns Sachs» — La technique psychanalytique. — Le lundï^ 
à 20 heures, à partir du g janvier. 

Vétérans, 

MM, Karen Horney et Alexandre Rado. — Colloque technique. 
— Le jeudi, à 21 heures, à partir du 12 janvier. 

M. Max Eitingon, — Exercices de pratique thérapeutique, (Sui- 
vant les circonstances). 

Cours facultatifs. 

M. Sigêfroy Bernfeld. — Entretiens psychanalytiques sur des 
questions de pratique pédagogique : 

a) Commençants : le mercredi, à 21 heures. 

b) Elèves plus avancés: le, mercredi, à 20 heures. 

M. Harald Schultz-Hekke; — Etude de l'ouvrage de Freud : 
« Le moi et le ça ». — Le vendredi, à 21 heures, à partir du 13 jan- 
vier. 



584 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



X* Congrès International de Psychanalyse 

(Inspruck) 



Séance du i er septembre 1927, (matin). 

D r Paul Fedcrn (Vienne) : Le narcissisme et ea structure du 
MOI. - — Les recherches psychanalytiques sur les états de dépersonna- 
lisation ont montré que dans toute dépersonnalisation , même dans 
celles qui ne concernent apparemment que le monde objectif, il s'agit 
d'un trouble narcissique. Chez V homme normal t les limites du moi 
sont entièrement chargées de libido narcissique. Il y a trouble du 
sentiment du moi lorsqu'une limite du moi en est chargée faiblement, 
lorsque le narcissisme lui est retiré. La partie des perceptions exté- 
rieures ou intérieures qui tst enregistrée par une de ces limites du 
moi faiblement chargées ou dépourvues de libido narcissique , acquiert 
ce sentiment spécifique de dépersonnalisation. 

On peut en conclure, vice versa, que des fonctions où un individu 
non-assujetti à la dépersonnalisation manifeste un sentiment de déper- 
sonnalisa tion, ne sont pas d'ordre libidinal. C'est surtout le cas pour 
les fonctions de la volonté. 

Nunberg a déjà constaté que tous les états de dépersonnalisation 
constituaient le début de toute psychose névrotique. La dé personnali- 
sation, en tant que psychose actuelle. (Aktualpsychose) doit être 
rangée parmi les névroses actuelles (Aktualneurosen), Dépourvue de 
symptômes physiques il faut, dans le domaine psj-cliique, la leur 
opposer. Les preuves à 1* appui de ces thèses sont fournies par l'obser- 
vation du sentiment du moi dans l'état qui précède le sommeil ou le 
réveil, dans l'état de dépersonnalisation et de rêve. 



COMPTES REKDUS 5§5 



D r Théodore Reik (Vienne) : LE sentiment de culpabilité incons- 
cient en tant qu'élément libidinal. 

Le sentiment de culpabilité est un élément psychique essentiel 
dans les processus de la libido* Il joue un rôle important dans la 
fixation secondaire de P objet et dans la régression libidinale, ainsi 
■que dans la « viscosité » (Klebrigkeit) de la libido en général. Le 
sentiment de culpabilité intensifie dans beaucoup de cas la jouis- 
sance en y introduisant la notion de ce qui est défendu t provenant du 
temps de Tenfance. L'épanouissement des pulsions n*est pas seule- 
ment facilité par un adoucissement du sentiment de culpabilité, mais 
aussi par sa collaboration latente. L* orgie (la noce) est une éruption 
de pulsions dont 1* intensité dépend en partie du sentiment de culpa- 
bilité, Le remords est une réaction morale qui doit sa résonnauce pro- 
fonde au fait de revivre quelque chose qui était interdit dans le sou- 
venir. Les religions favorisent et approfondissent les jouissances 
sexuelles par la prohibition et l'inhibition. Le refoulement ne repré- 
sente pas uniquement un effet d'instances morales, il est également 
caractérisé par l'acceptation et la reprise de jouissances interdites. Le 
retour de ce qui est refoulé est un processus psychique qu'il ne faut 
pas confondre avec l'immersion de ce qui refoule dans ce qui est 
refoulé. Dans les processus terminaux des névroses obsessionnelles, 
le commandement est transposé sur l'exécution des actions inter- 
dites. Ces points de vue sont importants pour la technique de la 
psychanalyse, parce que la jouissance intensifiée par le sentiment 
de culpabilité (jouissance perverse, rêveries etc.) est plus difficile à 
-enfreindre que la jouissance normale. 

D r Edouard Glover (Londres) : Quelques observations sur le 
mécanisme du suicide. 

Remarques sur les rapports de la théorie et de -la pratique en 
psi'chanalyse, illustrées par des observations concernant le problème 
du suicide. Deux questions sont mises en lumière : a) V influence de 
la psychologie du moi sur le fonctionnement du mécanisme de suicide; 
b) jusqu'à quel point des discussions sur la nature du surmoî peu- 
vent être mises en corrélation avec des découvertes cliniques. 

D &E * Hélène Deutsch (Vienne) ; Au sujet de la satisfaction, du 

BONHEUR ET DE L^EXTÀSE. 

L'auteur essaie d'expliquer en se basant sur des. expériences 
psychanalytiques) par quel rmnren l'homme peut réussir à se créer 
une philosophie positive de la vie qui le rende « heureux » et jusqu'à 
quel point cela paraît possible. Les tendances vitales générales peu- 
vent être réparties en tendances positives (celles qui rendent heureux) 
et en tendances négatives (celles qui s'opposent â la réalisation du 
bonheur). Ces deux tendances agissent Tune à côté de l'autre, Tune 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE II 



586 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



contre Pautre, Tune avec l'autre. Quoique dans la vie individuelle 
la tendance négative-destructive se trouve, quant au résultat final, 
être victorieuse, — par la mort de l'individu — , la puissance *de 
l'Eros, créatrice de vie toujours renouvelée, prévaut toutefois en tant 
que principe de vie affirmât if. Mais la tendance affirmative s'avère 
normalement comme victorieuse même dans la vie individuelle en 
tant qu'expérience purement psychique : notre connaissance de la 
mort est d'ordre intellectuel, car la vie psychique de l'individu est 
basée sur le sentiment de l'éternité ; elle nie, en dépit de l 'expérience > 
qu'il soit nécessaire et logique que le sujet doive lui-même jamais 
mourir. 

Les tendances positives et négatives correspondent à la classifica- 
tion dualiste freudienne des pulsions en pulsions sexuelles et pulsions 
de mort. Un trait leur est commun et ce trait commun semble être le 
principe primitif de toutes les tendances vitales : la réalisation d'un 
état primitif. La soif de situations dispensatrices de satisfaction et 
de joie s 'assimile "toujours â la soif de réaliser une unité. 

Etude analytique de deux cas. Les deux malades souffrent d'une 
dépression chronique, de iœàium vitœ. La malade A + ne connaissait 
qu'une seule interruption de sa nostalgie : sa vie conjugale étant 
monotone et peu satisfaisante elle éprouvait chaque fois à l'état 
d'extase sensuelle la plus extrême l'orgasme dans le coït. Entre deux 
actes sexuels, elle avait des sentiments de tristesse et de vide. La 
malade E M à la sexualité complètement refoulée, connaissait égale- 
ment les dépressions entre deux états extatiques. Ces extases étaient 
à la différence de celles de la malade À, dépourvues de toute excitation 
sexuelle. C'étaient des actes extatiques de sublimation, se manifes- 
tant spontanément , et de contenu divers : c'était ou une idée poli- 
tique, ou une idée philosophique ou religieuse à laquelle la malade 
s'intéressait au point d'atteindre, complètement détachée du monde^ 
à la félicité suprême. Chez la malade A. l'unité entre le moi et le 
monde objectif était réalisée dans l'acte sexuel par une duperie (sur- 
prise) du surmoi censurant, suivie ensuite par des sentiments de cul- 
pabilité dans la dépression. La malade E, revivait chaque fois dans 
les situations extatiques pet état dont nous avons pris connaissance à 
la fin de la période sexuelle infantile : l'introjection de l'objet libi- 
dinal dans la formation de l'Idéal, dans l'acte de sublimation. La féli- 
cité, qui accompagnait son état, était due à la réalisation de l'unité 
entre le moi et la partie du monde objectif sublimée, représentée dans 
l'idée. 

La vie se meut perpétuellement dans le cercle suivant : tension 
de déplaisir — effort pour supprimer ces déplaisirs de façon réjouis- 
sante — acte de jouissance — -commencement d'une nouvelle tension 
de déplaisir, placée déjà au seuil de l'acte de jouissance. Toute jouis- 
sance serait donc un état passager. 

Les états de bonheur passagers se réalisent là où l'unité entre le 



■*^^^*J 



COMPTES RENDUS 587 



moi et le monde est atteint. H y a confrontation dans le mécanisme 
psychique entre le moi et le monde intérieur ; ce dernier se compose: 
de pulsions et d'instances du moi* L'harmonie intérieure ^ c'est-â-dire 
r unité entre le moi et le monde intérieur est cet état qui crée le sen- 
timent de bonheur intérieur et qui enfin rend l'individu véritablement 
et sûrement capable de réaliser des actes heureux. 

D r Alexandre Rado : Le problème de la mélancolie. 

Essai d'appronfondir les connaissances sur Ja mélancolie en se 
basant sur les données de Freud et d'Abraham et en utilisant l'ana- 
lyse du moi (Narcissisme).. îiésumé : Les résultats jusqu'à présent 
obtenus dans l'étude de la mélancolie. On a réduit la mélancolie â 
l'état de faim du nonrisson. Une .série d'expérience infantiles et 
leur assimilation psychique postérieure. Les rapports entre « la 
faute », « l'expiation » et <* le pardon », Quelques connaissances sur 
la genèse du sentiment du moi et du besoin narcissique du moi. La 
relation objectale ambivalente du moi infantile. Quelques caractères 
des fonctions archaïques du moi et leur signification pour le processus 
d'introjection. Conditions pour la suppléance narcissique de V objet. 
L'introjection dans la mélancolie. Le sens du mécanisme propre à la 
mélancolie. Les conditions qui la font aboutir à la manie, c'est-à-dire 
à un type caractéristique d'obsession névrotique. Quelques direc- 
tives pour la conception du surmoi. La racine narcissique de la fonc- 
tion de la conscience. 

D T I\. Landauer (Francfort-sur-le-Main) : Quelques réflexions 

SUR LA PSYCHOLOGIE DE LA MANIE. 

A. Matériel : La psychanalyse approfondie : 1* de deux cas de 
folie maniaco-dépressive, au cours de l'intervalle, c'est-à-dire pendant 
la dépression ; 2* de deux états maniaques passagers pendant l'ana- 
lyse d'une « hystérie d'angoisse », c'est-à-dire d'une dépression psy- 
chogène en tant que manifestation de résistance (d'opposition). 

B. Symptômes : i* mauvaise humeur se manifestant par des accès 
d'hilarité. L^ rire, La signification de la récognition. 

2 Ù Besoin moteur : envie d'agir; à un degré plus avancé, envie de 
bouger. Temps parallèle : la première enfance jusqu'au « Peitschre- 
flex », 

3* Besoin de parler dégénérant finalement en une volubilité de pa- 
roles et de sons, Crachements de mots. Salivation, Temps parallèle : 
la dentition, 

4 Fuite des idées, associations superficielles. Facilité à se laisser 
détourner et surexciter par des excitations actuelles. Temps paral- 
lèle : celui où le moi n 3 est pas consolidé et où il n'y a pas encore de 
rapports étroits entre lui et la réalité, donc après le sevrage et avant 
la période anale. 



588 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



C. Quelques caractères du temps de l'excrétion orale : l'entêtement 

,oral . 

D. L^utilisation de la manie eu tant que réaction d J opposition. 

D r Karen Horney (Berlin) ; Au sujet des problèmes soulevés 

PAR I/JNSTITUTION DE LA MONOGAMIE- 

Les tendances sexuelles directes ont coutume de rétrograder daus 
le mariage monogame, tôt ou tard, eu faveur des tendances inhibées. 
Il ne s'agit pas là seulement d J un relâchement naturel de la tension 
sexuelle, déterminée par sa décharge normale mais d'une manifesta- 
tion due â l'interdiction de l'inceste conservant sa puissance même 
■vis-à-vis du mari. La libido ainsi libérée peut se tourner vers d'autres 
objets, mais se heurte aux barrières que lui oppose l'institution de la 
monogamie. La monogamie provient d'un désir infantile tendant à 
l'affection exclusive du père ou de la mère. Elle devient, par la voie 
de la régression anale, une exigence de possession du partenaire, et 
est sanctionnée sous cette forme pour des raisons d'utilité publique, 
La solution des nombreux conflits possibles qui résultent de cette si- 
tuation, dépend de la manière et de l'intensité des renforcements que 
les désirs polygames ont tirés de sources subconscientes, 

D l E. Jones (Londres) ; Le développement de la sexualité fémi- 
nine. 

En se basant sur Tanah^se très poussée de cinq femmes homo- 
sexuelles, nous essaierons de passer en revue nos connaissances en ce 
qui concerne le développement de la sexualité infantile de la femme 
et de mettre nos découvertes en rapport avec celles faites par Horney, 
H. Deutsch, Abraham et Freud, Nous distinguons entre la castra- 
tion prise dans son sens restreint, c'est -à-dire ayant pour but le pénis 
et celle prise dans un sens .plus large, visant la privation totale de 
tout plaisir sexuel. Cette dernière conception est la plus fondamen- 
tale, quoique constamment exprimée par les hommes, et souvent par 
les femmes dans les termes de la première. Discussion sur l'impor- 
tance relative de Penvie du pénis et des sentiments de culpabilité 
œdipienne et sur les rapports chronologiques de ces deux phénomè- 
nes. 

D v I. Harnik (Berlin) : Les rapports économiques entre le sen- 
timent DE CULPABILITÉ ET LE NARCISSISME FÉMININ. 

Dans son étude sur « Les destins du narcissisme chez V homme et 
la femme » V auteur a essa}^, en se basant sur les travaux de 
Freud et de Fereuezi, de faire découler l'orgueil pl^sîque narcissique 
de la femme du complexe de castration (manque de pénis). Un autre 
problème est celui des rapports qu^l y a entre ce résultat , tiré pour 
ainsi dire des profondeurs psychobiologiques, et le complexe d 'Œdipe 
et encore entre ce résultat et la conformation structurale du méca— 



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COMPTES RENDUS » 58g 



- 

nisme psychique conditionnée par la liquidation du complexe œdi- 
pien* L'auteur a été incité à s' occuper de ce problème par V ob- 
servation d'une femme qui — habituellement de comportement très 
narcissique — manifesta pendant l'analyse, à la suite d'une très 
grande amélioration de sa sensibilité vaginale, des sentiments de 
laideur (folie de la laideur}- L'analyse montra que cette intensification 
de jouissance était condamnée par son inconscient (c'est-à-dire par le 
sur moi) comme étant trop considérable et ramena ce sentiment de cul- 
pabilité à des expériences incestueuses survenues à l'époque de la 
puberté* Le fait que le sentiment de culpabilité s'exprimât juste par 
celui de devenir laide, put, grâce à une analj^se approfondie, être 
déduit de la situation œdipienne infantile. La mère était « laide », 
parce qu'elle était d'une sensualité « sale », et à cause de sa mens- 
truation. Si V enfant arrivait à renoncer â la réalisation de ses désirs 
spécifiquement féminins, elle pouvait s'estimer pure, belle , digne 
d'admiration et de désirs ; sinon, le contraire. Cette relation écono- 
mique garde également sa valeur pour les rapports avec le monde 
objectif , qui résultent de la position narcissique de la libido. 

Le narcissisme secondaire de la femme provenant de la disparition 
du complexe d 'Œdipe, est en corrélation avec son complexe de viri- 
lité, mais d'ordre positif quant au moi, parce qu'il se subordonne plus 
facilement à la tendance fondamentale du moi : unifier dans le sens 
de la féminité. Mais ceci nous montre justement que le mécanisme 
décrit ci-dessus se sert d'une régression à la source , plus profonde, 
du narcissisme féminin ; cette régression provient d'un phénomène 
antérieur ; V envie du pénis (c'est-â-dire : haine et désir dudit), La va* 
nité féminine est donc une de ces conséquences psychiques de la dif- 
férence anatomique des sexes qui ont été mises en évidence par 
Freud. Ces résultats peuvent être considérés d'autre part comme 
des confirmations médiates des données freudiennes sur l'origine de 
la féminité et le complexe œdipien féminin. 

D r Hcrnns Sachs (Berlin) : Les bases de la formation du carac- 
tère. 

L'auteur essaie d'expliquer la différence de caractère entre l'homme 
et la femme par le fait que l' influence de la formation du moi due au 
développement de la libido a lieu chez les deux saxes à des étapes 
différentes de l'organisation libidinale, 

D T François Alexander (Berlin) : Le caractère névrotique, sa 

PLACE DANS LA PSYCHOPATHOLOGIE ET LA LITTÉRATURE. 

La notion des névroses dépourvues de symptômes. Son importance 
pratique dans la thérapeutique psychanalytique. Un aperçu schéma- 
tique de toute la ps3^chopathologie basée sur les notions dynamiques 
et topiques du conflit psychique. Restriction de la validité de schémas 



<— 



__. 



5ÇO REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



en psychologie. Mise en lumière des rapports entre le caractère né- 
vrotique et les névroses, et antres manifestations psychopathologiqnes. 
Les diverses formes des caractères névrotiques. Le caractère névro- 
tique en tant que problème médico-ps3 r chologique. L J étude du carac- 
tère névrotique comme moyen conduisant â la psychologie du cons- 
cient et de la personnalité totale. Le caractère névrotique en tant que 
problème littéraire. Les types névrotiques dans les œuvres de Balzac. 
Le caractère névrotique en tant que trait d 1 union entre la littérature 
et la médecine. 

D r Guillaume Rcich (Vienne) : Au sujet de i/àkaj.yse du carac- 
tère. 

i° La notion de l'analyse du caractère. L'analyse du caractère n'a 
rien à voir avec l'éducation et la psychagogie. La clinique nous force 
de distinguer entre les résistances du caractère et d'autres résistan- 
ces ; elles dépendent du caractère, des particularités du malade. Le 
problème consiste à montrer que la forme des réactions se laisse ra- 
mener, ainsi que le contenu des symptômes, à des expériences infan- 
tiles. L'analyse est donc une analyse d'attitudes, de manières, de com- 
portement. 

2* Différence entre le symptôme névrotique et le caractère névro- 
tique. La distinction entre névroses de caractère et névroses sympto- 
matiques est sans importance, car toute névrose symptomatique est 
déterminée par un caractère névrotique. On peut seulement distin- 
guer entre névroses avec ou sans symptômes névrotiques. La diffé- 
rence entre le s\?mptôme et le trait de caractère névrotique consiste 
en ceci : 

a) Que le trait de caractère est, contrairement au symptôme, bien 
rationalisé ; b) Que le symptôme est un corps étranger (intrus) et 
qu'il suscite par conséquent un sentiment de maladie ; le trait de ca- 
ractère névrotique, an contraire, fait partie de la personnalité ; il ne 
comporte donc pas de conscience de la maladie, - 

c) Que le S3'mptôme est de structure relativement simple et peut 
se produire brusquement ; le trait de caractère > au contraire , est un 
résultat du passé entier et nécessite toujours des années pour se for- 
mer, 

3° La résistance du caractère : le caractère particulier de tout ma- 
lade devient, avec le temps, une résistance. Cette résistance du carac- 
tère a une origine et un sens définis ; elle est, en principe, analysa- 
ble, et ceci par la manière dont le malade fait ses communications, 
apporte ses explications, raconte ses rêves, bref par 3e « comment ». 
Le même malade communique les contenus les plus divers, accom- 
pagnés toujours de la même résistance du caractère ; des malades dif- 
férents rapportent les mêmes contenus de façon différente. Suivent 
quelques exemples. Il en résulte, pour la technique, que dans tous 
les cas le « comment » doit être pris en considération aussi bien que 



COMPTES RENDUS 59 r 



le « quoi *> ; mais dans les cas qui exigent en première ligne une ana- 
lyse du caractère, l'analyse du « comment » est plus importante que 
celle du contenu, La résistance du caractère doit être dégagée de la 
richesse des matériaux communiqués et interprétée autant que possi- 
ble/. L'analyse du caractère consiste en ceci, que le trait de caractère 
qui détermine la résistance cardinale, est dégagé'du niveau de la per- 
sonnalité, isolé et objectivé. On le rend ainsi propre à l'analyse. 
L'analyse du caractère est comme, toute analyse de la résistance r 
avant tout un travail fourni par l'analyste. 

4° Quelques détails de l'analyse du caractère et quelques exem- 
ples de résistances de caractère typiques, 

5° Quelques problèmes envisagés par l'auteur : 

Jusqu'à quel point une modification du caractère est-elle nécessaire 
dans l'analyse ? Réponse : Une modification est nécessaire si le carac- 
tère névrotique forme la base des sjnnptônies et entrave la puissance 
d'aimer et de travailler. Dans quelle mesure une modification peut- 
elle être obtenue ? En guise de réponse, il faut attirer Y attention sur 
les nombreuses lacunes de la charactérologie analytique. Avec les 
moj'ens dont nous disposons , l'on n'obtient que des modifications 
quantitatives* Le trait fondamental du caractère, la note personnelle 
ne se perdent jamais- 



Séance du 3 septembre 1927 {matin), 

D r S. Ferenczi (Budapest) ; La fik de l'analyse. 

Coup d'oeil rétrospectif sur révolution de la technique psychana- 
lytique. Analyse des symptômes et analyse du caractère. Passivité et 
activité. Le problème de la fixation du terme. Reconstruction et sou- 
venir. L'élément quantitatif. Terme final du transfert et de la résis- 
tance. Liberté d'émotion et d'association. Analyses thérapeutiques et 
analyses d : dactiques. 

D T L Sadger (Vienne) : Succès et durée du traitement psycha- 
nalytique DES NÉVROSES. 

D T René Laforgue (Paris) : Au sujet de la thérapeutique 

PSYCHANALYTIQUE ACTIVE OU PASSIVE- 

■ 

Préambule. — La question des- résultats thérapeutiques de la 
psychanalyse est pour nous Français, d'une importance capitale, car 
ce n'est que grâce à ces résultats favorables que nous avons pu con- 
quérir la place que nous occupons actuellement dans le mouvement 
scientifique français. 

Il est vrai que les travaux de Freud à eux seuls avaient éveillé 
dès le début un intérêt immense, mais surtout théorique, et pria- 



592 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



cipalement limité à certains milieux littéraires guidés ou par uue 
intuition supérieure ou par l'espoir de trouver dans la psychanalyse 
un frisson nouveau pouf un public avide de raffinement psycholo- 
gique, 

En France les milieux scientifiques ont une tendance à se méfier 
des théories nouvelles, des leurs propres, aussi bien que de celles ve- 
nant de l'étranger, et cela d'autant plus qu'une théorie est présentée de 
façon particulièrement séduisante en ce qui concerne la forme et les 
idées. C'était plus ou moins l'attitude de la plupart des médecins , 
non pas que cette attitude ait toujours été dictée par des idées précon- 
çues, mais en ce qu'elle semblait s'imposer â eux en attendant que 
3a psychanalj^se ait fait les preuves de sa valeur thérapeutique et de 
son intérêt sociaL Voilà pourquoi nous avons trouvé cette réserve 
prudente même chez des amis qui depuis ont rendu des services con- 
sidérables à notre cause et qui, comme Hesnard par exemple, ont 
été séduits dès le premier jour par les idées de Freud, 

Il fallait que l'analyse fît ses preuves et cela malgré toute. la bien- 
vaillance^ toute la sympathie avec lesquelles nous avons été reçus 
dans les milieux de Sainte-Anne par le Professeur Claude ou par nos 
amis, dont quelques-uns ont épousé depuis notre cause et sont même 
ici présents. 

Nous avons dû commencer la plupart de nos traitements sous le 
contrôle du médecin traitant ; et cette situation, quoique parfois désa- 
gréable, a certainement été très utile au point de vue de l'objectivité 
scientifique* Mais elle nous imposait également le devoir de montrer 
coûte que coûte ce que 3a psychanalyse était capable de faire, non 
seulement chez les névrosés, mais également chez des schizophrènes 
ou chez de pauvres créatures que Claude, un jour, désignait sous le 
nom de loques humaines, considérées comme perdues* 

Dans cette situation, nous eussions parfois été heureux d'avoir 
sous la main un livre exprimant certains principes de traitement tels 
que, dans des conversations privées, je les ai entendu formuler par 
le D r Ferenczi. 

Il est vrai que nous avions pour nous soutenir V optimisme iné- 
branlable de Madame Sokolnicka — mais à part cela nous entendions 
encore d'autres sons de cloche : par exemple; <* Un traitement de 
malade est une lessive de nègre. On remue le fond et dès qu J il s*est 
déposé de nouveau, l'état ancien réapparaît » (i) ; bref, sans entrer 
trop dans les détails, nous pouvons vous assurer que nous ne pouvions 
pas ne pas avoir l'impression que dans les milieux les plus autorisés- 
à parler des résultats de l'analyse, les avis étaient partagés. 

Puis vint la discussion passionnée concernant P attitude active on* 
passive de l'analyste, et tout ce qui s'y rattache. 

Cette discussion avait pour nous l'avantage de préciser quelques' 
points de vue peu certains, que nous avons es$a} 7 é de mettre à l'étude. 

(ï) Kraiïkenbehaiidhmg ïst eûie Mohremvasche, Der Grund ist aufgeruhrt 
uud nachdem er sidi wieder gesetzt hat, ist es wie vorher. 



COMPTES RENDUS . 593 



Ce sont les impressions de ces études que nous voudrions vous 
soumettre aujourd'hui. 

Nous avouons avoir fait rapidement l'expérience que V analyse 
seule, tout en nous montrant souvent clairement la situation affective , 
une activité. 

Il faut un élément de plus qu'on serait tenté d'appeler le facteur 
personnel de l'analyste, mais qu'on voudrait quand même voir pré- 
ciser davantage, parce que nous avons des raisons pour soupçonner 
que ce facteur personnel pourrait bien> à un degré plus ou moins 
considérable, être à la portée de tout analyste, à condition qu'il soit en 
une activité. * 

Résumé des idées maîtresses de la communication, — i° L'anatyse 
pure et simple ne suffit par toujours à résoudre complètement les pro- 
blèmes du transfert. Pour obtenir dn malade le sevrage de ses satis- 
factions anormales, une intervention très énergique, impitoyable 
même, de la part de l'analyste, est souvent nécessaire. Mais cette 
dureté doit pouvoir ensuite se transformer en compréhension 
humaine, pour permettre le sevrage des satisfactions névro-psycho- 
tiques d'abord, de celles que le malade trouve dans l'analyste 
ensuite. L'analyste peut, en donnant l'exemple de la sincérité et de 
la véracité, obtenir du malade beaucoup plus que ce dernier ne donne» 
r ait par intérêt pour lui-même. La passivité même ? qui ne peut-être 
que le résultat de la supériorité morale effective de l'analyste, devient 
une activité» Sont effleurés à la suite ; 

2* La question des conflits centrés autour d'un autre noyau que 
la situation œdipienne , 

3* Le problème concernant la répercussion du traumatisme de la. 
naissance sur l'évolution psyc laque d'un individu. 

4* La question du rôle important que joue dans les cas psycho- 
tiques le manque d'oblativité. L'arriération affective du malade lui 
rend difficile l'acceptation d'un sacrifice imposé. Il n'est donc pas 
étonnant de constater que le détachement d'avec l'analyste peut avoir 
parfois pour lui la signification d'une véritable castration. Ceci nous 
amène à un autre problème ; 

5° La fixation d'un terme. L'acceptation de la fin de l'analyse ne 
peut être de la part du malade qu'un don libre. C'est si l'identifica- 
tion avec l'analyste le conduit jusque là qu'il y arrive le mieux. II 
faut que le malade ail la conviction que l'analyste est capable de 
faire ce qu'il lui demande de faire. La date choisie pour le terme de 
P analyse ne peut pas toujours être rigoureusement maintenue, 

6° Il ne suffit pas que l'analyste soit capable de travail scienti- 
fique; il faut qu'il ait de la force de caractère pour faire accepter aux 
autres son propre idéal. 

Conclusions, — La thérapeutique active serait dangereuse, si le 
psj>ch analyste ne l'appliquait pas avec tout le tact que lui impose la 



594 " REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



situation difficile. Mais, sous cette réserve, il faut penser qu'une 
attitude franchement active est utile dans les cas difficiles qu'une ana- 
lyse jure n'arriverait pas, à elle seule, à débrouiller et à redresser 
■complètement. 

D T Ernest Simmeî (Berlin) ; Des points de vue de principe au 

SUJET DE LA MISE EN PRATIQUE DU TRAITEMENT PSYCHANALYTIQUE DANS 
LES CLINIQUES. 

Examen du problème qui consiste â savoir dans quelle mesure un 
changement de milieu, c'est-à-dire une influence de milieu, entrave 
ou facilite la thérapeutique psychanalytique. Cet examen tient 
compte du point de vue de principe qui se donne pour but de cher- 
cher dans quelles conditions une régularisation active des rapports 
entre le monde objectif et le monde psychique est favorable à l'ana- 

Métairie Klein (Londres) : Premiers stades, du conflit d'Œdipe. 

Des constatations que j'ai faites, à savoir que le conflit d' Œdipe se 
plaçait à un âge beaucoup plus tendre qu'on ne l'admet en général, 
résultent une série de détails, qui mettent plus en lumière le tableau 
complet de révolution œdipienne. 

D'après les résultats que j'ai obtenus, le renoncement imposé à 
l'enfant par le sevrage prépare le garçon à abandonner la position 
orale pour la position génitale , dirigée vers le même objet d'affection, 
la mère. Il prépare la fille à l'abandon de la mère en faveur du père. 
À mon avis le complexe d 5 Œdipe se manifeste dès le début de la 
seconde année, mais en même temps apparaissent aussi des senti- 
ments de culpabilité, sorte de défense contre celui-ci, donc la pre- 
mière intervention du surmoi. Cette constatation ne semble pas 
contredire les assertions du professeur Freud, d'après lesquelles le 
surmoi est l'héritier du complexe d 'Œdipe, par îa disparition duquel 
l'introjection des objets s'accomplit. Mes constatations complètent 
simplement les siennes, en ce sens que toute l'évolution œdipienne et 
la formation du surmoi se manifestent très tôt et s'étendent sur un 
laps de temps très considérable. Se manifestant à un âge très tendre , 
le complexe d' Œdipe se soumet fortement à la puissance des pul- 
sions orales et anales, mais sous le poids du sentiments de culpabilité 
qui accompagne le complexe d' Œdipe. 

A nna Freud (Vienne) : Quelques réflexions a propos de l'ana- 
lyse INFANTILE. 

Marie Chadwick (Londres) : Notes sur la peur de la mort. 

i° Couches conscientes et superficielles : sentiment de culpabilité. 
2° Racines dans la peur de l'enfant d'être séparé de sa mère, sa 
détresse et sa peur qu'elle ne revienne plus jamais. (Freud). 






— 



COMPTES RENDUS 595 



3* Stade hystérique de la peur de la mort (le surmoi combiné 
#vec i.) (Freud). ■ . 

4° Stade obsessionnel de la peur de la mort, (Le moi en conflit avec 
le surmoi, comme avec les parenté et le monde extérieur). 

5° Peur de la mort et désir de la mort, (Conflit entre le moi et 
le monde extérieur avec l'impulsion de la mort à l'intérieur du ça). 

6° Peur de la mort — désir de la mort (Stade du ça, stade du nir- 
vana végétatif). Impulsion à la destruction . 

■ 

i c D 1 5. Weyl (Rotterdam) : Quelques réflexions sur la 

PSYCHOLOGIE DE l/ ALCOOLISME * 

Petit aperçu des écrits psychanalytiques sur l' alcoolisme. Deux 
analyses achevées. Tune d'un cas de delirium tremens, et Pautre 
-d'un cas de névrose obsessionnelle alternant avec des crises d'alcoo- 
lisme, ont confirmé les connaissances qu*on avait pu obtenir jusqu'à 
présent de l'alcoolisme et ont ouvert d'autres vues. L'alcool sert à 
liquider le conflit d'Œdipe au stade oral de révolution de la libido. 
Grâce à ses vertus chimiques, l'alcool représente symboliquement 
aussi bien le père que la mère. Le père est supprimé d'une manière 
cannibalistique et en même temps il y a identification avec lui et 
prise de possession de mère par introjection. 

Ce mécanisnîe révèle des rapports étendus entre les mœurs bachi- 
ques y les rites de puberté > les coutumes totémiques d'une part, et la 
psychologie de la psychose maniaco-dépressive d'autre part. 

Les analyses ont fait découvrir dans l'ivresse une tentative de 
suicide partiel, régulièrement répétée, 

L'origine de la ferveur politique d'anciens alcooliques, l'influence 
de l'éducation sociale des foules et de l'activité sportive sur la dimi- 
nution de l'alcoolisme deviennent ainsi compréhensibles. 

Le rapport entre l'alceolisme et la névrose obsessionnelle provient 
de ce que les mêmes conflits sont â leur origine. La différence résulte 
du fait que la liquidation des conflits s'accomplit à des étapes d'évo- 
lution disposant de moyens de réaction différents. L* influence de 
l'hérédité est, pour les alcooliques, moins importante que celle de 
leur milieu infantile et des impressions traumatîques qu'ils y 
reçoivent. 

L'alcoolisme est une névrose sociale et rituelle, Le désir de mourir 
et P obsession de la répétition sont ses composantes biologiques. 

D 7 JoJm RwJzman (Londres) : La polarité égo-genitale* 
La polarité de l'appareil psychique : é go-génitale, La polarité de 
l'instinct : Répulsion — Attraction. — Les caractères des deux ins- 
tincts comparés entre eux. — Le contraste des comportements résul- 
tant de leur action comparée, — Réaction traumatique. — « Dys- 
utraquisme »♦ — Application à la perte psycho-névrotique ou psycho- 
tique du contact avec la réalité* 



59^ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



D r Othon Fenichel (Berlin) : Au sujet des symptômes accompa- 
gnateurs ORGANICO-UBIDJNAUX DE XA RÉSISTANCE AUX PULSIONS. 

i° Certaines légères limitations 5e fonction, très répandues, et cer- 
taines modifications de forme de la musculature se montrent dépen- 
dantes de la résistance aux instincts du moi. Le caractère du refou- 
lement comme instance servant à écarter de la motilité certaines 
représentations d'actes sexuels permet que la lutte de refoulement 
entre îa pulsion et le moi se reflète dans des modifications physiolo- 
giques fonctionnelles de la musculature. 

2* Dans les fonctions limitées de cette musculature est engage un 
quantum de libido sans exacte appropriation au but. Les actes sont 
remplacés par des modifications de tonus, c'est-à-dire des innervations 
dirigées vers l'intérieur du corps* 

3° Un fait analogue se présente dans le domaine de la sensibilité. 
Les données de la sensibilité profonde peuvent comme d'autres per- 
ceptions intérieures (on extérieures) être entravées par d'activés 
mesures défensives du moi. « L'aliénation » de sensations physiques 
ou d'organes, telle qu'elle est nettement manifeste dans les troubles 
hystériques de la sensibilité ou dans la frigidité, est, à un degré 
moins extrême , très répandue, ce qui est d'une grande importance 
pour la formation du moi. 

L'organe « aliéné » n'a pas toujours été simplement privé de T in- 
vestissement libidinal. On peut souvent montrer qu'une rétention 
libidinale d'un organe ne peut être empêchée de se manifester que 
par une quantité proportionnelle d'investissement contraire. C'est 
alors que les organes fortement chargés de libido disparaissent préci- 
sément du sentiment que le patient a de son propre corpè. Des « alié- 
nations » localisées semblent plutôt correspondre à une privation de 
libido, une a aliénation » somatique générale (l'intériorisation des 
névrosés obsessionnels) à une rétention libidinale paralysée par l'in- 
vestissement contraire. 

Le passage de « l'aliénation » à la « dépersonnalisation » dans 
laquelle le sentiment psj'chîque du corps est troublé lui aussi par 
l'arrêt des perceptions intérieures, est insensible. Il s'agit ici aussi 
de privation simple de libido (perte de la libido) et de rétention de la 
libido (perte de la jouissance) fixée et exaltée par l'investissement 
contraire. 

4° Les crampes musculaires, les modifications du sentiment du 
corps t les sentiments de dépersonnalisation peuvent être secondai- 
rement <t libidinisés » et trouver un emploi dans des amusements 
masturbatoires, 

D T J, M. Eisler (Budapest) : Un point de vue nouveau dans la 

SCIENCE DES KÊVES, 

13 n'y a pas seulement les destinées de révolution libidinale qui 
comptent parmi les contenus de l'inconscient, il y a également les 



COMPTES RENDUS. 



597 



formations du nioi^ a le complexe d'Œdipe complet » + C'est un des 
devoirs fondamentaux du traitement psychanalytique de pénétrer et 
de comprendre en particulier V organisation du sijrmoi. Les connais- 
sances ainsi acquises constituent alors un appui sûr de la thérapeuti- 
que. A la lumière de plusieurs exemples, Fauteur essaie de montrer 
que le processus de la formation du moi et son caractère individuel 
se reflètent clairement dans les matériaux oniriques* 



D 1 Gêza Rôhehn (Budapest) : Sur la reugion des Andamanes- 
Pygmées. ,. 

L'ethnologie moderne attache beaucoup d'importance aiix maté- 
riaux que lui fournissent les Pygmées. Tentative d'utiliser la 
méthode psychanalytique pour F investigation de ces peuples. 

L'infantilisme des Pygmées, Les prohibitions rituelles, élément 
essentiel de leur religion et de leur mythologie. Explication de ces pro- 
hibitions comme étant des interdictions d'inceste transposées, La lutte 
des tribus primitives, la peur de la castration et de l'inceste dans 
les légendes, La divinité, s3'mbole du père et de la mère. Surmoi et 
projection > 

- 

D r îmrs Hermami (Budapest) : Quelques réflexions concer- 
nant LA LOGIQUE, 

La science logique et ses tendances. Le penser formaliste* La per- 
sonnalité de quelques logiciens, La réapparition du refoulé dans les 
systèmes logiques, La continuation intellectuelle, du totémisme dans 
la logique. Création des concepts. Négation, évidence. 

H. Hœsli, 

(D'après la rédaction au D T EiVingon.) 




H 



Réponse aux critiques des notions de sursoî et de pseudo-morale, 
formulées par M. Hesnard dans le premier numéro de la Revue 
française de Psyehanah^se. 

Qu J on me permette ici une courte réplique aux objections soulevées 
par notre ami Hesnard avec toute la délicatesse de style et de pensée^ 
d'ailleurs, qu'où lui connaît, Elles n'auront pas été inutiles puis- 
qu'elles me fournissent l'occasion de préciser certains points. 

i° Obscurité de la notion de sttrsoi. 

Pour la comprendre^ il importe avant totit de s'en tenir aux faits 
cliniques analytiques. Et, parmi eux, il en est un qui ne comporte 
vraiment aucune obscurité ; c'est le phénomène en vertu duquel le 
sujet éprouve une jouissance à se punir, ou plus exactement une 
déteute à se faire souffrir. On parle alors d'une « érotisation » de 
1* auto-punition ou de l'auto- persécution, sous quelque forme d'ail- 
leurs qu'elle se manifeste. Or, c'est précisément pour définir ce 
mécanisme si fréquent et si important que j'ai proposé V acception 
de sursoi. Celle-ci s'applique donc à Vaulo-pimïtion des l'instant oit 
s'y mêle un élément libidinal (masochisme). Ce terme peut prêter à 
la critique mais la notion qu'il définit, on ne peut le nier, est par- 
faitement claire et très familière à tout psychanalyste entraîné. 

2° Obscurité de la notion de pseudo-iuorale. 

On a décrit jadis en neurologie un syndrome moteur qu'on a 
dénomme « bulbaire ». Puis, en l'étudiant plus à fond, on a décou- 
vert qu'il relevait, non pas de lésions bulbaires comme on l'avait 
supposé, mais bien de lésions corticales ou sous-corticales, On Ta 
baptisé alors pseudo-bulbaire pour rappeler qu'il s'agissait de ce 
syndrome particulier rattaché jusque là à une affection du bulbe. Iï 
ne viendrait cependant à l'idée d'aucun neurologue , bien que tous 
emploient couramment ce terme, de prétendre qu'il exprime autre 
chose qu'une erreur historique ; ou encore de proclamer : « il n'y a: 
pas de phénomènes pseudo-bulbaires... il n'y a que des phénomè- 
nes bulbaires ou des phénomènes corticaux ». 

Même remarque peut être faite au sujet du terme pseudo-morale. 
Il ne vise qu'à rappeler en effet une confusion historique opérée entre 



«^B*|^i^ 



CORRESPONDANCE 599 



la punition, en tant que phénomène moral, et le masochisme en tant 
que phénomène pervers ; confusion due au fait que le second prend 
si souvent la forme apparente du premier , ou mieux qu'il se dissimule 
derrière lui. 

Même remarque au sujet du terme de sursoL Bien qu'il ne me plaise 
qu'à moitié, je l'ai pourtant choisi à dessein pour mieux faire com- 
prendre son application à une fonction attribuée jusqu'ici au surmoi. 
moraL Le masochisme moral en effet repose presque toujours sur 
Térogène, lequel , tout le monde s'accorde sur ce point, émane du sou 
C'est pourquoi je né comprends pas très bien cette question de 
M/Hesnard; * en quoi le sursoi diffère-t-il du soi? » 

On trouvera la réponse dans mon article sur le surmoi où je me 
plaçai surtout, il ne faut pas oublier, au point de vue du problème 
moraL Tentant de le poser de façon analytique, je m'appuyai sur un 
cas masculin de masochisme dans lequel l'analyse avait révélé une 
identification à la mère sévère, et prohibitrice de la sexualité virile. 
J'en ai d'ailleurs observé d'autres, Mme Dupont par exemple, cette 
obsédée dont j'ai rapporté l'observation à Blois, où pareille identifi- 
cation au parent méchant avait déclenché pareille réaction; c'est-à- 
dire donné en quelque sorte un coup de fouet au sadisme et favorisé 
en même temps son retournement contre le moi* C'est là la base bien 
connue de la cruauté ou de Thypercritique futures du surmoi. Et 
c'est précisément parce qu'il s'agit là d'un phénomène libidinal au 
premier chef que j'ai proposé de le disjoindre des autres fonctions du 
surmoi i de le différencier dn phénomène moral, et de le rapporter 
enfin à une organisation dont l'appellation , tout en rappelant l'ori- 
gine et la nature de la pulsion en question (pulsion primaire prove- 
nant du soi), indiquerait en même temps gu 'un phénomène nouveau et 
acquis est intervenu : une identification. Ce phénomène résulte donc 
d'un rapport établi avec le monde extérieur et les objets. Mais cette 
réponse au principe de réalité est négative ; impliquant une révolte, 
elle correspond à une non-acceptation du principe moral. Telle est 
la genèse, et serait la légitimation du terme de sursoi. De même 
qu'une identification non sadogène, — ou si vous voulez une introjec- 
tion morale 3 c est -à-dire réussie: celle-là même qui préside au vrai 
refoulement du complexe d' Œdipe et concourt à le liquider dans les 
cas normaux — , engendre le surmoi* 

En résumé, le sursoi, ou l'auto- punition érotisée, répond par consé- 
quent au retournement contre la propre personne d'une pulsion 
agressive à laquelle s'est adjoint un courant libidinal. Cette pulsion 
est donc d'origine tout ce qu'il y a de plus individuelle, quand bien 
même une identification, non par amour mais par haine, est venue 
lui conférer une modalité et une intensité particulières. Je ne com- 
prends donc pas très bien M, Hesnard quand il dit que le snrsoi « est 
cependant resté au cours de révolution, entièrement en dehors de 
l'individu psychique ». 



««■■toril 



600 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Ou plutôt, c'est lui qui sans doute ne m'a pas compris. Comment 
peut -on dire que cette pulsion mixte « n'a contracté aucun lien d'ori- 
gine ni de nature avec le moi » et qu' « elle reste en dehors de sa 
pathologie & quand elle émane au contraire du psychoïde primitif de 
l'individu, et quand elle constitue le mécanisme dj^namique fondamen- 
tal de son développement ou de sa névrose ? L'incorporation d'une 
agression étrangère n'est-elle pas un phénomène individuel alors 
même que, du fait de la régression sadique, elle s'éloignera du moi et 
se rapprochera du soi? A l'origine en effet'.-w-ne identification est tou- 
jours opérés par le moi. C'est là un fait établi auquel la distinction 
du sursoi ne porte aucune atteinte. 

3 Le sursoi réduirait à néant la conception féconde du narcis- 
sisme. 

Telle est, enfin, l'objection que M. Hesnard estime la plus grave. 
Elle me paraît pourtant la moins justifiée. Sans connaître la con- 
ception personnelle qu'il se fait du narcissisme, je m'en tiendrai, jus- 
qu'à plus ample informé, à celle adoptée par Freud et ses élèves. 
Laissant de côté l'obscur problème du narcissisme primaire, je rap- 
pellerai que le secondaire, plus favorable à notre investigation, con- 
siste précisément dans ce retournement des pulsions erotiques sur le 
moi; ou, à la suite de l'introjection des objets, sur le surmoi; ou en* 
core dans leur déversement dans les symptômes, etc. Eh bien, qu'est 
donc que le sursoi sinon la définition même de Tune des formes les 
plus fréquentes qui peuvent prendre ces dits mécanismes? A ce titre il 
est l'expression la plus pure du narcissisme. Et, bien loin de mena- 
cer en quoi que ce soit la notion freudienne du surmoi, il ne vise 
qu'à en préciser ou en délimiter avec plus de rigueur Tune des fonc- 
tions ou l'un des états pathologiques les plus importants. Si d'autre 
part Freud dénomme cette instance tantôt « idéal du moi », tantôt 
surmoi, voyant en lui tantôt un idéal moral, tantôt une fonction 
pulsionnelle, je me rangerais pour ma part plus volontiers aux côtés 
d'Alexander qui distingue, lui, ces deux fonctions Tune de l'autre 
et réserve alors le terme d'idéal à la première et de surmoi â la se- 
conde. En ce qui me concerne, je conserve sunnoi pour la première 
et propose sursoi pour la seconde y et cela simplement parce qu'elle 
correspond à une fonction libidinale secrètement alliée au soi. Mais à 
vrai dire cette question de terminologie est bien secondaire. Les faits 
cliniques seuls importent, et l'essentiel est de savoir de quoi l'on 
parle. 

L'on voit donc qu'on ne saurait reprocher à ces nouvelles con- 
ceptions de réduire à néant les notions de surmoi et de narcissisme* 
Il s'agit d'ailleurs beaucoup moins de <r conceptions nouvelles » que 
d*uiie simple distinction opérée au sein d'un trop vaste chapitre entre 
deux de ses éléments principaux, distinction qui en vérité, loin d'an- 
nihiler ce chapitre fondamental comme le pense M. Hesnard contri- 
buerait plutôt à l'élargir. 



CORRESPOKDÀNCE 601 



Mais à lire les critiques, de ce psychiatre si distingué, une suppo^ 

jsition s impose à mon esprit. Il semble qu'il ait confondu le sursoi 
,avec cette notion d'un instinct biologique que je proposai â titre d'hy- 
pothèse pour tenter d'éclairer l'origine si obscure du phénomène mo- 
ral ; sorte d'instinct héréditaire, qui aurait été créé peu à peu au 
^ein de l'individu par la nécessité de conserver et de perpétuer l'es- 
pèce, et qui aurait tendu avec une' rigueur croissante à réprimer les 
tendances . opposées ou défavorables â une saine procréation. A ce 
point de vue, et je m'y tenais strictement, ma classification, ou mieux 
ma nomenclature était irréprochable. Cet instinct préformé serait 
-donc bien surindividuel en tant que préexistant à la formation du 
moi, au même titre d'ailleurs que nombre d'autres instincts dits hé- 
réditaires dnnt la notion admise partout ne choque en rien l'esprit 
■scientifique des biologistes. Et le fait, en outre, qu'un instinct soit 
.atavique n'implique nullement, tous les neurologues l'ont appris, 
* qu'il reste en dehors de la pathologie du moi », bien au contraire. Il 
-constituait en outre, toujours dans mon hypothèse, la base ou le 
germe latent du phénomène moral, mais un germe seulement que 
l'identification acquise viendrait développer au cours de l'existence 
-en lui conférant une forme concrète et réelle. 

Ne serait-ce donc pas en fin de compte cet instinct racial, ou mieux 
<:ette notion d'une, fonction répressive surindividuelle que M. Hes- 
nard viserait quand il reproche au sursoi « de n'avoir aucun rapport 
d'origine et de nature avec le moi et de s'édifier sur une complication 
de V élément anonyme et extra-personnel de l'esprit. » ? Cette confu- 
sion semble plausible. Et dans ce cas, sa critique ne s'adresse donc 
aucunement au sursoi, mais bien à ce qu'il a cru que je considérais 
comme une sorte de surmoi biologique racial. Et cependant je n'ai 
pas parlé de notion pareille. 

J'ai insisté au contraire (voir § 10 de mon article) sur Vinirojection 
morale de l'objet. J'y insistai d'autant plus que je m'appliquai à la 
■différencier de Pintrojèction libidinale (hédonique), celle-là même qui 
fait régresser le sujet aux stades sadiques prégcnitaux. Les deux 
peuvent répondre ainsi aux deux faces différentes d'un même phéno- 
mène complexe. Et, de plus, j'ai énoncé clairement, fidèle en cela 
aux conceptions de Freud et de son élève Alexander, que cette identi- 
fication présidait à la formation du surmoi, « lequel t en tant qu'ins- 
tance ou censure morale inconsciente , est indispensable t de quelque 
manière qu'on retourne le problème, à la compréhension des faits 
fondamentaux de la névrose », On ne saurait être plus clair, me 
semble-t-iL 

Or, dès qu'il s'agit d'identification, il s'agit d'un phénomène in- 
dividuel, opéré par le moi ; et c'est l'identification que j'ai toujours 
envisagée comme le fait essentiel, l'instinct racial par contre comme 
une simple prédisposition à renforcer le sentiment de culpabilité, et 
partant la répression 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE ■ 12 



602 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



D'après mon expérience en effet, au cours de toute analyse suffi- 
samment prolongée de pervers, on finit toujours par découvrir quel- 
que part, à' un moment quelconque, très tardif parfois, et sous une 
forme variable, un sentiment inconscient de culpabilité. Tel est le 
fond du débat. M. Hesnard, à ce propos, assure que certains per- 
vers , des hoiuo- sexuels en particulier, réalisent des élections parfai- 
tes sur un objet — mais de quel objet s'agit-il ? — et qu'en outre, 
ils arrivent à une phase sociale élevée. Ici toutefois, il faut prendre 
gardée Sous Vêtai de bonheur, d'équilibre et de santé que certains: 
invertis se plaisent à afficher se dissimulent souvent une souffrance, 
un déséquilibre ou des symptômes profondément cachés. Et quant à 
l'élévation de la phase sociale où ils peuvent parvenir, c'est un fait 
indéniable mais en dehors de la question clinique qui nous occupe. 
Une perversion forte ^ de même qu'une névrose grave > n'exclut pas> 
forcément une réalisation sociale > ni même familiale, parfaite, en 
apparence du moins. Mais seule une psychanalyse sérieuse est à même 
de décider de la présence, ou non, de complexes inconscients de cul- 
pabilité ou de symptômes. C'est pourquoi nous aimerions que M, Hes- 
nard, utilisant le beau matériel dont il dispose, nous livrât dfcs docu- 
ments et des arguments éta3*és sur ses analyses personnelles, à con- 
dition qu'il les eût poursuivies pendant dix à quinze mois au moins.. 
Nous nous inclinerons alors devant les faits qu'il versera au débat. 

Car enfin, il me paraît licite dé chercher à expliquer cette réac- 
tion inliibitrice, si remarquable et si générale, qui sévit contre toute 
pulsion menaçant la conservation de la race (i. e : perverse) ou sa 
qualité (i. e. : incestueuse) ; et, comme je le disais, de hasarder quel- 
que hypothèse. La mienne d'ailleurs ne concernait que cet instinct 
phylogénique inhibiteur, tandis que toute ma construction clinique- 
reposait en fait sur la notion du surmoi ontogénique, le sur moi freu- 
dien. Mais Freud lui-même a parlé d'une « Urverdrângung » anté- 
rieure au complexe d 'Œdipe et à tout surmoi. Je ne suis donc pas si 
révolutionnaire que le croit mon distingué contradicteur. 

Or, je le répète ici, ce n'est pas dans mon idée cet instinct phyio- 
génique qui ferait le surmoi, c'est Y identification. La meilleure 
preuve en est ce soin que j'ai mis à distinguer cette identification mo- 
rale de Thédonique (libidinale) — - savoir les situations punitives 
vraies des masochistes (pseudo-m orales) — et ceja en me basant sur 
un cas longuement analysé, dans lequel la castration par la mère in- 
trojectée ( surmoi -moral ), en tant que sanction morale de toute sexua- 
lité masculine, cachait, en s 'associant à lui, un pur désir masochiste 
de castration (i). Désir pervers émanant, selon 3a nomenclature freu- 

(i) Cela intéressera ceux qui ont hi ce cas de savoir que, selon des ren- 
seignements reçus en juillet 1927, les idées de persécution et le fétichisme 
ont complètement disparu, Rappelons à ce sujet que le complexe de persé- 
cution était allé, à certains moments, jusqu'à développer des hallucinations- 
auditives. 



CORRESPONDANCE 603 



dienne du surnioi sadique, et selon la mienne du sursoi. C'est là la 
seule différence, laquelle ne touche en rien la doctrine du surmoi* Et 
Y insistance sans doute exagérée, cette exagération même tournant en 
témoignage à ma décharge, avec laquelle j'ai tenté ainsi de mettre en 
relief deux aspects différents du phénomène de Pintrojectïon ne 
démontre-t-elle pas toute l'importance que je lui attribuais ? 

En résumé, M. Hesnard semble avoir fondé ses critiques sur une 
double croyance 1 1 ° que, dans mon hj'potlièse le surmoi était racial ; 
2° que je l'appelais le sursoî. Cette double erreur provient sans doute 
du manque de clarté de mon rapide exposé oral, â Genève, C'est pour- 
quoi j*aa saisi cette occasion de rétablir les faits, 

Telles sont les principales remarques que les critiques obligeantes 
de notre éminent âmi m'ont suggérées. Il y aurait encore beaucoup 
à dire sur ce sujet si intéressant et si complexe. Mais je m'en tien- 
drai là afin que ce qui ne voulait être. qu'une réplique ne tourne fina- 
lement pas en un nouvel article. De toute façon, personne ne saurait 
me reprocher d'avoir audacieusemeut commis quelque théorie subver- 
sive si sa discussion devait déterminer M. Hesnard à nous donner 
bientôt l J un de ces remarquables travaux dont il a le secret, et dans 
lesquels il sait allier avec tant de talent la perfection de îa forme à la 
clarté de la pensée. 

Ckl Odier. 



BIBLIOGRAPHIE 



IMAGO, t. XIII, fasc. II, III et IV, 1927, 

I. — Dalv (Quetta, Indes) : Mythologie hindoue et complexe de 
castration, — Après avoir rappelé le travail de Berkeley- Hi 11 sur 
« Le facteur aiiaî erotique daus la religion, la philosophie et le carac- 
tère hindous » , Daly se demande pourquoi la race â laquelle il appar- 
tient a eu tant de peine à sublimer les tendances anales. Il pense que 
la réponse à cette question trouve sa solution dans le fait que chez 
les Hindous le complexe de castration a joué un rôle considérable, 

1. La dispersion. 

Tandis que le rêve se sert surtout de la condensation f nous voyons 
dans la mythologie se produire le phénomène contraire : le peuple 
tend à projeter sur un dieu ou une déesse chaque attribut d'un objet 
libidinal. On peut, grosso modo, les diviser en deux catégories : les 
dieux qui représentent la tendance primaire d'agressivité et de 
haine, et ceux qui représentent le surmoi et le désir de rapproche- 
ment des parents. La dispersion qui, selon Jones, représente un stade 
ultime du refoulement, se traduit par le fait que chaque dieu a deux 
natures et que chacune de ces natures se divise encore en diverses 
autres natures, 

2. Brève analyse de quelques points essentiels de l'hindouisme 
dans le complexe parental des Hindous, 

Il n'y a rien de neuf à dire sur le rôle du père. Par contre le rôle 
de la mère, représentée par la déesse Kali, offre quelque intérêt. 
Remarquons d'abord le mépris pour la femme qui se manifeste dans 
la coutume de tuer les fillettes, de brûler les veuves sur le bûcher de 
leurs maris et, en cas de guerre, de sacrifier les femmes pour avoir 
la victoire, La première de ces coutumes vient surtout de la lion te 
d'avoir mis au monde un être soi-disant châtré. Les deux coutumes 
suivantes viendraient > d'après Daly, de la peur qu'éprouvent les 
Hindous de voir leurs femmes souillées après eux ; mais derrière 
cette crainte se cacherait l'idée plus primitive du fils qui prend la 
mère et le désir de soustraire celle-ci à celui-là. 



BIBLIOGRAPHIE 605 



3, Le retour et la fixation d l'intérêt anal comme conséquences de 
la peur de la castration. 

Ganeshj le dieu du bien-être, qui est représenté avec une tête 
d'éléphant, a été créé par les impuretés du corps d'Uina (projection 
du surmoi). Elle lui a donné le jour en le mouillant avec les eaux 
du Gange, Ganescli devait garder la grotte de la déesse pendant 
qu'elle se baignait. Un jour vint Çiva. Il désirait entrer dans la 
grotte ; Ganesh s'y opposa et Çiva lui coupa la tête, U ma pleura et 
reprocha à Çiva d'avoir tué son fils. Le dieu suprême le rappela à la 
vie, mais il revint avec une tête d'éléphant. 

Ce mythe contient : 

1. La conception anale de la naissance. 

2. Le fils prend la place du père pour protéger la vertu de la mère* 

3. Le fils est châtré par le père. 

4. Il reçoit par compensation un symbole phallique paternel* 

A remarquer que Ganesch est le dieu de la richesse et du bien-être^ 
ce qui nous reporte aussi vers les préoccupations anales. 

4. Attitude ambivalente à V égard des organes féminins* 

Cette attitude avait été signalée par Abraham chez l'enfant à 
Tégard de sa mère. Elle est liée à la peur de la destruction et de la 
mort, peur qui est éveillée par les menstruations de la femme, 

5. La déesse hindoue Kali, 

Kali, la déesse ruère, est aussi l*épouse de Çiva, Elle est la déesse 
de la peur, de la destruction, de la nuit et du chaos, Son attribut est 
le 3 7 oni. Comme tous les dieux importants du panthéon hindou t elle 
a deux natures, l'une active et l'autre passive. Sa représentation la 
pins terrifiante est la Kali-Ma, ou Mère noire. Elle est représentée 
avec un pied sur le corps du géant, une main tient la tête du géant* 
l'autre un gobelet qui recueille le sang coulant de la tête^ une troi- 
sième tient un sabre et la quatrième montre Y œuvre destructrice. Elle 
a un collier fait de têtes coupées et sur les hanches une ceinture de 
mains où Ton voit toujours la partie saignante, Elle danse sur le 
cadavre de son mari, Kali a un grand nombre d* attributs dans le 
détail desquels nous ne pouvons entrer ici. Elle a son pendant, dans 
k panthéon thibétain, dans la déesse Llia-Mo. 

Cette représentation de Kali est nue illustration bien nette du désir 
du pénis et des tendances agressives éveillées par la jalousie à Tégard 
du pénis paternel. Elle symbolise également de nombreuses fantai- 
sies de castration. 

Daly nous, donne ensuite le rêve d'une Européenne qui exprime 
les mêmes complexes avec des symboles analogues, et il le rap- 
proche de l'intéressant rêve qu'Henry Flournoy a publié dans son 
article « Çiva androgyne » (Archives de Psychologie, 1922), On lira 



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606 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



dans le travail que nous analysons ici l'interprétation d'une foule 
de détails que nous ne pouvons reproduire dans ce résumé, 

Daly discute ensuite la théorie freudienne du désir du pénis chez 
la femme. Cette envie n'est pas primaire pour lui. Il pense que toute 
femme souffre d'un complexe d 'infériorité, dont l'origine doit être 
cherchée dans le fait que 1* homme la délaisse au cours de ses règles. 
Secondairement cet abandon momentané provoquerait le désir du 
pénis. A première vue cette conception éveille bien des objections, 
mais il faut reconnaître que certains faits cliniques avancés par Daly 
semblent lui donner raison, À ce propos, Fauteur citie une intéres- 
sante observation de Karen-Horney {Sur la genèse du complexe de cas- 
tration chez la femme. Zur Genèse des weiblichen Kastratîonkom* 
plexes. Internationale Zeitschrift f. Psychoanalyse, T. IX). Une 
fillette de deux ans, à la naissance de son frère, fait une névrose que 
Ton crut d'abord devoir rattacher au désir du pénis. 1/ analyse 
resta stationnaire sur ce point jusqu'au moment où la malade comprit 
qu'avant ce désir, il y avait le désir d'avoir eu cet enfant de son père, 
à ]a place de sa mère. 

Le dernier chapitre 'de ce travail étudie quelques aspects de la 
peur de la mort chez les Hindous, Kali représente la punition que le 
père voudrait infliger au fils pour ses sentiments incestueux. Les 
Hindous sont restés fixés à ce stade et, pour cette raison, restent 
dans une terreur constante de la mort. Le sang étant lié à l'idée 
de mort, la menstruation est également un objet de peur. A ce 
propos Daly insiste de nouveau sur le caractère primaire du complexe 
de menstruation* 

IL — Ernest Jones : Le droit maternel et V ignorance sexuelle 
chez les. sauvages. — L'auteur décrit les différentes formes d'orga- 
nisation du régime matrimonial. Il passe ensuite en revue les diverses 
théories qui ont prétendu expliquer ce régime. Chemin faisant il 
démontre leur insuffisance. Il rapporte ensuite l'avis de plusieurs 
auteurs récents qui nient l'ignorance que le sauvage prétend avoir 
des phénomènes sexuels et il pense que la connaissance de ces phé- 
nomènes est simplement refoulée, Jones formule l'hypothèse qu'une 
même cause doit expliquer le droit maternel et 1 J ignorance sexuelle. 
Cetttï cause est la haine que l'enfant grandissant éprouve â Pégard 
de son père. C'est pour déplacer cette haine que la puissance pater- 
nelle a été reportée sur P oncle maternel. C'est également pour ne 
pas réveiller la jalousie œdipienne que l'acte sexuel est scotomisê 
et que la conception est attribuée aux mânes (substitut éloigné du 
père) plutôt qu au père lui-même, 

Jones étaye son hypothèse sur une quantité de faits qu^l emprunte 
à Inintéressant travail de Malinowski publié dans le Tome V de 
« Psyché ». Tons les attributs du père sont dispersés pour rendre 
sa figure moins liostile. 



BIBLIOGRAPHIE 



607 



Jones combat ensuite la théorie de Malinowski sclun laquelle, dans 
les organisations matrimoniales, le complexe refoulé essentiel ne 
.serait pas le complexe d' Œdipe, mais le complexe incestueux du 
frère pour la soeur. Jones pense plutôt que génétiquement le complexe 
-d'Œdipe refoulé est à la base de cette organisation, mais il est 
■déplacé sur le complexe incestueux frère-sœur, parce que celui-ci est 
beaucoup moins tabou que le premier. 

IIL — Erik Fromm : Le Sabbat, — L'institution d'un jour de 
repos semble une chose toute naturelle au point de vue hygiénique, 
mais si Ton considère les ordonnances de l'Ancien Testament qui 
règlent la célébration de ce jour, on voit qu'il a autant le caractère 
d'un jour de deuil et de pénitence que d'un jour de repos. Il n'est 
pas permis de cueillir un épi, ni de porter un objet d'un côté à V autre 
de la rue. Le rapport sexuel est également interdit le jour du Sabbat. 
Enfin, la célébration de ce jour est une caractéristique chi peuple 
juif dans l'antiquité, il ne répondait nullement a un besoin de tous 
"les peuples. 

Ce qui frappe, c*est la conception du travail* Ce qui est interdit 
n'est pas un moment de fatigue ^ ni le gagne-pain ^ mais toute action 
tendapt â modifier la nature ou l'arrangement des choses que l'homme 
■a imposé à la nature. En d'autres termes, le sabbat est un jour où 
la nature est tabou. Il est à remarquer que les ordonnances qui tou- 
chent à la terre sont particulièrement détaillées; et Fromm pense 
qu'une fois de plus la terre doit être prise comme un symbole de la 
mère* Le caractère primitif du sabbat n* aurait pas été positif, mais 
aurait au contraire eu le sens d'un renoncement, Au reste , le sabbat 
implique des privations. Mais il y a plus, ce jour sacré ne représente 
pas seulement une renonciation aux tendances incestueuses, on pour- 
rait encore y trouver une survivance du meurtre du père par le fils, 

La légende babylonienne veut que Bel ait ordonné de trancher la 
tête à un des dieux et, en mélangeant le sang avec la terre, ait créé 
les êtres humains et les animaux. Du meurtre du père, il ne reste 
plus rien dans la mythologie hébraïque , si ce n'est que dans le lan- 
gage enfantin comme dans lé langage primitif le repos signifie mort. 
Or le repos du Créateur le septième jour pourrait être une allusion 
déguisée au meurtre que Ton retrouve dans la nwthologîe babylo- 
nienne* Le Sabbat représenterait la célébration de cette mort, car si 
d'une part — et ceci à cause des tendances incestueuses — un rigo- 
risme extrême est exigé pour la renonciation £u travail y nous voyons 
le prophète Isaïe et d'autres réclamer que le jour du Sabbat soit un 
jour de fête. 

La joie a du reste une autre origine, Adam, chassé du paradis, est 

obligé de travailler. Cette légende est un symbole de la naissance. 

Rétablir l'harmonie entre l'homme et la nature, abolir le travail c'est 

.revenir au paradis, soit au sein maternel. De même le côté repen- 



I ■' " 



6o8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



tance et renonciation du Sabbat peut être interprété comme le repen- 
tir d'avoir mis â mort le père le septième jour de la création, Il im- 
porte du reste de remarquer qu'historiquement le côté joyeux du. 
vSabbat n'est apparu que secondairement. Dans le christianisme, la. 
célébration du dimanche se fait en souvenir de la résurrection du fils 
de Dieu ; c'est là un jour de joie qui, au point de vue dj^namique, 
garde la même signification que l' ancienne célébration du Sabbat, 
puisqu'elle représente V adoration du Fils à la place du Père. 

IV. Frida Fromm.-Reichmankt : Le rituel du repas judaïque. - — 
OL'autenr remarque que les Juifs délaissent les prières quotidiennes 
bien avant les repas rituels et elle pense qu il ne s'agit pas là .sim- 
plement d'un phénomène social qui permette à Y individu de renon- 
cer aux pratiques religieuses qu'il exerce dans la solitude avant de se 
soustraire aux rites qu'il pratique en commun avec ses coreligion- 
naires* Il lui semble que la raison primordiale de cette succession 
dans l'abandon des exercices religieux a sa racine dans les complexes 
profonds. Voici tout d'abord les commandements qui établissent le 
rituel de ces repas : 

i. Les animaux qui doivent être mangés doivent être tués par des 
personnes qualifiées et selon des rites précis. On fera particulière- 
ment attention à ce que les animaux soient parfaitement saignés. 
L'acte par lequel l'animal sera abattu servira de culte. Il est interdit 
non seulement de manger un animal qui n'est pas abattu selon les 
rites , mais encore de le toucher. 

2. On ne peut manger que des espèces d'animaux dites pures (suit 
la liste de ces espèces). 

3. Le lait ou les produits lactés ne peuvent être consommés avec 
la viande et il doit y avoir un temps déterminé entre Y absorption de 
ces deux aliments. 

4. Les aliments ne peuvent être mangés que s'ils ont été préparés 
par des gens appartenant â des lignées juives. 

La parenté de ces rites avec ceux des repas totem iques saute aux 
yeux. Quelques détails sont intéressants à noter, ainsi l'interdiction, 
de regarder le prêtre pendant qu'il abat l'animal. On retiendra aussi 
que les Juifs n'ont le droit de manger que les animaux totémiques, à 
3 'encontre de ce qui se passe chez les autres peuples qui mangent tous 
les animaux à l' exception du totem. 

L'auteur remarque ensuite que les animaux dits purs sont ceux 
qui portent des cornes (la Bible ne le spécifie pas ou ne le spécifie pas 
de cette façon), et il y a là probablement une allusion à la puissance- 
phallique paternelle. A ce propos il est intéressant de remarquer que- 
les jours de travail, le Juif doit mettre chaque matin un chapelet à 
son bras gauche et un autre sur le front y â la racine des cheveux. Ce 
rite serait une survivance de l'identification avec Y animal à cornes- 
qui sert de totem aux Juifs. Ces chapelets sont en cuir et représentent 



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BIBLIOGRAPHIE 609 



la peau de 1 animal. On comprend aussi pourquoi il est interdit de 
manger de la viande avec du lait, puisque la viande représente le to- 
. tem père et que le lait est au contraire un produit maternel, qu'en 
mangeant la viande on s'identifie- au père, en mangeant le lait on 
s'identifie â la mère, et le mélange serait un symbole de l'inceste. 

Si une personne étrangère à la race juive préparait la nourriture 3 
on ne serait pas certain qu'elle n'ait pas mêlé des éléments étrangers 
qui pourraient avoir un caractère hostile. 

M me Fromm nous rapporte ensuite deux observations dans les- 
quelles les malades, qui étaient de race juive, avaient depuis long- 
temps abandonné leurs pratiques religieuses , mais éprouvaient de 
violentes excitations sexuelles chaque fois qu'ils prenaient de la 
viande qui n'avait pas été consacrée par les rites. L* auteur y voit une 
preuve de l'origine tabou ique des prescriptions judaïques. Selon elle, 
l'intensité de cette excitation viendrait de ce que l'acte symbolise dans 
Y inconscient un rapprochement incestueux. 

Th. Reik : Le dogme et les idées obsessionnelles. (Etude psychana- 
lytique sur le développement de la religion). — Jusqu'ici les investi- 
gations psychanalytiques dans le domaine religieux se sont attachées 
à déterminer la signification inconsciente de certains rites ou de cer* 
tains symboles religieux. Changeant de point de vue, fauteur s'ef- 
force de déterminer la valeur psychanalytique du dogme lui-même. 

Les définitions du dogme sont assez nombreuses et tout eu eu citant 
un certain nombre, Reik ne sV attarde pas. Pour lui le dogme est 
une vérité essentielle d'une religion. Son étude se limitera du reste 
au christianisme. 

Comment naît un dogme ? Prenons l'exemple de la divinité du 
Christ formulée pour la première fois au synode de Nicée, en 325, 
Nous allons l'étudier d'un point de vue psychanalytique, tout en sa- 
chant qu'il appartient â l'Eglise de Y étudier sous ses autres aspects. 

Reik rappelle d'abord les polémiques multiples des premiers siè- 
cles, où le Christ est considéré tantôt comme un prophète, tantôt 
comme le fils de Dieu, tantôt comme Dieu lui-même. Au moment où 
commençait à fleurir Tarianisme, dix-huit [croyances différentes 
étaient en vogue sur les rapports du Christ et de la divinité. On 
peut distinguer quatre principaux -groupes parmi ces croyances : 

1. Le Christ est Dieu. 

2. Le Christ est égal à Dieu, 

3. Le Christ est semblable à Dieu. 

4. Le Christ est dissemblable de Dieu, 

De tous ces caractères théologiques est sorti le dogme que le Christ a 
existé de tout temps, qu'il a de tout temps été avec le Père et, quoi- 
qu'il soit un être différent de lui, fait partie de l'unité appelée la 
Trinité. 

Après cet exposé historique, nous pouvons aborder le nœud du. 



6lO REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

sujet, c'est-à-dire démontrer que le dogme n'est que l'expression 
-d'idées obsessionnelles collectives. Nous allons l'étudier sous diffé- 
rents aspects, 

*. 
i. Le dogme en tant que compromis des représentations refoulan- 
tes et des représentations refoulées. — L'ambivalence que les hom- 
mes ont héritée au sujet du complexe d'CEdipe s'est manifestée dès 
l'origine de l'humanité dans l'ambivalence qu'ils ont témoignée à 
l'égard de Dieu. Reik rappelle d abord l'attitude ambivalente du 
Christ à l'égard du Dieu d'Israël et Ton peut voir dans des phrases 
telles que celles-ci : « Le Père et moi nous sommes un » un double 
sens: d'une part une tendre identification consciente et d J autre part, 
cachée derrière 3 la tendance agressive du fils qui veut se mettre à la 
place du père. Ce complexe du Christ se retrouvera parmi les mem- 
bres de la chrétienté qui d abord se disputeront puis extérioriseront 
dans un dogme l'ambivalence de leurs sentiments. L'absurdité même 
du dogme marque le compromis entre deux tendances contraires. Le 
dogme représente ridée obsessionnelle de surmonter le doute. Le 
dogme du Christ uni à la Trinité a surgi comme une défense contre 
la nouvelle église qui voulait renverser l'Ancien Testament, réduire 
tout â un démiurge renversé par un nouveau dieu qui aurait été le 
Christ. D'une part la Genèse veut renverser le Dieu-père, tandis que 
les Pères de l'Eglise s efforcent de le réintégrer dans les dogmes* Les 
deux tendances ont un caractère obsessionnel, parce qu'elles répon- 
dent à des complexes profonds de l'individu, mais à la longue l'agres- 
sivité manifestée contre le père se manifeste aussi contre le fils, usur- 
pateur du père, et cette double attitude permet de trouver plus facile- 
ment un compromis. 

De même que le nerveux penche alternativement vers une solution 
qu'il pousse jusqu'à l'extrême pour ensuite se porter vers la solu- 
tion opposée, l'Eglise poussait jusqu'au bout la solution du Dieu- 
père et du Dieu-fils, en sorte que chacun finissait par craindre d'être 
dans le doute. Le dogme vient alors comme une défense contre ce 
doute. On a coutume de voir dans l'idée obsessionnelle, malgré. toutes 
les transformations secondai res, l'expression d'une compensation, 
d'une représentation refoulée. Son caractère de manifestation réac- 
tîonnelle n'empêche pas de voir qu'en elle les pulsions primaires 
trouvent une satisfaction partielle. De même dans le dogme , malgré 
les efforts des forces réactionnaires, les tendances révolutionnaires 
restent en grande partie maîtresses et derrière toutes les précautions 
avec lesquelles le dogme de 3a divinité du Christ a été formulé, on 
retrouve le désir de substituer le fils au père. 

2. Le déplacement sur les détails. — Les mécanismes de îa généra- 
lisation, dp déplacement, de l'isolement servent à soustraire au cons- 
cient le sens latent de l'idée obsessionnelle ou du dogme. Par cette 



BIBLIOGRAPHIE 6ll 



. dispersion, l'idée obsédante est détachée du complexe originel et le 
doute est repoussé sur des détails qui sont sans importance apparente. 
C'est ainsi que F Eglise, oubliant le centre du problème, va s'attacher 
à une simple différenciation de formules et ses adeptes vont se séparer 
sur ces différences': Gloire au Père par le Fils et le Saint-Esprit ! 
Gloire au Père et au Fils dans le Saint-Esprit ! Gloire au Père daus le 
Fils et le Saint-Esprit ! 

3, Doute et ironie dans la formation des dogmes. — Chez les obsé- 
dés, on trouve cette tendance inconsciente à écarter toute certitude qui 
se heurte continuellement avec la tendance opposée, C'est pour cela 
que les malades s'intéressent toujours avec prédilection aux sujets où 
la certitude est hors d'atteinte et c'est là un. nouveau point commun 
entre l'obsession et la religion. 

De même que les obsessions sont absurdes, l'ironie de l'incons- 
cient s'introduit dans l'élaboration des dogmes, ce qui permet aux 
critiques de tirer l'ironie inconsciente pour donner libre cours aux 
tendances agressives refoulées dans le dogme. Cette ironie incons- 
ciente, on la retrouve dans tontes les questions absurdes et sans 
réponses possibles que se sont posées les Pères de F Eglise* Songez 
par exemple que de grands scolastiques tels que Scot, Lombard , saint 
Thomas tTAqum, Albert le Grand {1} se sont demandés sérieusement 
si Dieu aurait également pu se manifester dans un âne, un bœuf ou 
même le diable ! 

Reik cite ici une multitude de questions absurdes tirées des livres 
sacrés. 

4* Dogme el avathèmc, idées obsessionnelles et mécanismes de 
défense. — Le dogme, comme l'idée fixe, apparaît à celui qui l'ac- 
cepte comme une vérité éternelle dégagée de toutes les contingences 
du temps et de l'espace. Il s'ensuit que l'individu, troublé par la con- 
tradiction que comportent la plupart des dogmes > jongle sans ces^e 
avec eux pour essayer de les accorder avec ses autres croyances ou 
avec la réalité. On voit que le dogme résiste à toute critique tant qu'on 
ne recherche pas ses origines historiques, de même que l'idée obsé- 
dante ne cède que si Ton découvre sa genèse psychologique. Mais 
pour pouvoir se débarrasser des doutes qui à leur tour deviennent 
obsédants , il faut renforcer le dogme, d'où l'institution de Tanathème, 

Si l'on y regarde de plus près, on peut dire que le dogme est en 

{1) Duus Scott, dit le Docteur Subtil (1274-1308), professeur de théologie 
à l'Université de Paris à partir de 1304, ~ Pierre Lombard (11001160), théolo- 
gien italien ayant professé -à Paris et mort évêque de cette ville. — Saint 
Thomas d'Aquin (1226-1274), génial théologien italien dont îa Somme thêoh- 
gique est encore aujourd'hui la base de l'enseignement dogmatique de PEgHse, 
— Albert le Grand (1193-1280), célèbre értidit allemand, dominicain, dont 
saint Thomas d'Aquin fut 1e disciple. (Note de la Rédaction, E, P,) 



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6l2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



somme une vue hérétique qui a été transformée et transposée dans 
sou sens contraire, C'est à peine un paradoxe de dire que le dogme est 
un blasphème érigé en règle de croyance. Cette affirmation trouve 
son point d'appui soit dans le caractère ambivalent du dogme, soit 
encore dans le fait que ce qui est hérésie aujourd'hui deviendra dogme 
demain^ et vice versa. Reik en donne divers exmples et il rappelle 
que Ton voit un phénomène analogue dans l' obsession , où les pro- 
cessus de défense et de protection deviennent à leur tour des états 
obsessionnels* Tout ceci devient relativement compréhensible si l'on 
se souvient que le dogme contient à la fois la défense et la satisfac- 
tion. Le contre-sens du dogme est conditionné par le fait que les ten- 
dances agressives se sont introduites dans son expression même, 
Christ est un dieu, et Christ est un homme. Il est la seconde per- 
sonne de la Trinité, mais aussi le fils de Marie. Il a deux natures, 
mais il est formé de trois substances {logos, corps et âme). L'hérésie 
est latente dans toutes ces affirmations de la foi et V ironie de P incons- 
cient va jusqu'à faire dire â saint Àthanase que le Christ crachait 
en tant qu'homme niais que sa salive était remplie par la divinité. 

5. Les transformations secondaires de la théologie rationnelle* — 
On peut voir dans 3a dogmatique de toutes les religions qu'on s'en 
tient toujours à la même méthode de rationalisation. Faisant un 
travail apparemment historique, la théologie, au lieu de rechercher 
Porigine des dogmes, s'en réfère à d'anciens textes pour conclure 
que le dogme a existé de tout temps et qu'il est une vérité essentielle* 
En somme, il ne s'agit jamais réellement d* apporter des preuves, 
mais il importe de motiver et de rationaliser le dogme, 

6. La foi et la raison, les deux formes de conviction, — Tous les 
théologiens ont essa3 ? é d'aplanir les contradictions de la foi et de la 
raison. Saint Thomas affirme que la croyance devient la connaissance 
du divin. Siger de Brabant (1), au xm° siècle, prétend que ce qui est 
vrai pour la philosophie peut être faux pour la théologie, etc. Ceci 
nous montre bien que les dogmes comme les idées obsessionnelles, 
émanent de notre inconscient, qu'ils s'opposent à toute explication de 
la raison et comme le malade veut cependant les expliquer par des mo- 
tifs rationnels, il se fait une dissociation de la personnalité, comme 
chez l'obsédé qui raisonne juste sur tout ce qui n'est pas son obses- 
sion, 

7. Le tabou du dogme. — Le dogme représente l'inspiration di- 
vine ; il est tabou. Douter de lui, c'est offenser Dieu; le nier, c'est 

(i) Siger de Brabant {+ 1284), l'un des col la h orateurs de Robert de Sorbon 
lors de la fondation de la Sorboune, condamné en 127S par la Cour de Rome 
pour son opposition aux doctrines thomistes- (Note de la Rédaction. K, P.) 



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BIBLIOGRAPHIE 613 



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blasphémer. Il ne faut donc pas toucher à lui. En somme il y a là un 

déplacement de la sainteté de Dieu sur la sainteté du dogme et Ton 
peut retrouver un phénomène analogue chez certains individus atteints 
de névroses obsessionnelles qui cherchent â éviter le contact de cer- 
tains objets taboues. L' analyste sait aussi que par défense l'obsédé ne 
parle pas de certaines pensées qui luî tiennent le plus à coeur t parce 
qu'il s* oppose aux reproches du surmoï. L'interdiction de penser se 
retrouve d'ailleurs souvent chez les obsédés. Le tabou du dogme est 
du reste reporté sur tout le clergé. 

Il y a encore une analogie entre la censure de l'Eglise et la cen- 
sure que le névrosé oppose à certaines idées qui doivent rester 
inconscientes. 

Le fait que l'incrédulité entraîne les peines de l'enfer montre bien 
que croire représente un acte d'amour tandis que ne pas croire marque 
un acte d'hostilité. Le sentiment de culpabilité de l'incrédule se rap- 
porte justement à ses r tendances agressives inconscientes contre Dieu 
le Père* Il y a une analogie complète entre la peur de l'incrédule qui 
craint les feux de Fenfer, et la peur des nerveux. 

8. Le côté obsédant du dogme. — La croyance est devenue dans 
l'Eglise une vraie discipline. C'est un acte d'obéissance et c'est dans 
cette soumission que se montre le caractère obsessif du dogme. Ce ca- 
ractère est une réaction de compensation au doute. Le christianisme 
a mis en avant la foi, l'espérance et la charité, la foi en tant que réac- 
tion au doute, l'espérance en tant que compensation des sentiments 
de culpabilité et la charité en tant que compensation des tendances 
agressives sous-entendues dans le dogme même, 

9, Le contenu latent du dogme, — Ce qui donne une valeur si 
générale au dogme, c'est que derrière son expression si sèche^ on peut 
toujours retrouver un mythe qui a été refoulé. Le dogme du Christ 
par exemple, n'est rien d'autre que le mythe du fils qui s est insurgé 
contre le père et. qui a été puni par la mort. Le judaïsme s'était ef- 
forcé de le refouler, mais il est réapparu avec le christianisme. L'Eu- 
charistie n J est-elle pas une résurrection du totémisme ? De même que 
l'obsédé renferme dans ses idées maladives des événements de son en- 
fance, le dogme contient des mythes primitifs ; il émane directement 
d'eux. 

10 ♦ Le miracle. — Après avoir analysé la pièce de Cari Vollmôller 
intitulée <t Le miracle » , Reik distingue dans ce phénomène trois élé- 
ments ; 

1° Une situation donnée, 

2° Le retour d'un désir inconscient surtout du refoulé. 

3* La projection de ce désir sur le monde extérieur. 

Il y a là un retour au stade infantile où Ton croit à la toute- 



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614 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



puissance des parents, mais avec cette différence que Dieu ou les 
saints ont été substitués aux parents, 

11* Le retour du refoulé. — Après avoir montré ce retour dans 
l'observation d'un obsédé, Reik constate que dans la nature des dog- 
mes apparaît constamment le blasphème. Ainsi par exemple dans les 
fantaisies gyn écologiques de Paschase Robert (i) et de saint Jé- 
rôme (2), où il est discuté comment Marie devint enceinte et accoucha. 
Le dogme représente un stade terminal de la religion; celle-ci com- 
mence par des mythes, elle est alors avant tout affective, mais plus 
la rationalisation se développe, plus aussi P intérêt historique s'ac- 
croît. La religion devient alors une science, 

12. Quelques différenciations. — Après avoir vu les analogies 
nombreuses qui existent entre le dogme et ridée obsessionnelle, il im- 
porte de mettre au point ce qui les différencie. Le dogme est un pro- 
duit collectif^ Tidée obsessionnelle au contraire émane de l'individu. 
Si la névrose obsessionnelle montre que l'obsession provient d'un 
combat de défense contre les pulsions sexuelles, on peut aussi recon- 
naître que le dogme se constitue comme une institution de défense 
contre les pulsions agressives* On peut aussi observer que le caractère 
individuel de l'obsession permet l'élaboration de formes d'obsessions 
très diverses, tandis que la production collective du dogme lui impose 
une forme stéréotypée et monotone. 

L'article de Reik, long de 140 pages, contient une foule d'exemples 
intéressants que nous n* avons pu relater ici. On y trouvera égale- 
ment l'observation d'un malade qui était atteint d'obsessions blas- 
phématoires ; cette observation mérite d'être lue. 



VL — Mary Chadwjck : Le fantasme à* cire Dieu chez les en- 
fants. — La psychanalyse nous à appris que Ton retrouve dans les 
fantaisies des enfants le même matériel que celui que contiennent les 
mythes- On retrouve chez beaucoup d'entre eux le désir d'être Dieu. 
L'auteur nous rapporte deux observations, Tune d'un garçon, 
l'autre d'une fillette, qui ont en commun qu'ils sont tous deux orphe- 
lins de père, qu'ils sont obsédés et qu'ils ont essayé l'un et l'autre 
de trouver une issue à leur maladie dans l'expression artistique. 

i° Guy a perdu son père alors qu'il avait trois ans. Il ne se sou* 
vient plus de lui (il a maintenant vingt ans). 

A la fin de l'analyse, il a revécu une scène où son père se dressait 
devant lui après l'avoir grondé. Son père lui semblait immense. Il 
sait qu'il avait coutume de lui piétiner les doigts de pied avec 

(i)-Paschase Robert ou Radbert, né vers 780 près de Soissons, mort abbé 
de Corbk en S65. (Note de ïa Rédaction, E, 1\) 

(2} Saint Jérôme (331-420), célèbre père et docteur de l'Efflise latine. (Note 
de la Rédaction. E. P.) 



• 



BIBLIOGRAPHIE 



6r5 



bonheur et^que, dès que son père partait, il grimpait sur le fauteuil de 
celui-ci. Il a encore le souvenir de lui avoir porté des livres qui lui. 
semblaient très lourds* Lorsque sou père tomba malade et fut- obligé 
de s'aliter, il -fut bon pour lui. Il n'a pas de souvenir de la mort de 
son père mais par contre il se rappelle avoir vu sa mère pleurant. Il 
lui demanda pourquoi elle était triste et elle de répondre : parce qu'ils 
l'ont emmené. Il s'est alors demandé ce que font les gens dans des cas 
semblables, puis il prit son mouchoir et essaya de sécher les larmes 
de sa mère, mais elles coulaient toujours. 11 se mit à s'intéresser à 
tout ce qui était conduites d'eau, robinets, etc. Il rêvassait parfois - 
qu'il dirigeait une grande usine hydraulique et qu'à cause de iuij 
un terrible accident pourrait survenir. Parfois même il cro}^ait à la 
réalité de cet accident en tirant la chaîne des cabinets. Il s'enfuvaît. 
alors épouvanté. 

Toutes les forces qui lui échappaient Y effrayaient. Il faisait sou- 
vent de la sorcellerie. S'il trouvait le temps trop pluvieux, il prenait 
un morceau de papier représentant la pluie et le brûlait ou le déchi- 
rait, D J autres fois > prenant un arbre comme symbole des forces qui 
s'opposent à lui, il le frappait (arbre — symbole du père). 

Vers cinq ans ? il s'amusait avec des billes coloriées qu'il considérait 
comme des mondes et il pensait qu'au milieu d Celles il représentait le 
dieu qui les manœuvrait. Lorsqu'une ombre venait sur une des billes 
qu'il plaçait au soleil, il se représentait que c'étaient des peuples en 
révolte et il heurtait ses billes les unes contre les autres pour leur 
montrer qu'il était le maître. Lorsque le chat avait fait une sottise, 
il lui mettait les pattes contre le fourneau jusqu'à ce qu'il criât. Il 
voulait que le châtiment appelât un repentir. Après il l'absolvait et 
le laissait repartir. 

A sept ans il fut mis dans une école, mais ses maîtresses lui di- 
saient toujours qu'il était plus petit et moins capable qu'un de ses ca- 
marades et au bout d'un an il dut quitter à cause de sa santé et de 
tous les actes obsessionnels qu'il commençait â accomplir. Il ne jouait 
plus seulement â être Dieu, mais c'était une idée obsédante dans ses^ 
rêvasseries. Il pensait être un dieu grec ; il voulait courir nu dans 
les bois. Quoique très jeune encore il était déjà très doué pour la 
musique. Il avait été très impressionné des sons qu'il pouvait pro- 
duire en urinant daus son vase. Plus tard il s'adonna à l'onanisme- 
Comme il n'en éprouvait aucun sentiment de culpabilité, il pensa de 
nouveau être d'essence .divine. Il avait l'impression qu'il grandirait 
infiniment (son père était très grand) et qu'il dirigerait un orchestre, 
11 s'imaginait parfois que personne n'existait si ce notait lui. Les au- 
tres n'étaient que des produits de sa pensée. Dieu non plus n'existait 
pas. Dans les moments où il se représentait que Dieu existait, il se: 
demandait s'il ne pourrait pas devenir la puissance derrière le trône. 
Il s'identifiait aussi souvent à des personnages qu'avait tués un roi et: 
il partageait leurs sentiments de culpabilité, 



6ï6 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Ses sjanptômes se composaient entre autres de l'obsession de tou- 
cher certains objets, du désir de se jeter par ta fenêtre d'un train 
parce qu'il n'avait pas la puissance d'arrêter ce train* Il s'identi- 
fiait à un de ses yeux (en anglais je = I qui se prononce presque 
comme e} r e = l'œil), et identifiait souvent son cei^eau â celui qui 
gisait dans la boîte crânienne de son père mçrt. Sa mère, très musi- 
cienne, était liée également à son complexe divin. 

2° Le cas suivant est celui d'une fillette qui ne vit pas souvent 
son père. Celui-ci était un journaliste très affairé, qui bientôt se 
sépara de sa femme. Elle avait des frères et sœurs très turbulents 
et tous plus âgés qu'elle. Elle ne pouvait faire tout ce qu'ils faisaient 
et elle se mit à compenser ses sentiments d'infériorité en pensant 
être Dieu, Elle s'imaginait créer des êtres. Un peu plus tard, elle alla 
chez son grand-père où elle apprit que ni lui ni son père ne croyaient 
en Dieu* Elle en eut un grand choc. Plus tard elle perdit elle-même 
sa foi et elle pensa qu'en punition il allait lui arriver un grand 
malheur. Son grand-père mourut peu de temps après et elle pensa que 
son incrédulité en était cause. 

Ce n'est que plusieurs années plus tard quelle entreprit une ana- 
lyse, prétextant du reste que ce notait que par intérêt scientifique. 
Elle se plaignit alors de certaines pensées obsédantes : le besoin de 
toucher certains objets, la peur d'influencer autrui par sa propre 
pensée > surtout la peur de faire du mal. Elle avait mie grande crainte 
de tout ce qui touchait à la sexualité, notamment de donner nais- 
sance à un enfant. Néanmoins elle s^était fiancée, ce qui donnait Heu 
à de graves conflits. Elle adorait créer des pièces de théâtre, parce 
qu'elle pouvait les diriger comme elle l'entendait. Les personnages 
devenaient ses poupées. Elle se sentait leur dieu. 

Elle obtint finalement un poste de maîtresse d'école et fut ravie à 
l'idée de pouvoir former de jeunes âmes. 

Ces deux malades avaient peur de la mort et craignaient d*exposer 
leurs créations artistiques aux yeux du public, L'enfant qui s'effraye 
d'être tué est un enfant qui a en des désirs de mort à l'égard de son 
père et attend en retour d'être anéanti par celui-ci. L'une et l'autre 
ont peur que Dieu les anéantisse parce qu'ils ont joué à être Dieu 
d'une façon blasphématoire, 

VIL — Rorschach : Deux fonda letirs de sectes â* origine suisse. 
i° Johannes Binggeli est né le 15 août 1834 à Seliwarzenbourg 



(canton de Berne). Il appartient à une famille dont les membres fai- 
saient partie de différentes sectes. Sa mère mourut lorsqu'il avait 
quatre ans, sou père se remaria peu après. Il ne put s'entendre avec 
sa belle-mère. Après avoir été un élève médiocre, il devint un tailleur 
sans talent. II eut des hallucinations dès son enfance. En 1870 il pu- 
blia' un ouvrage intitulé : « Histoires rares et tout â fait nouvelles 
d'esprits et de prodiges ». A cette même époque il se maria et il corn- 



■ 



BIBLIOGRAPHIE 



d^^ 



617 



/ 



mença à avoir des crises épileptiques. Sa conduite ne fut pas sans re- 
proches même à l'égard de sa fille. 

Cette vie indisciplinée s'accentua surtout depuis 1S90, où il fonda 
une secte dans laquelle les participants devaient adorer ses organes. 
Son urine était employée pour toutes sortes d'opérations magiques. 
Enfermé dans un asile, Binggeli sortit quelques années plus tard et 
se remaria à passé 70 ans. Il publia encore quelques brochures et, 
en plus de cela, nous a été conservée une tradition orale. Nous 
sommes donc eu possession de documents suffisants pour pouvoir 
éclairer par la psychanalyse ce curieux délire érotico- mystique. 

Nous ne pouvons songer à entrer dans le détail de cette ana^se, 
mais à titre d* échantillon } nous voudrions résumer son voyage en 
rêve qui a eu, dit-il, sur sa vocation une action décisive. Je laisse la 
parole à Binggeli : 

« À la bifurcation d un chemin, au début de l'automne 1871, je vois 
mon père décédé qui devient mon guide, II me conduit premièrement 
â la cathédrale de Berne où il y avait des chants superbes exécutés 
par de ravissantes femmes. 1/ ensemble était si beau qu'il ne peut être 
décrit. Puis mon père m J emmena a Strasbourg, La ville avait encore 
des portes* J'avais un parapluie. Mon père m'ordonna de le laisser 
contre la porte. Je lui obéis et il me conduisît dans une belle maison 
de la ville, Il s'y trouvait trois jeunes filles ravissantes habillées de 
blanc ; celle du milieu était plus grande que les deux antres, elle 
avait une ceinture d'or* Devant elles j'ai dû me mettre entièrement 
nu. Elles ont pris de l'eau dans un gobelet et m* ont lavé. J'ai aussi 
dû boire de cette eau. Ensuite j*ai dû dormir auprès d'elles. J'ai 
passé ainsi cinq jours ? puis elles m'ont prédit l'avenir, m' annonçant 
que ma femme mettrait au monde une fille en 1875 et que celle-ci 
serait attaquée par de mauvais esprits à l'âge de quinze ans. Ensuite, 
mon père m'emmena, me donna un verre que je dus du reste payer. 
Arrivé à la porte de la ville, j'ai retrouvé mon parapluie* Peu après 
je me suis éveillé et je suis rentré chez moi. » 

Tel est le récit que Binggeli fit à Rorschach et plus tard il ajouta 
encore ce qui suit : 

« L'eau avec laquelle elles me lavèrent était en réalité un mélange 
de leur lait, de leur urine et de leur sang. Avec ce liquide magique 
elles oignirent particulièrement mes organes gén i taux .* Elles trem- 
pèrent dans ce mélange des boutons de mon habit et ma chaîne de 
montre; tout s'est fondu et a été transformé en or. Elles me recom- 
mandèrent de garder précieusement ces objets, car c^est dans leur 
éclat que résidait la puissance de chasser les démons et de conquérir 
l'amour des femmes. » 

Nous pensons inutile d'insister sur le symbolisme très net de 
cette scène, De même nous sommes obligés de renoncer à donner 
d'autres textes. 



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6l8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



2° Untemahrer. — La pensée de Binggeli n'est pas originale. 
Rorschach a retrouvé chez- lui plusieurs des écrits d'Unternahrer, 
mj^stique bernois qui a vécu à la fin du xvm* et au commencement du 
XIX e siècles. Il y a du reste beaucoup d'analogies entre la vie du maî- 
tre et celle de son disciple. Tous deux eurent des visions^ instituèrent 
un culte de l'acte sexuel, etc. 

La vie d'Unternâhrer est mieux connue que celle de Binggelî. Nous 
signalons qu'il vient de paraître sur ce mystique un autre article im- 
portant de H, Banziger {i). 

VIIL — Geza Roheim : Mylhologies ci religions de \a lune. — Cet 
article ne se laisse guère résumer, car il a pour point de départ qua- 
rante variations de légendes sur la lune. Cette comparaison des my- 
thoîogies orientales et occidentales offre un grand intérêt, et comme 
toujours Roheïm y fait, preuve d'une érudition prodigieuse. On y 
trouvera des documents précieux sur la psychologie urinaire et la 
psychologie de la menstruation. 

IX. ZuLEïGEft : Repas lotémique d'un enfant de cinq ans et demi* — 
Un enfant du village de Z.., s'est intitulé bouclier des coqs. 11 en 
est encore maintenant très fier. Il est craint de ses frères et sœurs 
autant que de ses camarades, et malgré cela, peut-être même â cau*e 
de cela, il joue un rôle de meneur. Les parents sont pauvres et peu 
instruits. 

Ils se disputèrent un après-midi et à la suite de cette scène, quittè- 
rent Puti et Y autre la maison. Notre garçon courut derrière la mai- 
son et se mit à pleurer. Tout à coup il vit un coq forniquer avec une 
poule. Il ne fit ni une ni deux, saisit le coq, remmena au bûcher, lui 
coupa la tête et lui arracha les entrailles, rentra à la cuisine, mit la 
graisse dans une casserole et en avant sur le feu ! Les plumes furent 
brûlées et lorsque le coq fut rôti, il rassembla ses plus jeunes frères 
et sœurs et commença le repas, On jeta les os sur le fumier. Lorsque 
les parents rentrèrent, ils ne tardèrent pas à savoir ce qui s'était 
passé, fessèrent notre gamin et punirent également les cadets. 

Lorsque Zulliger demanda an héros de cet exploit pour quelle rai- 
son il avait contraint ses cadets à participer au repas, il répondit : 

i. « Ils. devaient être fautifs avec moi, ainsi ils devenaient mes 
complices et ne risquaient pas de me trahir auprès de mes parents ». 

3, « Je n'aurais pas pu manger tout le coq à moi seul avant le re- 
iour de mes parents et cependant pour cette heure tout devait avoir 
disparu ». 

Il n'est pas douteux que l'enfant identifiât le coq à son père, L'un 
taquinait sa mère, Pautre la poule. Il commit cette action sans réflê- 

(i) H. BjHkzigkr: « T,a question cle la schizophrénie, à propos cTiiii disciple 
rt'Ùiiternalirer », Zeitschrîft fur die gesamte Neurologie niid Psychiatrie, T, 
no, Fasc. 3 et 4, Berlin, Springer, 1927. 



bibliographie 6ig 



chir à ses conséquences. Ce n'est qu'eu face des taches de sang que 
le problème des cotiséquences se posa. L'acte sexuel qu'il avait sur- 
pris chez ses parents lui paraissait un acte sadique envers sa mère. 
La décapitation du coq est une façon de châtrer son père, mais c J est 
aussi tuer V imago de son père (repas totem ique). Le repas devieut un 
repas totémique. Malgré la fessée, notre gamin est enchanté de son 
exploit et le raconte à qui veut l'entendre . À cet égard le besoin de 
faire partager la faute à toute la communauté (comme c*est le cas 
dans l'exécution de l'animal totem) est bien caractéristique. Il est 
également intéressant de remarquer que cet exploit lui a donné parmi 
ses camarades la situation d'un chef. De même que le clan s'honore 
du nom de l'animal totem, notre garçon se vante de son surnom. 

* 

m. 

Ce volume contient encore un appendice à l'étude que Freud a faite 
sur le Moïse de Michel-Ange. Nous n'en parlons pas ici car cet arti- 
cle a paru en français dans le n° i de notre revue. 

R, de Saussure. 



TABLE DES MATIÈRES 



* 



MÉMOIRES ORIGINAUX 

{Partie médicale) 
■ 

Ch. Odiee, — La névrose obsessionnelle - ■ . , 425 

S. Morgenstern. — Un cas de mutisme psychogène 49a 

R* Allendy, — Sentiment d'infériorité, homosexualité et 

complexe de castration ♦ - * ■ * * 5°5 

■ 

MÉMOIRES ORIGINAUX 

{Partie appliquée) 

S. Freud* — Le thème des trois coffrets . , 549 

L. R* .DEEVES BroughTon. — Vues analytiques sur la vie des 

abeilles et des termites . . , 562 

Comptes Rendus 

- 

Statuts de la Société Psychanalytique de Paris 568 

1 

Seconde conférence des psychanalystes de langue française 

(Blois) f 574 

Commission linguistique pour Y unification du vocabulaire 

psychanalytique français - - 582 

X e Congrès international de Psychanalyse (Inspruck), 

Séance du I er septembre 1927 584 

Séance du 3 septembre 1927 '. 591 

Correspondance 

Ch + Odier. — Réponse aux critiques des notions de sursoi et 

de pseudo-morale 598 

- 

Bibliographie 
Imago, L XIII, fasc. II, III et IV, p :...,..;...... 604